Liberia : Le passé trouble de Charles Taylor avec la CIA

Charles McArthur Ghankay Taylor, ex-chef d’Etat du Liberia, a travaillé comme agent de renseignement pour les services secrets américains. Arrivé au pouvoir en 1997, il est contraint de le quitter en 2003 suite à un mandat d’arrêt international émis à son encontre par la Sierra Leone.

L’ancien président du Liberia, Charles McArthur Ghankay Taylor, au pouvoir de 1997 à 2003, a été agent de renseignement pour les services secrets américains. La collaboration entre l’ancien président libérien, tristement célèbre, et les renseignements américains a été confirmée par la Defense Intelligence Agency (DIA), branche espionnage du Pentagone. Le service de renseignement affirme que ses agents et ceux de la CIA ont travaillé avec Charles Taylor à partir des années 1980. L’information a été confirmée officiellement en vertu de la loi sur la liberté d’information aux Etats-Unis, suite à une enquête du Boston Globe menée depuis près de six ans.

Mais l’ampleur et la durée de cette collusion reste obscure. La DIA qui invoque un « risque pour la sécurité nationale » ne lève qu’une partie du voile. Des dizaines de rapports secrets, au moins 48 documents couvrant plusieurs décennies, relatifs aux informations transmises par Charles Taylor sont restés secret.

Une source riche d’enseignement ?

Des anciens fonctionnaires du renseignement, sous couvert de l’anonymat, ainsi que des spécialistes du sujet, dont Douglas Farah, expliquent que Charles Taylor a pu servir d’informateur sur Mouammar Kadhafi, à une époque où il est accusé de parrainer des actes terroristes, dont l’attentat de Lockerbie contre le Boeing de la Pan Am en 1988. L’ancien chef de guerre aurait aussi servi à la collecte d’informations sur le trafic d’armes dans la région ainsi que sur les activités de l’Union Soviétique, tout en assurant la protection des entreprises américaines, rapporte le Boston Globe.

Cette révélation redonne de la crédibilité à certaines allégations proférées à son encontre. Prince Johnson, ancien allié de Charles Taylor, rallié à la présidente libérienne en exercice, Ellen Johnson-Sirleaf, a déclaré en 2008 à une commission gouvernementale au Liberia que les renseignements américains auraient encouragé l’ancien chef de guerre à renverser le gouvernement de l’époque, tombé en disgrâce aux yeux de Washington. Cela relance les affirmations de l’ancien président exprimées pendant une audience du tribunal de La Haye. « Racontant son évasion ou plutôt sa libération de la prison de Plymouth en 1985, il avait expliqué qu’un garde était venu ouvrir la porte de sa cellule. A la sortie, deux agents américains l’attendaient et l’ont conduit à New York d’où il s’est envolé pour Mexico » rapporte RFI. Il était incarcéré pour avoir détourné près de 900 000 dollars.

Cette alliance avec le Pentagone et la CIA ne l’a pas empêché de se faire renverser par une rébellion soutenue par l’administration Bush en 2003.

Charles Taylor a été inculpé de crimes de guerre et crime contre l’humanité par le tribunal spécial pour la Sierra Leone en 2003. Il est poursuivi pour 17 chefs d’inculpations et notamment pour extermination, assassinats, viols, esclavage sexuel et conscription d’enfants soldats. Il est actuellement incarcéré à la Haye, en attente de jugement.

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