Les valeurs humanistes des Scouts Musulmans de France

De la rencontre entre la philosophie scoute et la religion musulmane est née l’association des Scouts Musulmans de France. Depuis quinze ans, elle s’attelle à transmettre aux jeunes de tous horizons une conception tolérante et pacifique de la vie en société.

A travers les jumelles de nos préjugés, l’on perçoit le plus souvent une image des Scouts en short-chemisette par tous temps, entonnant des chansonnettes religieuses sur les routes de France et d’ailleurs, sous les ordres paramilitaires de leurs chefs. Vision stéréotypée, et erronée du scoutisme…

Le mouvement créé par Baden Powell dans la première moitié du 20ème siècle, propose à l’échelle mondiale une pédagogie éducative basée sur l’éveil, le jeu et la découverte « visant à former des citoyens actifs, joyeux et utiles ». Genèse d’un mouvement qui saura s’adapter au monde qui l’entoure, et qui deviendra la plus grande association de jeunesse du monde. Dans la continuité de cette approche humaniste intégrant les principes et méthodes du scoutisme, Les Scouts Musulmans de France (SMF) ont vu le jour dans l’hexagone en 1991, en pleine guerre du Golfe. Loin d’être anodin, cet évènement géopolitique majeur a indéniablement renforcé le fossé entre l’Occident et l’Orient. Dés leur début, les SMF ont affirmé une volonté de rapprochement et de dialogue avec l’autre, prônant un message de paix et de fraternité universelle.

Le scoutisme comme tremplin vers l’épanouissement

Découlant de réflexions guidées par un idéal de tolérance et de paix, les SMF ont accouché des imaginaires d’hommes et de femmes souhaitant injecter ses valeurs au cœur même de la société. Réunis autour du Cheikh Khaled Bentounès, Président fondateur de l’association, apôtre d’un Islam d’ouverture et de lumière, défenseur du dialogue entre les traditions, les initiateurs du projet ont mis sur pieds une méthode éducative d’éveil personnel prenant racine dans l’idéologie du scoutisme et du guidisme. La démarche s’inscrit dans une logique citoyenne visant à apporter une structure et un cadre de vie propre à l’épanouissement des enfants, des jeunes, filles et garçons sans distinction, en oeuvrant à « la construction d’un monde plus fraternel, plus tolérant et plus humain ». Reconnus dés 1992 comme Association nationale d’éducation populaire par le Ministère de la jeunesse et des sports, les SMF deviennent deux ans plus tard membre de la fédération du scoutisme français. Accueillis à bras ouverts par l’Organisation Mondiale du Mouvement Scout (OMMS) en 1995, ils font désormais partie intégrante du plus vaste mouvement de jeunesse du monde.

La méthode Scout, complémentaire à l’éducation, allie subtilement le développement concomitant du corps et de l’esprit. Privilégiant l’éveil personnel, le jeu et la découverte, les SMF accompagnent le jeune à « se faire par lui-même ». En trois mots : « Learning by doing », comme le résume Philippe Yacine Demaison, vice-président de la Fédération de Scoutisme Français et membre du Conseil des sages des SMF, citant ainsi la devise de Baden Powell : « Apprends en faisant ». C’est sur ce précepte que se base la pédagogie Scoute. Cela pourrait être l’antithèse de l’enseignement magistral… ».

Mouvement de jeunesse musulmane ouvert à tous

L’association s’attache à mettre un point d’honneur sur l’ouverture et l’acceptation de tous au sein du mouvement, sans aucune distinction de couleur, de race, d’appartenance politique ou religieuse. La diversité contribue indéniablement à la richesse culturelle, l’ouverture et l’échange, pierre angulaire de l’éthique des SMF. Chaque jeune est le bienvenu au sein des SMF pour peu qu’il soit animé d’une volonté d’apprendre, de respect, avec une dynamique positive. Se découvrir par l’action en ville et dans la campagne ; se découvrir soi-même à travers ce qui nous entoure.

Quatre étapes jalonnent le parcours des jeunes, constituant chacune un axe de développement par tranche d’âge. Voyageurs pour les 8-12 ans, éclaireurs pour les 11-15 ans, Pionniers pour les 14-18 ans, et Compagnons pour les 17-21 ans. Chaque parcours s’articule autour d’une pédagogie propre à l’éveil du jeune. « L’idée pédagogique se révèle double. Elle est à la fois structurante, et imaginaire. Ces deux points s’avèrent interdépendants pour bâtir des individus épanouis, éveillés, réfléchis. Chaque étape est une traversée d’un royaume identifié à un prophète » suggère M. Demaison.

Soucieux de redonner de la valeur aux mots

« Il serait temps de redonner aux mots leurs vrais sens. L’un des sens du mot religion, selon sa racine latine, est : relier les Hommes », dixit M Demaison. A travers une conception sacralisante du vivant propre à éveiller et vivre les valeurs spirituelles de la vie, les SMF abordent, non sans détour, les questions et problématiques que se posent les jeunes à propos de l’Islam. Sur le devant de la scène médiatique malgré elle, la religion musulmane subit de plein fouet ce que M. Demaison qualifie de « hold-up religieux actuel », escamotant ainsi l’essence même du message. Ce message, maintes fois traduit, commenté, médité et élevé, fut aussi adapté, manipulé, usé à des fins détournées en vue de servir des intérêts divers et variés. Sans tabous, ni ambages, les SMF mettent cartes sur table. La méthode ? Parler de la religion dans son ensemble, en proposant aux jeunes les différents éléments qui la composent. Car, comme s’insurge M. Demaison, « Il est temps de dire aux jeunes, ouvrez les livres d’histoire !». Plutôt que de subir – et de transmettre ipso facto – le diktat religieux contemporain, les SMF préconisent la culture, la réflexion, et enfin la liberté de choisir. L’objectif étant d’instaurer un rapport à la religion sain et ouvert, sans pour autant zapper les vicissitudes politico-religieuses du moment. La culture et la réflexion se substituent alors subtilement à l’obscurantisme ambiant.

Loin de se cantonner au cercle limité de la communauté, les SMF mettent un point d’honneur à appliquer concrètement leurs enseignements dans la société qui les entoure, répandant autour d’eux les valeurs de paix, d’amour et de respect.