Les tueries de Daloa

Amnesty International revient sur les tueries qui ont suivi la reprise de la ville de Daloa par les forces gouvernementales ivoiriennes. Selon l’organisation non gouvernementale, une véritable chasse à l’étranger et aux Ivoiriens portant des patronymes musulmans s’est déroulée dans la capitale du cacao. Bilan : une centaine de morts.

Le rapport d’Amnesty International sur les tueries de Daloa, à l’ouest de la Côte d’Ivoire, reprise par les forces gouvernementales le 16 octobre dernier, est très critique envers Abidjan. Le gouvernement est accusé, à demi-mots, au mieux de complicité. Plusieurs dizaines d’étrangers et d’Ivoiriens musulmans ont été froidement abattus. Deux ans après le charnier de Youpougon. Interview de Catherine Mercier, responsable Afrique de la section française d’Amnesty International.

Afrik : Que s’est-il réellement passé à Daloa ?

Catherine Mercier : Plusieurs dizaines de civils ont été tués de manière extrajudiciaire, après la reprise de la ville par les forces gouvernementales. Les victimes sont des étrangers et des Ivoiriens portant des patronymes musulmans. Le samedi 19 octobre, on a découvert un charnier de 56 corps et le lundi suivant 19 corps, à 5 km de la ville. Amnesty International a pu se procurer les noms de vingt-deux Maliens, de deux Burkinabè et de deux Guinéens.

Afrik : Qui sont les assassins ?

Catherine Mercier : Le gouvernement dit que ce sont des individus vêtus de treillis militaires. Selon les témoins, ces hommes portaient des uniformes de la fameuse Brigade anti-émeutes et arrivaient sur des chars et des véhicules militaires. Les étrangers, quand les rafles sont devenues de plus en plus nombreuses, se sont réfugiés dans la mosquée de Daloa. Et le calme est revenu subitement, dès que l’imam a réussi à joindre les autorités. Les exécutions sommaires ont cessé soudainement. Les autorités avaient donc un contrôle sur ces individus en treillis.

Afrik : Le gouvernement serait donc complice ?

Catherine Mercier : Je n’ai pas dit ça. Mais ces éléments sont étranges. Amnesty International rappelle que, quels que soient les responsables de ces tueries, le rôle des autorités ivoiriennes est de protéger les populations civiles, ce qui visiblement n’a pas été le cas tout au long de ces tueries qui ont duré plusieurs jours. La presse aussi a sa part de responsabilité.

Afrik : Comment la presse peut-elle être tenue responsable de cette chasse à l’homme ?

Catherine Mercier : Il y a une fracture dans ce pays, entre les ethnies et entre le Nord et le Sud. Des journaux comme Notre Voie (organe du parti au pouvoir, ndlr) et surtout la télévision continuent de faire des insinuations sur les étrangers et les Ivoiriens du Nord. Cela n’est pas fait pour réconcilier les gens.

Afrik : Vous parlez de l’ivoirité ?

Catherine Mercier : Ce concept a fait beaucoup de dégâts, c’est un élément de discorde. Il a gangrené les rapports politiques.

Afrik : La réconciliation est-elle possible ?

Catherine Mercier : Oui, elle l’est. Il faut que gouvernement ivoirien ait le courage de traduire en justice les gendarmes responsables du massacre de cinquante-sept personnes, arrêtées le 26 octobre 2002, à Youpougon, à Abidjan. La réconciliation passe par la justice.

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