Madagascar déboussolé

Deux présidents, deux gouvernements et, depuis mardi, deux capitales, Madagascar est entré dans un tourbillon politique dangereux. L’ubiquité du pouvoir, hydre à deux têtes, ne peut pas durer longtemps. Ou le président autoproclamé, Marc Ravalomanana, réussit son coup de force et arrive à s’installer dans la durée, malgré le handicap de la légitimité et le manque de reconnaissance internationale. Ou les partisans du président sortant, Didier Ratsiraka, arrivent à inverser la dynamique en mettant face-à-face provinces autonomes et Antanarivo. Bataille entre la capitale et le reste du pays. Avec tous les risques d’éclatement que cela comporte.

Equilibrisme. En créant une nouvelle capitale, Toamasina, les six gouverneurs de province, tous acquis à Didier Ratsiraka, engagent un bras de fer déterminant contre le camp de Ravalomanana. Le gouverneur de la  » nouvelle  » capitale interdit même le survol de son territoire sans son autorisation. Une manière d’étrangler la capitale,  » la vraie « . Les habitants d’Antanarivo ressentiront très vite les effets de cette politique d’étouffement économique. La capitale, toute acquise à son maire, est ravitaillée par le port qui se trouve  » en territoires ennemis « . Et les barrages de Brickaville, dressés par les sympathisants du président sortant, ne laissent pas passer les camions d’approvisionnement.

L’Organisation de l’unité africaine a échoué à réconcilier les deux belligérants. Chacun campant sur ses positions. Les militaires ont opté pour la neutralité. Mais jusqu’à quand ? L’économie locale est exsangue. Et, pour l’instant, aucune partie ne semble prendre le dessus. Madagascar est au bord du gouffre. Les démons séparatistes refont surface.