Libye: les rebelles ne veulent pas des fils Kadhafi

Les combats entre rebelles et forces loyales à Kadhafi se poursuivent à l’est de Tripoli. Pendant ce temps, deux des fils du guide, Saif al-Islam et Saadi seraient favorables à une négociation qui verrait le départ de leur père et l’instauration d’une démocratie constitutionnelle. Saif al-Islam se verrait bien diriger la transition. Mais les rebelles ont rejeté cette éventualité.

L’exil pour Mouammar Kadhafi ? Des proches du dirigeant libyen souhaiteraient négocier une transition au prix de son départ, pendant que sur le terrain, son armée semble tenir bon face aux rebelles appuyés par les bombardements de la coalition. Dimanche, les blindés du colonel Kadhafi ont pilonné Zentane et Yefren, deux localités montagneuses peuplées de berbères, au sud-ouest de Tripoli. Ils auraient fait deux morts et des blessés. Ils ont également pris pour cible Misrata, ville importante située à 200 km de Tripoli, où plusieurs centaines de personnes auraient déjà trouvé la mort depuis le début des affrontements. Des combats très intenses ont également opposé forces loyales et rebelles depuis vendredi, autour de la cité pétrolière de Brega plus à l’est, à 240 km de Benghazi. Les rebelles, qui dans un premier temps s’étaient emparés de l’Université du pétrole, campus situé à l’entrée de cette ville, ont dû se replier face à l’assaut des hommes de Kadhafi. C’est à 15 km de cette ville que la coalition menée par l’Otan a enregistré sa première bavure, vendredi soir. Un avion a ouvert le feu sur un convoi de cinq à six véhicules, dont une ambulance, le pilote ayant sans doute pris les tirs de joie des rebelles pour des coups de feu hostiles. Neuf rebelles et quatre civils, dont trois étudiants en médecine, ont trouvé la mort. L’Otan a annoncé une enquête sur cet incident. Les combats se poursuivaient lundi matin autour de Brega.

Défections et négociation du départ de Kadhafi

Pendant ce temps, les défections se poursuivent parmi les proches du colonel Kadhafi. Mercredi, Moussa Koussa, son ministre des Affaires étrangères et ancien patron des services secrets libyens qui s’est réfugié mercredi dans la capitale britannique après avoir transité par la Tunisie. Ali Triki, haut diplomate et conseiller du guide vient également de faire défection. Dimanche, il se trouvait au Caire, la capitale égyptienne, où il s’est entretenu avec le secrétaire général de la Ligue arabe, Amr Moussa.

Pour de nombreux proches de Mouammar Kadhafi, l’heure serait désormais à la négociation de son départ. Deux de ses fils notamment, Saif al-Islam et Saadi el-Kadhafi, souhaiteraient négocier une transition politique vers une démocratie constitutionnelle, a écrit dimanche le New York Times. Selon le quotidien américain, cette transition pourrait être dirigée par Saif al-Islam et aboutirait au départ de Kadhafi. Cependant, ni ce dernier, ni ses deux autres enfants, Khamis et Mutuassim, qui représentent l’aile dure de son pouvoir, n’ont encore fait savoir leur avis. Un proche de Mouammar Kadhafi cité par le New York Times a cependant indiqué que celui-ci serait d’accord.

Les rebelles hostiles à la transition dirigée par un fils Kadhafi

De son côté, le Conseil national de transition (CNT), l’organe politique des insurgés, a rejeté l’idée d’une telle transition. « Cela est complètement rejeté par le Conseil » a déclaré à Benghazi, Maître Abdelhafiz Ghoqa, le porte parole du (CNT). Pour gérer les zones qu’il contrôle et mieux coordonner ses actions militaires sur le terrain, le CNT a mis sur pied un comité de crise. Il a également choisi le général Abdel Fattah Younes al Abidi, ex-ministre de l’Intérieur, comme chef d’état-major de ses troupes, en dépit de la suspicion dont il est l’objet pour avoir longtemps servi sous Mouammar Kadhafi. Lundi, un porte-parole du Premier ministre britannique, David Cameron, a indiqué que son pays ne recherchait pas une « stratégie de sortie » pour Mouammar Kadhafi. « Nous avons toujours été clairs sur ce que devrait être la prochaine étape et les besoins d’une véritable trêve et d’une fin des violences (…) Nous ne recherchons pas de stratégie de sortie pour Kadhafi », a-t-il déclaré, ajoutant au sujet des fils Kadhafi favorables à une transition négociée que « la population libyenne sera la seule juge de ce qu’un gouvernement convenable doit être ».

Pour compenser le départ des Américains qui envisagent de retirer leurs avions de combat et leurs missiles Tomahawk du théâtre des opérations lundi soir, les Européens ont décidé de multiplier leurs sorties et de déstocker plus de munitions. Un émissaire de Mouammar Kadhafi devait arriver lundi à Ankara, la capitale turque, suivi par un représentant de la rébellion. Seul membre musulman de l’Otan, la Turquie travaillerait à examiner la possibilité d’un cessez-le-feu sur une base commune entre les deux parties.