Les urgences de Tarek

Tarek Mzoughi est un urgentiste qui a de la suite dans les idées. Ce Tunisien de 39 ans vient d’ouvrir un salon de thé-galerie qu’il espère bientôt transformer en  » cyberclinique « . Avec Tarek, la télémédecine a de l’avenir.

A l’ouverture de la porte en verre embrumée, un air de jazz s’échappe. Dehors il fait 0°, chez Mozaïk, une nouvelle galerie d’art et salon de thé du côté de Pigalle (nord de Paris), l’ambiance est à la surchauffe. Murs peints à la brosse, poufs, appliques orientales et mosaïque délicate au sol. Au milieu des convives arrimés à leur coupe de champagne, une silhouette se détache. Tarek Mzoughi est grand, élancé et très occupé : ses deux petites filles s’agrippent à ses jambes pour jouer. Ce Tunisien souriant et chaleureux de 39 ans est le créateur de Mozaïk.

 » Mais attention, je vous préviens, je ne me prend pas au sérieux, je suis urgentiste ! » Tarek – qui a fait ses deux premiers cycles d’études en Tunisie et son troisième en France – est donc médecin de nuit et propriétaire de Mozaïk le jour. Urgentiste et  » artiste dans l’âme « .  » Je me suis toujours intéressé à la photo, à la peinture, je suis passionné par l’art islamique ancien. Ça doit être la vision moins cartésienne que celle d’un toubib qui me plaît !  » explique-t-il. Sa galerie se propose donc d’accueillir chaque mois des artistes différents, avec une préférence pour ceux des  » pays oubliés  » du tiers-monde qui  » ne peuvent pas s’exprimer ou montrer leur savoir-faire « .

Deuxième avis médical

Rapidement, Tarek passe à autre chose. Au coeur de son projet, il y a  » Mozaïk médical « . Ou comment donner, via Internet et les webcams, un deuxième avis médical à des patients qui vivent dans les pays en voie de développement et n’ont pas la possibilité de venir en France pour se faire soigner. Tarek entre dans les détails, les yeux brillants :  » Si une personne souffre d’une hémorragie digestive en Algérie et veut savoir si le traitement qu’on lui a prescrit est le bon, elle pourra s’adresser à Mozaïk médical « .

Le but est de donner un avis objectif sur un problème médical spécifique. Même si les patients sont à des milliers de kilomètres et que le contact physique est absent de la  » consultation  » ?  » C’est déjà mieux que rien ! » réplique le médecin. Tarek veut donc transformer son salon de thé en  » cyberclinique « , le temps de soirées thématiques.  » Si nous choisissons d’organiser une exposition sur le Mali pendant trois semaines, nous préparerons en parallèle des soirées pour résoudre un certain nombre de cas cliniques rencontrés au Mali.  » Un diagnostic sûr au prix d’une communication locale. Il imagine déjà la petite dizaine d’ordinateurs qu’il pourra installer au milieu des tableaux.

Anti-mondialiste convaincu

Pour mener à bien son projet, Tarek espère créer prochainement un site Internet, accessible aux médecins mais aussi aux étudiants. Sur des cas précis mis sur le site, tous pourront donner leur avis. Avis ensuite collectés et étudiés par un jury de médecins.  » On peut même penser à un concours pour les étudiants ayant trouvé le bon diagnostic « , explique Tarek,  » les étudiants sont toujours à la recherche de nouveaux cas cliniques. Travailler avec l’Afrique permet de faire face à des cas  » exotiques « , des pathologies inconnues en France.  »

Une première expérience de six mois est prévue avec la Tunisie. Bientôt un centre franco-tunisien de télémédecine ?  » On nous attend là-bas, il y a une forte demande, notamment pour la neurochirurgie et la chirurgie esthétique (on ne parle pas de lifting mais de chirurgie réparatrice !) et si ça marche, ça fera tache d’huile, on pourra travailler avec l’Amérique latine et l’Europe de l’est.  »

Pour l’instant, c’est l’Afrique qui est visée.  » C’est le continent qui a aujourd’hui le plus besoin d’une aide urgente. Il a un potentiel énorme mais est affaibli par des problèmes quotidiens comme trouver à manger et à boire. Si on développe l’Afrique aujourd’hui, je suis sûr que dans deux générations, elle sera un moteur pour le reste du monde.  » Pour cet anti-mondialiste convaincu – prêt à mettre son espace à la disposition de tous ceux qui partagent cette philosophie – le combat ne fait que commencer. Pour l’heure, sa petite dernière l’entraîne à travers la pièce. Tarek est aussi papa.

Mozaïk

72 bis, rue des Martyrs

75009 Paris – France

Tél/fax : 00 33 1 44 63 05 77