Madagascar : Andry Rajoelina veut être seul maître à bord

L’homme fort de Madagascar, Andry Rajoelina, a annoncé mercredi la tenue de législatives le 20 mars prochain afin d’élire une Assemblée constituante, en vue de la mise en place d’une nouvelle Constitution. Il a cependant refusé de travailler avec les trois mouvances politiques de l’opposition dont les délégations sont toujours bloquées au Mozambique.

Andry Rajoelina a décidé de faire cavalier seul. Le chef de la Haute autorité de transition a officialisé mercredi, lors d’un débat télévisé, la fin de la cohabitation avec l’opposition. Il a annoncé, sans en prévenir les trois autres mouvances politiques (Albert Zafy-Didier Ratsiraka-Marc Ravalomanana), la tenue des législatives le 20 mars prochain afin d’élire une Assemblée constituante. L’ancien maire d’Antananarivo a également jugé « impossible de travailler (…) avec (eux) pour la mise en place d’un gouvernement d’union nationale », comme le souhaite la médiation internationale, chargée de résoudre la crise politique sur la Grande Ile qui dure depuis plusieurs mois.

« Ce qu’on demande aujourd’hui à la communauté internationale, c’est de ne pas trop rentrer dans les affaires de l’Etat malgache, les problèmes de ce pays ne se résoudront qu’à travers cette élection » législative, a estimé Andry Rajoelina. Ces propos paraissent confirmer ses objectifs : tourner le dos aux efforts de médiation.

La nouvelle Assemblée devra désigner le Premier ministre et sera chargée de la mise en place d’une Constitution. « D’abord, nous tiendrons une conférence nationale, puis des experts s’attelleront à l’élaboration de l’avant-projet de la Loi fondamentale à soumettre à l’Assemblée nationale », a affirmé Andry Rajoelina. Pour la députation, l’homme fort de Madagascar promet des élections libres et transparentes. Il annonce la mise en place de la Commission électorale nationale indépendante (CENI) qui les organisera. « Le gouvernement jouera un rôle de facilitateur », précise-t-il.

L’opposition non grata à Madagascar

Selon l’Express de Madagascar, l’actuel homme fort du pays « utilise l’arme électorale afin de briser l’alliance objective née entre les trois mouvances politiques ». A Maputo, les leaders de l’opposition malgache s’étaient entendus sur une répartition des postes au sein d’un gouvernement de transition, réservant des portefeuilles ministériels au camp de M. Rajoelina, mais ce dernier avait rejeté cet accord, et qualifié cette rencontre d’acte de « haute trahison ».

En réaction, les autorités malgaches empêchent depuis la semaine dernière les trois mouvances de l’opposition, qui avaient participé au Mozambique à des négociations boycottées par le président auto-proclamé, de rentrer à Madagascar. Le Premier ministre de consensus, Eugène Mangalaza ainsi que les deux co-présidents du Conseil présidentiel institué par l’accord d’Addis Abeba figurent parmi les personnalités interdites de retour à Madagascar. M. Rajoelina n’a donné mercredi aucune garantie ferme quant au retour de ces personnalités.

Seul contre tous

Au vue de cette situation, cette prise de position sur la tenue des législatives en mars 2010 risque attiser les tensions au sein de l’opposition et de discréditer Andry Rajoelina. Le chef de la délégation de l’ancien président de Didier Ratsiraka, M. Andranarisoa, interrogé à l’AFP, a déclaré que « les élections n’étaient pas une bonne solution ». Du côté des partisans du chef d’Etat évincé, Marc Ravalomanana, la réaction est plus virulente. « Au lieu de favoriser le dialogue initié par les mouvances malagasy et la communauté internationale, le putschiste Rajoelina favorise à outrance la division du pays à travers ses mensonges, ses manipulations et la désinformation » s’insurge dans un communiqué diffusé, jeudi, le GTT international.

Pour l’heure, même si Andry Rajoelina assure que les élections seront libres et transparentes, l’organisation du scrutin s’annonce chaotique en l’absence du soutien de la communauté internationale et des critiques des trois mouvances. En attendant, le leader demande une trêve politique pour passer les fêtes, histoire de voir si l’opposition, à la rentrée, sera toujours aussi réactive.

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