Les vérités de Boukhari

On cache une maladie, on ne peut jamais cacher la mort. Longtemps après avoir été dissous dans de l’acide, le cadavre de Ben Barka remonte à la surface. Celui par qui la vérité (le scandale) est arrivée, l’ancien agent secret des services des renseignements chérifiens, Ahmed Boukhari, vient de recevoir une nouvelle convocation de la justice française. Pour apporter ses vérités.

Il faut croire que le gouvernement marocain n’est pas pressé de voir un de ses espions déterrer une affaire sale, enfouie dans la mémoire collective. Et de mettre à nu les années noires de la répression de Hassan II. Abderahmane Youssoufi, actuel Premier ministre, issu du même parti que l’ancien leader de la gauche marocaine, est contraint à une acrobatie politique.

A voir les procès qui pleuvent sur Ahmed Boukhari, il est difficile de ne pas de liens avec l’Autre procès. Celui de l’assassinat de Ben Barka en 1965 à Paris. Après l’affaire des chèques sans provision, vite dégonflée, c’est au tour de trois anciens collègues d’ester Ahmed Boukhari. Qui risque une nouvelle incarcération. Et Rabat n’est pas pressé de délivrer un passeport pour l’affranchi.

Privé de parole. On ne tremble pas seulement à Rabat. A Paris, les acteurs en poste lors du drame sont toujours en vie. Or, pour ramener le corps de Ben Barka au Maroc, les sbires de Mohamed Oufkir et de son adjoint le commandant Ahmed Dlimi avaient besoin de complicités françaises. Et il n’est pas sûr que tout ce beau monde serait enthousiaste de voir Ahmed Boukhari dans le bureau du juge Jean-Baptiste Parlos.