Madagascar : le vide se fait autour d’Andry Rajoelina

Jeudi sombre pour Andry Rajoelina. Le leader malgache a dû faire face dans la même journée aux critiques du Parlement européen sur son gouvernement qu’il juge « illégal » et à la démission de son vice-Premier ministre et ministres des Affaires étrangères, Hasina Andramanjato. Pourtant, le président de la Haute Transition reste ferme et impassible. Et ce même si ses détracteurs lui reprochent de ne pas instaurer un gouvernement de consensus avec les trois mouvances politiques de l’opposition, comme prévu lors des accords de Maputo. L’homme a une seule idée en tête : la tenue d’élections libres et transparentes.

Andry Rajoelina le déclare haut et fort, il souhaite organiser des élections à Madagascar. Le président de la Haute Autorité de Transition, « convaincu que la crise politique actuelle ne pourra trouver une issue que par des élections démocratiques et transparentes, reste déterminé dans sa volonté d’organiser le scrutin dans les meilleurs délais », souligne son porte-parole, dans un communiqué officiel, diffusé jeudi. Pour mener à bien son projet, Andry Rajoelina compte « solliciter la Commission européenne pour la démocratie par le droit », appelée aussi Commission de Venise. Cet organe consultatif du Conseil de l’Europe sur les questions constitutionnelles pourrait « assister les autorités malgaches dans la réforme électoral, la préparation des prochaines élections et la surveillance des scrutins », poursuit le communiqué.

Par sa déclaration, l’homme fort de Madagascar essaye habilement de rendre caduque les accords de Maputo d’août 2009 qui prévoient la création d’un gouvernement de consensus avec les leaders des trois mouvances de l’opposition (Albert Zafy-Didier Ratsiraka- Marc Ravalomanana) nécessaire à la tenue des élections. « La Transition sera neutre, inclusive, pacifique et consensuelle en vue de l’organisation d’élections régulières et transparentes et de la mise en place d’institutions démocratiques et stables », précise un des articles de cet accord.

Une ruse qui ne semble pas échapper au Parlement européen qui a critiqué, le même jour « le régime illégal » d’Andry Rajoelina et a demandé contre lui « des sanctions individuelles et ciblées » s’il ne respecte pas les accords conclus pour sortir de la crise. Le Parlement ne soutient que les élections préparées par « un gouvernement consensuel », expliquent les eurodéputés dans leur résolution adoptée à Strasbourg.

La France tourne le dos à Andry Rajoelina ?

La campagne de lobbying organisée le 2 février dernier par Andry Rajoelina en France n’aura donc pas été très concluante. Sa visite avait pour but de convaincre les parlementaires français ainsi que certains sénateurs de l’utilité d’organiser des élections. « Le président et sa suite ont fait valoir l’engagement du régime transitoire à tracer un nouveau départ pour Madagascar (…) en créant une Commission électorale nationale indépendante, la révision du code électoral, l’utilisation du bulletin unique… », précise un communiqué officiel, daté du 4 février dernier. Néanmoins, dans ce texte, aucune mention n’a été faite sur la création d’un futur gouvernement de consensus. Une omission qui a, semble-t-il, déplu aux Parlementaires.

Andry Rajoelina se retrouve isolé. Mis au banc par la communauté internationale, il a dû essuyer jeudi un autre revers : la démission de son vice-Premier ministre et ministre des Affaires étrangères, Hasina Andramanjato. Officiellement, l’homme fort aurait quitté son poste pour « guider » et « aider » le leader malgache. Officieusement, selon l’un des ses proche cité par La Tribune de Madagascar, M. Andramanjato se serait retiré parce qu’ « il n’était pas d’accord avec la conduite de transition et plaidait depuis le mois de septembre pour la mise en place d’un gouvernement d’union nationale tel que prévu dans les accords de Maputo ».

Demande de soutien au Conseil de l’Europe, visite aux parlementaires français : Andry Rajoelina se débat pour rester le seul maître à bord. Mais pour combien de temps ? Si le leader malgache s’obstine à ne pas appliquer les accords de Maputo, les sanctions promises par communauté internationale risquent de pleuvoir. Et l’homme que l’on appelle « TGV » pourra dire adieu à son poste de président.