Maïmouna Gueye : la voix d’une femme libre

Née au Sénégal, Maïmouna Gueye est une artiste complète qui a grandi avec l’idée « d’aller un jour du côté des yeux bleus d’Alain Delon ». En France depuis 1998, elle n’a pas rencontré l’acteur mais elle est devenue auteure et comédienne. Après avoir joué Les Souvenirs de la dame en noir au théâtre du Lavoir Moderne Parisien en juin dernier, elle revient avec son deuxième spectacle Bambi, elle est noire mais elle est belle. Elle traite dans ses deux créations des violences faites aux femmes africaines d’ici et de là-bas.

« Je suis une femme libre et non libérée qui parle librement. » Tel pourrait être le credo de Maïmouna Gueye, comédienne d’origine sénégalaise. La jeune femme qui a grandi avec l’idée « d’aller un jour du côté des yeux d’Alain Delon », a débuté sa carrière au Sénégal en jouant des tragédies grecques comme Antigone. Arrivée en France en 1998, elle n’a pas eu l’occasion de faire la connaissance du célèbre acteur français, mais elle est devenue auteure et comédienne. Elle a fait le Conservatoire d’Avignon et quelques apparitions au cinéma avant de se consacrer entièrement au théâtre. Elle a écrit et joué Les Souvenirs de la dame en noir et Bambi, elle est noire mais elle est belle. Elle jette, dans ces deux spectacles aux textes percutants, un regard tranchant sur la société africaine, en évoquant des sujets comme l’excision, le mariage forcé, l’avortement clandestin, les violences faites aux femmes. Elle déjoue également les pièges de l’intégration en dénonçant d’autre part, le racisme banal et normalisé, dont sont souvent victimes les Africaines qui se marient avec des « toubabs » (blancs), mais aussi celles qui sont nées en France et d’origine africaine.

Maïmouna Gueye raconte, avec une écriture brutale et poétique à la fois, les choses les plus dures d’une manière simple, naturelle et humaine. Seule sur scène, elle transmet, à travers une performance captivante, une vraie intensité à ses textes. Artiste complète, la jeune femme, qui se revendique avant tout comédienne, a plusieurs cordes à son arc : l’écriture, la comédie, la chanson… Ses spectacles sont souvent accompagnés de chants, une façon pour elle de « prendre de la distance afin de parler des souffrances très fortes » profondément ancrées en elle. Elle réussit ainsi à révéler son intimité la plus secrète au public, l’invitant à partager, avec elle, ses expériences désabusées.

Pas de complaisance envers les traditions

Peu soucieuse « de se mettre la communauté africaine à dos », Maïmouna Gueye s’en prend durement à la raideur de certaines traditions africaines. Elle n’élude rien des souffrances de la femme africaine, du médecin qui vérifie la virginité, du mariage forcé au « viol nuptial », du passage chez l’exciseuse à l’avortement clandestin pratiqué dans des conditions atroces. « Une fille nubile ne choisit pas son époux (…) Ton corps vendu va finir dans la gueule de ces troqueurs de chair », martèle son personnage dans Les Souvenirs de la dame en noir. La comédienne, qui se dit « Africaine jusqu’au bout des ongles », se montre sans concession avec tous les tabous dont l’Afrique a du mal à se libérer. Ce travail est, selon elle, nécessaire pour permettre à la nouvelle génération de prendre conscience de « l’irrationalité et de la raideur de certaines croyances africaines » dans le but ultime d’y mette un terme.

Maïmouna Gueye n’est donc tendre avec personne, à commencer par le Sénégal, son pays d’origine, où « le choix d’une jeune fille se situe entre la débauche et le mariage arrangé, mais également la France, où l’alternative d’une noire se situe entre intégration et dissolution ». Elle tourne en dérision, les stéréotypes et le racisme en France. Drôle, directe, émouvante, dure, violente même, elle captive le public, suscitant chez chacun différentes réactions.

Soif de liberté et d’indépendance

L’acte théâtral est un exutoire pour la comédienne sénégalaise qui peut ainsi faire entendre sa voix de femme. Une voix de femme qui a subi, on le devine, beaucoup de souffrances. Une voix qui parle de ses souvenirs pour se délivrer. Une voix de femme qui s’est éveillée et qui se libère enfin. Au fond de chaque histoire, ainsi racontée, se cache une soif de liberté et d’indépendance qui ne cesse de se construire tout au long du spectacle. Le théâtre constitue pour la jeune femme une sorte de thérapie très importante « pour rester debout » et se libérer de ses angoisses et de ses obsessions.

Elle met en lumière par ses propos féministes, « le paradoxe des femmes africaines » qui ont, d’un côté, un réel pouvoir dans la société, et de l’autre, sont victimes d’innombrables chaînes invisibles dont elles ont énormément du mal à se défaire. Maïmouna Gueye leur propose donc « la liberté de parole » comme alternative « pour éviter les problèmes ».

 Bambi, elle est noire mais elle est belle

Du mardi 29 août au samedi 2 septembre 2006

Au théâtre Lavoir Moderne Parisien

35, rue Léon, 75018 Paris

Réservation : 01 42 52 29 93

REPRISE : du 7 au 25 août 2007, au TARMAC de la Villette (Parc de la Villette, 75019 Paris