Libye : colère après la grâce des soignants bulgares

La Libye a de nouveau protesté, samedi, contre la grâce que le président bulgare a accordée aux cinq infirmières et au médecin bulgares. Les familles des enfants à qui ils sont accusés d’avoir inoculé le virus du sida ont, pour leur part, demandé à Tripoli de rompre ses relations avec Sofia et à Interpol d’arrêter les soignants. Le président français Nicolas Sarkozy aurait lui aussi exprimé son « mécontentement ».

La grâce du président bulgare Gueorgui Parvanov aux infirmières et au médecin bulgares condamnés à la prison à vie pour avoir inoculé le virus du sida à plus de 400 enfants libyens est restée en travers de la gorge de Tripoli. Le lendemain de leur libération, le comité populaire général libyen des Relations extérieures et de la coopération internationale a déposé un mémorandum officiel de protestation à l’ambassade de Bulgarie en Libye. Le document dénonçait une violation de l’accord d’extradition entre les deux pays et de celui passé le 23 juillet dernier avec l’aide de la première dame française, Cécilia Sarkozy, et de la commissaire européenne chargée des relations extérieures Benita Ferrero-Waldner. Une violation que le ministre des Affaires étrangères, Abdelrahman Chalgham, et le Premier ministre, Baghdadi Mahmoudi, n’ont pas manqué de rappeler samedi, lors d’une conférence de presse à Tripoli.

Les familles « profondément » déçues

« Les détenus devaient être remis dès leur arrivée à un établissement pénitencier et non pas libérés de manière illégale », a déclaré le chef de la diplomatie libyenne. Et de s’en prendre aux « organisations humanitaires et internationales qui, au lieu de critiquer la libération des criminels » l’ont saluée. La Libye a « suivi la procédure légale, affirmait pour sa part le chef du gouvernement. C’est la Bulgarie qui nous a trahis ». Il a par ailleurs assuré que le président français, Nicolas Sarkozy, avait exprimé son « mécontentement » suite à la grâce. L’article 43/1 de l’accord de coopération judiciaire, signé le 8 mars 1984 entre la Bulgarie et la Libye, stipule en effet : « si une peine de restriction de liberté a été infligée à un citoyen de l’un des deux parties de l’accord dans l’autre pays, les deux parties peuvent procéder (…) à l’extradition du condamné en question pour purger le reste de sa peine dans son pays ».

Les familles des quelque 400 enfants à qui les soignants bulgares sont accusés d’avoir inoculé le virus du VIH/sida ont aussi donné de la voix. « Nous condamnons profondément et sommes profondément déçus par l’absurdité et l’irrespect » qui ressort de « la grâce présidentielle bulgare », a indiqué dans un communiqué l’Association libyenne des familles des enfants infectés par le HIV. Elles demandent à Tripoli de rompre ses relations avec Sofia et à Interpol d’arrêter les infirmières et le médecin « afin qu’ils purgent le reste de leur peine en prison ».

La Bulgarie a rétorqué, par la voie du procureur général Boris Veltchev, que sa décision « ne soulève aucun problème juridique ». « Après leur retour en Bulgarie, les soignants ont commencé à purger les peines imposées en Libye selon la législation bulgare. Elle autorise le président à les gracier et il a utilisé ce droit », a-t-il ajouté. Le dossier des soignants bulgares semble encore loin d’être clos. D’autant que deux infirmières, Nasia Nenova et Kristiana Valcheva, ainsi que le médecin d’origine palestinienne Achraf al-Hazouz se sont déclarés volontaires pour témoigner de leurs huit années de détention. Objectif : aider les autorités bulgares à avancer sur l’enquête ouverte en janvier contre 11 policiers libyens soupçonnés d’avoir pris part à des actes de torture.