Lutte antiterroriste : une conseillère de Bush à Alger

Mme Frances Frago Townsend, conseillère de George W. Bush pour la sécurité intérieure et la lutte antiterroriste, était hier matin à Alger après une visite similaire à Rabat.

Elle a été accueillie, à son arrivée à l’aéroport international, par M. Kamel Rezzag Bara, conseiller à la présidence de la République. «Je suis en Algérie en tant qu’envoyée spéciale du président Bush pour discuter avec les responsables algériens de la lutte antiterroriste», a-t-elle déclaré à la presse. Considérant qu’en la matière, l’Algérie dispose d’une «expérience importante», Mme Townsend a également exprimé le souhait des Etats-Unis d’Amérique d’«apprendre et de partager cette expérience, pour lutter contre les ennemis de la paix et de la sécurité» dans le monde, selon l’APS. L’émissaire américaine qui a été reçue par M. Medelci a indiqué avoir également abordé avec ce dernier d’autres questions «comme la paix au Moyen-Orient et la question du Sahara Occidental».

C’est tout ce qui a filtré, jusqu’à hier, sur la teneur des discussions qu’a eues l’envoyée spéciale de Bush à Alger. On peut aisément deviner que le Centre de commandement militaire pour l’Afrique (Africom) était au centre des pourparlers entre les deux parties. Mme Frances Frago Townsend est probablement venue réitérer le souhait de l’administration Bush d’une participation algérienne dans cette structure militaire américaine pour «lutter contre l’implantation d’Al-Qaïda dans la région du Sahel», une hypothèse fortement soutenue par les USA. A ce jour, l’Algérie a émis des réserves sur le projet de l’Africom mais s’est également exprimée contre l’idée d’être intégrée au champ d’action de ce commandement. «Le territoire algérien n’est pas concerné par le commandement américain projeté. L’Algérie n’a jamais accepté l’installation de bases étrangères sur son sol, (qui seraient) incompatibles avec sa souveraineté et son indépendance», avait déclaré en mars le ministère algérien des Affaires étrangères. Plusieurs autres pays semblent refuser l’implantation du siège de l’Africom sur leurs territoires. L’on parle d’un «accord» marocain, qui reste à confirmer, d’accueillir un des sièges de l’Africom. D’autant que les missions exactes de ce nouveau centre de commandement en Afrique semblent très imprécises.

L’Africom, un sujet sensible

M. Ryan Henry, haut responsable américain du ministère de la Défense, avait déclaré à l’issue d’une visite qui l’a menée, les 21 et 22 juin derniers, en Algérie, au Maroc, en Libye et en Egypte, que l’objectif de l’Africom « n’était pas de faire la guerre », mais «d’oeuvrer de concert avec les partenaires africains en vue de la création d’un environnement plus stable dans lequel la croissance politique et économique pourra avoir lieu». Il s’agit, a-t-il dit, «d’établir les conditions» nécessaires à un emploi plus efficace de l’aide humanitaire et au développement ainsi que d’aider les Etats africains à lutter contre le terrorisme. En somme, des missions qui dépassent de loin l’objectif de coopération sécuritaire pour lutter contre Al-Qaïda au Sahel !

Autre sujet de discussion qu’a pu probablement aborder hier Mme Frances Frago Townsend, l’envoyée spéciale de George W. Bush, avec les responsables algériens, c’est la remise souhaitée par les Etats-Unis de sept des 25 ressortissants algériens détenus à Guantanamo. Les USA avaient, rappelons-le, conditionné le rapatriement de ces citoyens algériens, arrêtés en Bosnie, à la garantie que devraient donner les autorités algériennes qu’ils ne subiront pas de «mauvais traitements» en Algérie et qu’ils ne retourneront pas à l’action terroriste.

En d’autres termes, les USA souhaitent que les sept Algériens continuent d’être longtemps emprisonnés dans leur pays d’origine malgré le fait qu’aucune charge n’est retenue contre eux, ce que l’Algérie semble refuser jusqu’à présent. Avant son arrivée à Alger, Mme Townsend était à Rabat où elle a rencontré le ministre de l’Intérieur marocain, M. Chakib Benmoussa, pour parler de la «coopération sécuritaire et les moyens de lutter ensemble contre les menaces que représente le crime transnational pour la sécurité et la stabilité des deux pays», selon un communiqué du ministère marocain de l’Intérieur.

M. Mehdi pour, Le Quotidien d’Oran