Les violents combats à Mogadiscio font des dizaines de morts

Au moins une soixantaine de personnes a péri, jeudi et vendredi, à Mogadiscio, dans les violents combats qui ont opposé les insurgés au gouvernement somalien et à leurs alliés éthiopiens. Alors que plusieurs dizaines de milliers de Somaliens ont déserté la capitale, le ressentiment monte contre l’Ethiopie, accusée d’attaquer sans faire la différence entre les civils et les dissidents.

Par Awa Traoré

Après la bataille, vient l’heure du bilan. Et il est lourd. Selon les sources, entre une soixantaine et une centaine de personnes a perdu la vie, jeudi et vendredi, dans les violents affrontements entre les insurgés et le gouvernement somalien, soutenu par les soldats éthiopiens. Le site de la radio locale Shabelle explique que « 65 ont été tuées intentionnellement et les 35 autres par des balles perdues et des missiles ». Ces affrontements sont les plus sanglants depuis l’arrivée des forces éthiopiennes, en avril. « Ce qui a enflammé la situation (…) est le fait que les dépouilles de soldats éthiopiens ont été traînées dans les rues de la capitale par les insurgés, ce qui est aussi inhumain et interdit par l’islam et les règles internationales des droits humains », indiquent dans un communiqué trois organes de défense des droits humains.

Hôpitaux débordés

Les hôpitaux de Mogadiscio croulent sous les blessés, estimés à 200 par l’organisation des droits de l’homme Ismail Jimale, ainsi que sous les déplacés. D’après le Haut-commissariat aux réfugiés des Nations Unies, près de 90 000 Somaliens ont fui leur domicile pour échapper aux combats des deux dernières semaines. Certaines zones de la capitale sont même désertes. Les Somaliens se sont rendus dans des localités voisines, qui peinent à gérer leur afflux. D’autant que le manque de sécurité ne facilite pas l’acheminement de l’aide humanitaire. « En tout, 1,5 million de personnes ont besoin d’une assistance humanitaire, soit une augmentation de 50% depuis le début de l’année », a alerté, vendredi, Ban Ki-moon, le secrétaire général des Nations Unies.

Pendant le week-end, les combats ont baissé d’intensité, même si les insurgés ont bombardé des positions non loin du palais présidentiel. Samedi, le grand marché de Mogadiscio a été une nouvelle fois fermé. Le gouvernement et leurs alliés éthiopiens ont lancé, lundi, dans le quartier où se situe ce marché, une vaste opération de ratissage destinée à trouver les armes que les insurgés utiliseraient. Les perquisitions à domiciles doivent durer une semaine. A noter l’arrestation de plusieurs personnalités du clan Hawiye, auquel appartiennent la majorité des dissidents.

L’Egypte pour le départ de l’Ethiopie

Pour apaiser la situation en Somalie, l’Union Africaine a donné son feu vert à l’envoi de 8 000 gardiens de la paix. Cependant, seule l’Ouganda a envoyé 1 600 soldats. Ban Ki-moon n’exclut pas le déploiement d’une force multinationale, qu’il surnomme « coalition de bonne volonté ». L’Egypte a pour sa part plaidé, dimanche, pour une solution rapide permettant l’avancée du processus de réconciliation nationale. « L’Egypte appelle les parties (…) à accélérer le départ des troupes éthiopiennes qui sont devenues une source principale de tension interne et une partie du problème plutôt que la solution », a déclaré le ministre égyptien des Affaires Etrangères.

Il semble en effet que la population somalienne vive de plus en plus mal la présence de l’Ethiopie. Les milices des insurgés sont soutenues par « des clans et groupes qui sont à peine ou pas liés aux islamistes », explique le communiqué des trois organes de défense des droits humains. Il précise que les alliés des fondamentalistes « partagent leur perception et leur rejet des Ethiopiens, qu’ils considèrent comme un ennemi commun. Et cela a été encouragé par les Ethiopiens eux-mêmes, qui ont échoué à prendre toutes les précautions possibles pour éviter les pertes accidentelles de vies et de biens ». Les civils seraient en effet souvent pris pour cible à cause du manque de discernement entre les simples citoyens et les dissidents qui se fondent parmi eux.