Les « Têtes à claques » ne font pas toujours rire

Un couple de touristes québécois en Afrique marinant dans la marmite d’un cannibale qu’ils nomment ironiquement Kunta Kinté, c’est le sketch que l’on peut voir sur le site humoristique québécois Têtes à claques. Un organisme d’intégration des immigrés a porté plainte pour diffamation et racisme contre Michel Beaudet, le créateur du site internet.

Faire un sketch où Kunta Kinté, héros de la résistance noire à l’esclavage, apparaît comme un cannibale ne fait pas l’unanimité. Rappelez- vous : Kunta Kinté est l’ancêtre d’Alex Haley, écrivain afro-américain, auteur de Roots. Ce roman, qui a reçu le prix Pulitzer dans les années 1970, raconte l’histoire d’une famille d’esclaves noirs aux Etats- Unis. Depuis Kunta Kinté, le premier déporté, jusqu’à l’abolition de l’esclavage. Alors le sketch « le cannibale », diffusé sur le site internet québécois Têtes à claques, a de quoi blesser la communauté africaine. La vidéo présente un couple de touristes québécois en Afrique marinant dans la marmite d’un cannibale, qu’ils nomment ironiquement Kunta Kinté. Un sketch d’autant plus blessant que la date de mise en ligne correspond au 30ème anniversaire de la publication du roman Roots d’Alex Haley.

Le clip vidéo est jugé insultant, diffamatoire, irrespectueux et raciste par Québec pluriel, organisme québécois d’intégration des immigrés. Il soutient que le clip, visionné par plus de trois millions d’internautes, nuit à l’image et l’histoire des Noirs et qu’il alimente les préjugés contre eux. Québec pluriel a en outre déploré le fait que Michel Beaudet, le créateur des Têtes à claques, refuse de retirer la vidéo de son site internet. L’organisme a donc déposé, cette semaine, une plainte auprès de la commission canadienne des droits de la personne dans le but d’expliquer qu’il est inacceptable d’associer Kunta Kinté, véritable emblème de la résistance pendant l’esclavage, à un cannibale. Dans son combat, Québec pluriel a obtenu le soutien de la fondation américaine Kunta Kinté-Alex Haley.

« Vision paranoïaque d’un petit groupe »

De son côté Michel Beaudet, qui a crée le site en 2006, accuse le coup et n’a pas l’intention de céder aux demandes de Québec pluriel. Pour ce publicitaire de 40 ans, c’est très clair : c’est une « vision paranoïaque d’un petit groupe de personnes qui ne représente pas la majorité ». Et d’ajouter qu’« on ne peut pas permettre à une infime minorité de nous dicter de quoi on doit rire ».

Têtes à claque est un site internet présentant plusieurs clips vidéo de sketches qui se veulent « drôles ». Chaque jour, 250 000 internautes se connectent pour se détendre et rire des différentes mises en scènes des personnages. Cependant, les avis restent très partagés car certaines écoles et entreprises bannissent ce site de leurs connections internet : elles jugent les propos vulgaires et contraire à leur missions éducatives. Rire de tout, pourquoi pas ? Mais encore faut-il respecter l’intégrité de chacun.

 Visionner le sketch : Le cannibale