Lettre ouverte au Pr Alain Foguè Tédom, prisonnier politique au Cameroun


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Alain Foguee Etedom
Alain Foguee Etedom

Cher Alain, à Genève, il y a de cela quelques jours, lors d’une manifestation devant le palais de justice, pour une histoire sur le climat, j’ai été interpellé par des amis à toi, des gens qui t’ont connu dans l’Est de la France, lorsque tu vivais encore par ici. Ils disaient énormément de belles choses à ton sujet. À un moment donné, quelqu’un a dit : « Qu’avez-vous fait d’Alain Foguè ? »

J’ai voulu répondre à cette personne en disant que tu as été arrêté en 2020 dans le cadre des manifestations pacifiques du mouvement pour la renaissance du Cameroun (MRC), parti politique dont tu es le trésorier national, et qu’en 2021, le tribunal militaire de Yaoundé t’a condamné à sept ans de prison ferme, alors que tu es un civil, ce qui n’est déjà pas normal, de surcroît sur des accusations farfelues, du style « tentative de révolution … ».

Les gens me regardaient, curieux d’entendre les mots que je mettrais sur ton cas, mais finalement, j’ai renoncé, j’ai eu honte, mais vraiment quoi. Comment expliquer à ces personnes avec qui je suis en train de manifester dans le froid que pour cette même forme d’expression, tu es illégalement détenu dans les geôles de Paul Biya ?!

Cher Alain, il faut te connaître pour savoir ta générosité. Tu es ce genre de personne qui a le souci du respect de la dignité des autres. L’un des rares qui n’appellent pas les caméras de télévision lorsqu’il décide d’offrir un sac de riz à des personnes démunies. Oui, Alain Foguè Tédom, tu es un humaniste au complet. Celui-là même qui, entre 2002 et 2004, bardé de diplômes et de propositions professionnelles alléchantes et satisfaisantes en tout point, décide à la surprise générale de tout quitter, sa très belle vie en France, et ses amis qui l’adorent, pour retourner au Cameroun apporter sa pierre à l’édifice, c’est-à-dire choisir une aventure moins opulente et plus risquée …

Une fois au Cameroun, la facilité dans ta situation aurait été de chanter et de danser à la gloire du dictateur Paul Biya, comme il est d’usage, afin qu’il puisse te corrompre. Ainsi tu aurais pu avoir ta place au soleil, continuer ta petite existence tranquille, et sûrement en quadruplant tes propres revenus… Mais non, tu as décidé de penser en premier lieu à l’intérêt général, te battre pour ce qu’on appelle là-bas « le sort de la veuve et de l’orphelin ». Rien que pour ça, je mets ma main droite sur le cœur, et je te dis merci ! Oui, merci !

Alain, nous pensons à toi, aux autres prisonniers politiques aussi, nous sommes fiers de vous. Mes amitiés à ta famille, la plus proche, celle qui ressent directement en elle, comme personne d’autre, le poids de ton engagement politique.

En te maintenant en prison, comme il le fait, de manière arbitraire, illégale, Paul Biya ne s’est pas posé la question de tes actions sur les autres, les pauvres, sur cette maman qui ne pourra plus venir te voir en larmes, parce qu’elle n’a pas le sou pour payer l’école de son enfant, et qu’elle sait très bien que l’école est aussi un moyen d’occuper son bambin, de l’éloigner de la rue, de l’extirper de ce que le dehors fait aux jeunes gamins isolés… Il rit avec toute sa force. Comme un sauvage. Ça sonne vraiment faux. Ça se voit qu’il est plus mortifié qu’autre chose. C’est vraiment laid. Personne pour lui dire qu’il est fou, et ceci pour de vrai. Il ne fait même plus semblant. Il est dégueulasse et c’est définitif.

A lire : Affaire Fotso contre l’hôpital Américain de Paris : lettre ouverte à Paul Biya

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