Libye : un conflit qui s’enlise ?

Alors que les insurgés repliés à Ajdabiya tentent toujours de résister aux forces du Colonel Mouammar Kadhafi, l’OTAN, responsable d’une nouvelle bavure, dément toute impasse.

Désorganisés et mal armés, les rebelles peinent à tenir leurs positions. Repliés à Ajdabiya, ils tentent toujours ce vendredi de repousser l’avancée des forces loyales du colonel Mouammar Kadhafi, dont le régime ne montre pas de signes de faiblesse. Plusieurs milliers de personnes, des civils et des insurgés, ont fui la ville jeudi à la suite d’une rumeur sur une attaque imminente des forces Kadhafistes. Ils se sont réfugiés à Benghazi, le fief de la rébellion. Malgré le soutien des forces de l’Alliance Atlantique (l’OTAN), dont ils bénéficient, la ligne de front n’évolue plus depuis une semaine. L’essentiel des combats se concentre entre le site pétrolier de Brega et Ajbadiya, selon les insurgés.

L’OTAN, de plus en plus critiquée par les insurgés, est pointée du doigt pour ses bavures. Elle a bombardé jeudi des chars appartenant aux rebelles dans l’ouest d’Ajdabiya. Le bilan est lourd : quatre personnes ont péri, dont deux rebelles et deux médecins et 14 sont blessés et six portés disparus. Cette attaque « semble avoir été l’œuvre de l’OTAN ». « Nous estimons qu’il s’agit d’une frappe fratricide, menée par l’Otan par erreur », selon le chef d’état-major des insurgés, le général Abdelfatah Younès. La coalition, qui avait refusé dans un premier temps de s’excuser, jugeant qu’elle n’est pas responsable de la méprise et affirmant qu’elle ignorait que les insurgés avaient des chars, a exprimé ce vendredi ses vifs regrets pour les morts. La rébellion a fait savoir qu’elle n’exigeait pas des excuses, mais des explications et une meilleure communication avec la coalition.

Pas d’impasse pour l’OTAN

L’OTAN a réfuté ce vendredi l’idée qu’il y a une impasse politique ou militaire en Libye. « Bien au contraire, la communauté internationale avance pour trouver une solution politique », a déclaré à la presse sa porte-parole, Oana Lungescu. « Nous savons qu’il ne peut y avoir de solution purement militaire », a-t-elle ajouté, avant de rappeler la tenue d’une réunion du groupe de contact sur la Libye le 13 avril au Qatar, avec la participation du secrétaire général de l’Alliance atlantique, Anders Fogh Rasmussen. De même, le contre-amiral britannique Russell Harding, commandant adjoint de l’opération Protecteur unifié dirigé par l’OTAN, a expliqué que les forces loyalistes et rebelles ont fait ces dernières 48 heures des « va et vient » entre Brega et Ajdabiya. « Si quelqu’un veut définir cela comme une impasse, fort bien, mais tout ce que je dis c’est que, oui, la situation est mouvante, mais mouvante dans un secteur relativement petit », a-t-il ajouté.

Ces propos surviennent au lendemain des déclarations du général Carter Ham, commandant des forces américaines pour l’Afrique, qui a affirmé jeudi, lors d’une audition au Sénat, qu’il y a « une faible probabilité « que les insurgés puissent renverser Mouammar Kadhafi. Le colonel Burckhard, porte-parole de l’état-major des armées françaises, a, lui, reconnu que la situation était « complexe », les forces du régime en place ayant « modifié leur action » en réponse aux frappes de la coalition.

Le chef de la diplomatie française, Alain Juppé, a estimé jeudi, quant à lui, que « la question aujourd’hui est de savoir dans quelles conditions Kadhafi va partir et non pas comment il va pouvoir se maintenir au pouvoir». De son côté, la Turquie s’est attelée à l’élaboration d’un plan de paix pour mettre un terme au conflit par le biais d’un cessez le feu et d’un retrait des troupes alliées au pouvoir. Les autorités turques se sont entretenues cette semaine avec des émissaires du régime libyen et des représentants de l’insurrection. « Nous travaillons sur les détails de cette feuille de route », a déclaré jeudi le Premier ministre, Recep Tayyip Erdogan, lors d’une conférence de presse.

Enquête sur les crimes

Face à la dégradation de la situation, les Nations Unies ont décidé d’envoyer dans les prochains jours une Commission d’enquête sur les violences commises par les forces du régime et les rebelles.

Pendant ce temps, l’ancien ministre des Affaires étrangères de Mouammar Kadhafi, Moussa Koussa, qui a fui le régime pour se réfugier à Londres, a été interrogé jeudi par des enquêteurs écossais au sujet de l’attentat de Lockerbie en 1988, qui a fait 240 morts, selon la BBC. Cet ancien bras droit du leader libyen est soupçonné d’y être impliqué. Son homologue libyen de l’Énergie, Omar Fathi Ben Shatwan, a, à son tour, annoncé sa défection hier.
Pour autant, le régime de Mouammar Kadhafi résiste toujours à la coalition internationale. De quoi raviver le spectre d’un enlisement du conflit…