Les tsunamis ont fait remonter des déchets radioactifs sous-marins en Somalie

Les tsunamis qui ont frappé l’Asie en décembre dernier ont permis de redécouvrir des déchets radioactifs immergés illégalement par les pays occidentaux le long des côtes de la corne africaine. C’est ce que révèle un rapport du Programme des Nations Unies pour l’Environnement, intitulé « Après le tsunami – Une évaluation environnementale préliminaire », publié mercredi.

Par Sandrine Desroses

La Somalie : dépotoir pour les déchets radioactifs occidentaux ? Les raz-de-marée qui ont endeuillé l’Asie du Sud, en décembre dernier, ont également eu un impact en Somalie. Des répliques ressenties jusque dans la sous-région d’Afrique de l’Est (qui a également payé un lourd tribut à la catastrophe) ont fait remonter à la surface les déchets radioactifs déversés au large des côtes somaliennes, durant les années 80 et 90, par des pays occidentaux. Une enquête préliminaire menée par les experts du Programme des Nations Unies pour l’Environnement (PNUE) évoque le cas de la Somalie et du Kenya. Le suivi de l’affaire est attendu dans les prochaines semaines avec une enquête plus approfondie sur place. Mais dans l’immédiat, et pour des raisons que l’on imagine aisément, les différentes autorités contactées semblent s’accorder à entretenir la plus grande retenu quant à ces découvertes.

Le rapport des experts du PNUE, publié mardi, fait état de l’ampleur des dégâts, causés par les tsunamis, tant sur le plan sanitaire qu’environnemental dans toutes les zones touchées. Il évoque, entre autres, les scandaleuses découvertes en Somalie. Mais le fait n’est pas si nouveau. En effet, profitant de l’instabilité du climat politique en Somalie, en guerre civile permanente depuis la fin de 1990, de nombreux pays occidentaux auraient fait des propositions à l’Etat somalien : armes contre stockage de déchets toxiques. Et pour cause : le rapport du PNUE estime que la gestion et l’élimination des matériaux dangereux reviendrait à 2.50$ la tonne en Somalie, contre 250$ en Europe. Les autorités n’ayant ni les moyens, ni les compétences pour surveiller et contrôler les choses, la porte restait ouverte à tous les abus.

Problèmes de santé inhabituels

Une partie des conteneurs, en dépôt dans les fonds marins depuis des années, refait surface, à cause des tsunamis. Leur état d’usure avancée inquiète les autorités, d’autant que ces objets flottants non clairement identifiés demeurent à quelques centaines de mètres du rivage. Les premiers effets de cette présence indésirable se font déjà ressentir chez les populations locales. « Un nombre important d’individus dans les zones somaliennes affectées se plaint de problèmes de santé inhabituels, y compris de problèmes pulmonaires graves et d’infections de la peau », indique-t-on dans le rapport.

Si le danger menace les Hommes, il en va de même pour l’environnement. Les observateurs du monde marin indiquaient, déjà dans la région en 2004, des troubles du comportement de la faune liés au déversement de produits chimiques dans la mer : de « nombreux cas de cécité » chez certains animaux marins, qu’il est « parfois possible de pêcher avec les mains : les poissons ne bougent pas, ils ne fuient pas. Quant aux tortues, elles sortent déposer leurs œufs sur le sable, mais ensuite, au lieu de retourner à l’eau, elles avancent toujours plus loin sur la terre ferme», apprend-on sur le portail alternatif sur l’eau Planète Bleue. L’inconscience et la cupidité des uns fait le malheur des autres. Et en l’absence d’un véritable Etat somalien, les habitants n’auront pas grand monde vers qui se tourner pour demander des comptes…ou des soins.