Made in bladi

Le Forum des chefs d’entreprises (FCE) vient de lancer une campagne pour inciter les Algériens à consommer local. L’initiative  » Made in bladi  » vise à revaloriser la production locale et à relancer l’emploi. Interview de Omar Ramdane, président du FCE.

Afrik : Avant d’évoquer la campagne Made in bladi, pouvez-vous nous dire un mot sur les activités du Forum des chefs d’entreprises dont vous êtes le président ?

Omar Ramdane : Le FCE est une association de 70 entreprises algériennes investies dans divers domaines comme l’industrie, la banque, les services, etc. Nous étudions les questions économiques préoccupantes, réalisons des analyses et faisons des propositions aux pouvoirs publics. Notre mission est de promouvoir l’économie l’algérienne. C’est dans ce cadre qu’est née l’opération Made in bladi.

Afrik : Comment cette campagne d’incitation à la consommation de produits locaux a-t-elle vu le jour ?

Omar Ramdane : C’est la première fois qu’une telle campagne existe en Algérie mais dans d’autres pays, des opérations similaires ont déjà eu lieu. Par exemple en Tunisie, au Canada ou encore en France où le slogan était  » nos emplettes font nos emplois « . Inspiré par ces exemples, nous avons eu envie, nous aussi, de défendre notre production. Il nous a fallu huit mois pour mettre en place notre action et définir nos objectifs. L’Etat n’est pas intervenu dans notre programme mais nous a donné son aval. Le lancement officiel de la campagne a eu lieu samedi dernier en présence de ministres, de chefs d’entreprises et surtout de la presse.

Afrik : Pouvez-vous justement nous parler de votre campagne de communication ?

Omar Ramdane : Une agence de communication Baya Com, nous a aidé à mettre au point la campagne. Nous avons créé un logo, adopté une mascotte, dessiné des affiches et réalisé cinq spots publicitaires. Ce n’est qu’un début. Nous allons intervenir dans les écoles, les lycées et dans des associations afin de sensibiliser toute la société civile. Au printemps nous réaliserons une enquête afin de connaître l’impact de notre campagne. Nous verrons à ce moment s’il faut réorienter notre action ou chercher d’autres supports. Pour l’instant, nous avons voulu frapper fort et ne retenir que les supports les plus performants, à savoir la télévision, la radio et la publicité.

Afrik : Votre campagne s’adresse-t-elle à un public en particulier ?

Omar Ramdane : Oui, puisque l’Algérien à faible revenu achète déjà, de fait, les produits locaux. Notre campagne s’adresse donc à la classe moyenne et à tous ceux qui ont les moyens d’acheter les produits importés. Made in bladi s’adresse aux jeunes en particulier. Parce qu’ils sont les consommateurs de demain mais aussi parce qu’il y a un complexe vis-à-vis du made in étranger. Le produit local est dévalorisé. D’où notre slogan Made in bladi autrement dit made in mon pays. Un de nos spots représente un jeune qui se rend à une soirée très bien habillé. Tous les invités s’exclament et lui demandent s’il revient de l’étranger. Ce qu’il réfute et précise qu’il est habillé local.

Afrik : Votre campagne sous-entend t-elle qu’il faut boycotter les produits étrangers?

Omar Ramdane : Absolument pas. Il s’agit véritablement d’inciter les Algériens à acheter algérien et à donner la préférence aux produits locaux. Mais sans chauvinisme et sans repli sur nous-mêmes. Nous conseillons juste aux Algériens de préférer, à produit et à prix égal, le produit national. De toute façon, nous ne pouvons pas avoir d’influence sur tous les types de consommation puisque certains produits étrangers ne sont pas disponibles en version locale. De plus, nous n’incitons à acheter local que si le produit est de bonne qualité. Il ne s’agit pas de préférer le produit algérien par pur principe. Il faut qu’il offre des qualités similaires aux autres produits.

Afrik : Pensez-vous que cela risque d’avoir une influence sur les productions locales?

Omar Ramdane : Bien sûr. Cela va pousser les chefs d’entreprises à améliorer la qualité de leurs productions. Déjà aujourd’hui, il y a beaucoup de très bons produits algériens. La qualité est d’ailleurs la meilleure défense face à la concurrence. A terme, nous pensons instaurer un certificat de qualité et nous pourrons peut-être estampiller les produits locaux.

Afrik : Votre campagne arrive à un moment crucial de la vie économique algérienne, puisque l’Algérie a signé un accord avec l’Union Européenne et a adhéré à l’Organisation mondiale du commerce (OMC)…

Omar Ramdane : C’est vrai. Notre campagne va nous permettre de nous préparer à la future baisse des tarifs douaniers. Mais nous espérons surtout qu’elle permettra d’enrayer le chômage qui est un fléau chez nous. Si les Algériens achètent local, les entreprises produiront plus, produiront mieux et augmenteront leur chiffre d’affaires. A terme cela suppose d’embaucher du personnel. Consommer algérien a une finalité économique. Il faut que le consommateur en prenne conscience et devienne un consommateur-citoyen.