Lettres à Jeanne

Messaoud Benyoucef, dans Lettres à Jeanne, use de mots simples pour saisir toute la complexité algérienne. Et décrire cette relation passionnelle, charnelle, entre la France et l’Algérie. Avec beaucoup de bonheur.

Les mots sont dépourvus d’artifice, réduits à être justes. A avoir un sens. L’écrivain algérien Messaoud Benyoucef s’est lancé dans une fiction à multiples visages, à plusieurs voix. Dans Lettres à Jeanne, l’auteur est nombreux. Il est tous ces élèves de l’école de Oued Sersar (Oranie) qui sont sur cette image prise en 1955. Celle qui tient l’ardoise est Claude-Alice Peyrottes, aujourd’hui directrice du théâtre  » Bagages de sable « . Elle décide de retrouver ses camarades. Son spectacle s’appelle La Mer Blanche du Milieu, la Méditerranée. Lettres à Jeanne a été écrit pour le théâtre par le traducteur de la trilogie Les Généreux d’Abdelkader Alloula, grand dramaturge algérien. Et c’est ici que Messaoud Benyoucef intervient. La force des lettres, leur insoutenable intimité, leur fol espoir, leur indicible douleur… donnent au livre une angoissante justesse.

Kaléidoscope humain

La séparation, les amours et la culpabilité ne disparaissent pas dans l’espace cotonneux du temps. Elles sommeillent, s’assoupissent et attendent le bon moment pour refaire surface. En convoquant le passé, le présent peut se montrer hideux, troublé, presque toujours incertain. Rarement accueillant. Surtout si le présent a été handicapé du passé, refoulé, idéalisé. Les Lettres à Jeanne sont embarrassantes de confidence, humaines par leur gaucherie, et débordantes de vie. Comme si la parole avait été longtemps séquestrée et que le fleuve détourné n’avait attendu que cet instant pour reprendre son cours. Et la crue a emporté les digues, laissant les morts réveiller les vivants, les mots traverser la mer, chercher refuge chez Celle qui est partie. Avant d’arriver sur scène.

Messaoud Benyoucef signe avec Lettres à Jeanne une oeuvre juste, non un énième livre d’actualité sur les massacres. C’est de la littérature et non un récit journalistique.

Messaoud Benyoucef, Lettres à Jeanne, aux éditions L’embarquadaire.

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