Liberté pour Alpha Condé

Quel démon colle à la peau d’Alpha Condé et de ses 47 coaccusés ? Alpha Condé, candidat à la présidentielle guinéenne du 14 décembre 1998, a eu le malheur de s’opposer au général-président Lansana Conté. Le tout-puissant Conté qui règne sur la Guinée d’une main de fer depuis 16 ans. Il est temps désormais que les simulacres de justice cessent

M. Condé est accusé d' » atteinte à l’autorité de l’Etat et à l’intégrité du territoire « . Arrêté deux jours après le résultat des élections, l’opposant a fait l’objet de nombreuses poursuites judiciaires. D’abord mis au secret, il se voit reprocher d’avoir voulu recruter des milliers de mercenaires en Sierra Leone et au Libéria pour prendre le pouvoir en Guinée. La justice l’accuse même d’avoir organisé, alors qu’il était en prison, une tentative d’assassinat sur la personne de Lansana Conté. Les sept avocats – désignés d’office, qui défendent le cas de M. Condé et des autres accusés – crient même à la mascarade.

Pitoyable scénario. L’histoire est pourtant tragique. Récemment, le procureur général a requis l’emprisonnement à perpétuité contre M. Condé et 40 de ses compagnons. Les 1200 pages du rapport de l’accusation sont venues étouffer les espoirs de justice.

Pire encore, l’hypocrisie semble de mise dans  » l’affaire Condé « . Bien qu’ayant enseigné à l’Institut d’études politiques de Paris et à la Sorbonne, l’opposant guinéen ne bénéficie d’aucun soutien de la part des dirigeants français. Ils usent du vocabulaire diplomatiquement correct quand ils évoquent le cas Condé. La visite de Jacques Chirac en Guinée ressemblait bien à celle qu’un chef d’Etat fait par courtoisie. A peine moins timoré, Charles Josselin, ministre français de la Coopération, a souhaité, en novembre 1999, que  » toute la lumière soit faite sur ce qu’on appelle aujourd’hui l’affaire Alpha Condé  » (Libération du 14/8/00). Le slogan à adopter doit être tout autre : liberté pour Alpha Condé !