Libye : un passeport arabe sinon rien !

La Libye exige depuis dimanche que les touristes se munissent d’une traduction en arabe de la page d’état civil de leur passeport. Ce ne sont pas des paroles en l’air : des centaines de voyageurs européens ont été renvoyés dans leur pays ou empêchés d’y retourner faute de papiers en règle… Cette mesure aurait pour but de contester le refoulement de Libyens dans des Etats européens.

Les voyageurs d’Air Méditerranée voulaient découvrir les plages et le désert libyens. Ils les ont bien vus, mais uniquement du ciel. Car une fois arrivés à l’aéroport de Sebha (Sud), dimanche, les quelque 170 passagers ont dû reprendre les airs en direction de Paris. En cause, une nouvelle exigence des autorités : posséder une traduction arabe de la page d’état civil de leur passeport. « Nous ne pouvions pas être au courant puisque la loi a été promulguée dimanche quand l’avion était en vol », a expliqué Go Voyages, affréteur de l’avion, au Quotidien du tourisme.

Retour à la case départ

Une justification que les Libyens, qui se seraient montrés particulièrement « intransigeants », ont refusé d’entendre malgré les visas en règle. C’est ainsi que, plus tôt le même jour, à Tripoli, des passagers ont été renvoyés dans le pays dont ils étaient partis. D’après une source européenne de la capitale libyenne citée par l’AFP, il s’agit de 45 Britanniques, 30 Autrichiens et 20 Indonésiens. De même, 37 Suisses voyageant sur Swiss ont aussi dû faire une croix sur leur planning et retourner à Zurich.

Comme la mesure fonctionne également au départ de la Libye, une centaine de Français qui devaient repartir avec l’avion d’Air Méditerranée a dû passer une nuit imprévue à l’hôtel de Sebha faute de traduction en arabe de leur passeport. Après une intervention du Quai d’Orsay, la compagnie a pu repérer les passagers restants, qui sont arrivés dans l’Hexagone dans la nuit de lundi à mardi. La Libye a cependant expliqué qu’elle avait laissé les ressortissants français rentrer « à titre exceptionnel »…

La France et la Grande-Bretagne visés ?

Les compagnies incommodées par le nouveau règlement déclarent ne pas avoir été prévenues. Ce à quoi la Libye répond qu’elle a informé « à temps » les acteurs concernés par l’application de cette mesure, abrogée par décret en 2005. Un responsable libyen interrogé par le quotidien français Le Monde commente les raisons de cette résurrection : « C’est une question de principe, de réciprocité et de souveraineté. Les Libyens sont astreints à la même formalité en Europe : ils doivent présenter une traduction de leur passeport ».

Pourquoi jouer maintenant les empêcheurs de voyager en rond ? Le journal libyen Oya estimait mercredi que cet acte faisait office de représailles contre des pays européens, et plus particulièrement de la France et de la Grande-Bretagne. Plusieurs citoyens libyens auraient en effet été refoulés à la frontière alors qu’ils avaient un visa en règle, obtenu au terme de longues démarches. Une accusation que la France a rejetée.

50 euros la traduction

En même temps que la France concerte les autres pays de l’Union Européenne pour « obtenir des clarifications », elle délivre des recommandations à ses citoyens. Elle leur demande « soit de surseoir à leur voyage, soit de prendre contact avec l’attaché du Bureau populaire libyen à Paris et les compagnies aériennes concernées pour connaître les conditions d’entrée sur le territoire libyen ». Quant à Go Voyages, qui prévoirait un vol pour la Libye ce dimanche, il propose à ses clients refoulés de reporter leur séjour, mais aussi un remboursement intégral ou un changement de destination.

La mesure libyenne a donné des ailes à la compagnie nationale Afriqiyah Airways. Elle met à disposition un service de traduction à son comptoir à l’aéroport français de Roissy, moyennant 50 euros par personne. On peut se demander si cela sera suffisant car, selon les responsables italiens interrogés par l’AFP, la traduction « doit avoir été effectuée en préfecture et être approuvée par les autorités libyennes au moment de la demande de visa auprès de l’ambassade ».

Mouammar Kadhafi et le président français auront tout le loisir d’éclaircir cette zone d’ombre lors de la visite du Guide, au mois de décembre. Une visite qui sera maintenue malgré « l’affaire des passeports arabes », a martelé le 12 novembre Nicolas Sarkozy : « Voilà un pays qui avait fait le choix détestable de l’arme nucléaire. Il l’a abandonnée il y a dix ans, a justifié le président de la République française. Si on ne parle pas avec des pays qui se respectabilisent (…), alors qu’est-ce qu’on dit à l’Iran ? (…) Il faut encourager ces pays à revenir dans la communauté internationale ».