Les Tchadiens de France manifestent contre le viol de la lycéenne Zouhoura

Plusieurs centaines de Tchadiens de France ont manifesté dans les rues de Paris jusqu’à l’ambassade du Tchad, samedi après-midi, jusqu’au soir, pour réclamer justice suite au viol collectif de la jeune lycéenne Zouhoura.

Ni le froid glacial encore moins le vent ne les ont arrêtés. Rassemblées ce samedi après-midi sur la place du Trocadero, à Paris, plusieurs centaines de personnes ont répondu à l’appel du Comité d’initiative citoyenne pour marcher jusqu’à l’ambassade du Tchad et dénoncer le viol collectif de Zouhoura. Le calvaire de la jeune lycéenne, âgée de 17 ans, en classe de terminale, séquestrée et violée pendant cinq jours par ses bourreaux, a ému le Tchad.

Drapeaux tchadiens à la main, et quelques uns de la République démocratique du Congo (RDC), en tout c’est près de 500 Tchadiens de France, mais aussi des personnes originaires des Comores, de la Côte d’Ivoire, de la Tunisie qui ont tenu à affirmer leur solidarité à la jeune Zouhoura. « Justice pour Zouhoura !», « Plus jamais ça !», « Non au viol !», « Non aux violences tout genre !», scandent les protestataires. Les organisateurs de la marche prennent la parole un à un, dénonçant avec virulence le viol de la jeune lycéenne, mais aussi le meurtre d’Abachou Hassan Ousman, 17 ans, mort sous les balles de la police pendant la manifestation à N’Djamena pour réclamer que les bourreaux de Zouhoura soient traduits en justice. Le père de la lycéenne, qui vit en France, également présent, très ému par le soutien dont ses compatriotes ont fait preuve, a aussi pris le micro pour remercier tous les participants à la marche.

Au milieu de la foule de manifestants, Marguerite, également Tchadienne, la cinquantaine, vêtue élégamment d’un manteau noire, estime qu’il est « important d’être là pour exprimer ma colère car ce qui est arrivée à Zouhoura peut nous arriver à toutes. Le viol est une problématique qui touche le monde entier et doit être dénoncé ». Assane, un jeune lycéen de 17 ans, très élancé, scandant avec ardeur « Justice pour Zouhoura », marchant près de deux de ses camarades, ne passe pas inaperçu parmi les protestataires. Il faut dire que le jeune homme qui se déplace péniblement, contraint de se tenir sur deux béquilles, à cause d’une de ses jambes cassée, a quand même tenu à être présent. « C’est ma sœur, c’est normale que je la soutienne. Je ne suis pas d’accord avec ce qu’elle a subi et je réclame justice pour elle !», s’écrie-t-il, en poursuivant la marche.

« Ce viol prouve une fois de plus que le gouvernement tchadien perd la tête ! »

Près de lui, marche Maki Houmed-Gaba, porte-parole du parti d’opposition de Djibouti en France, qui a aussi tenu à soutenir le peuple tchadien. « Le viol de Zouhoura est une étape ultime que les dictateurs utilisent pour prôner l’impunité. Ce viol prouve une fois de plus que le gouvernement perd la tête. Notre mobilisation massive se retourne contre le gouvernement qui voulait anéantir la justice tchadienne », affirme-t-il fermement de sa voix fluette.

Djedai, qui arbore ses longues tresses, elle, n’est pas originaire du Tchad mais des Comores. Toutefois, elle dit être là pour soutenir la diaspora africaine. La jeune femme s’interroge sur la recrudescence des viols en Afrique. « Pourquoi est-ce que les hommes commettent de tels actes, c’est inadmissible », s’écrie-t-elle. Même son de cloche pour Maha, originaire de la Tunisie, qui ne cache également pas sa colère. « Je suis une citoyenne du monde, j’ai été extrêmement touchée par le viol de Zouhoura. Le viol reste un phénomène mondial encore trop peu dénoncé. Ce qui s’est passé au Tchad peut arriver à tout le monde. Il faut lever le masque. Il faut que les femmes se battent pour leurs droits et qu’elles soient actrices de leur vie », conseille la féministe tunisienne.

« Le vrai problème, c’est le tabou du viol au Tchad »

A quelques pas d’elle, l’élégant Dicko, portant un chapeau noire, affirmant être l’oncle de Zouhoura, échangeant quelques mots avec un de ses amis, accuse le pouvoir d’être responsable de ce viol. Le sexagénaire se demande « où est la justice au Tchad ? » Il rappelle que « ce sont des fils de militaires hauts gradés et de ministres qui ont commis ce viol, et c’est pour cela qu’ils n’ont pas encore été traduits en justice et que les autorités sont indulgentes à leur égard ! Nous réclamons justice, car c’est inacceptable ce qui se passe au Tchad. Cette impunité dure depuis trop longtemps !»

L’arbre qui cache la forêt dans cette affaire, « c’est le tabou autour du viol qui est ancré au Tchad. Le véritable problème c’est cela. Beaucoup de femmes sont violées mais n’en parlent pas. Car pour la famille, c’est un déshonneur. Donc même si la victime souffre, le viol est gardé sous silence », déplore de son côté la jeune Mireille, protégeant son cou du froid avec une écharpe grise. Elle est venue spécialement de Bruxelles pour participer à la marche. Son amie et compatriote Clarisse, qui se tient tout près d’elle, venue de l’Ille, s’interroge, elle, sur l’avenir de la jeune Zouhoura. « Quand toute la ferveur de cette affaire sera passée que deviendra Zouhoura ? On n’y pense pas, mais c’est ça la vraie question. Sera-t-elle prise en charge? Sera-t-elle concrètement soutenue également par les autorités ?», se demande la jeune femme, qui arbore un chapeau bleu marine et un manteau violet. « Tout le monde sait qu’on ne sort pas indemne d’un viol, alors que va être le sort de cette jeune fille ?», redit-elle d’un regard inquiet.

En attendant, les Tchadiens, aussi bien ceux restés au Tchad que ceux de la diaspora, attendent au tournant le pouvoir qui a promis de rendre justice à Zouhoura. Est-ce que cette promesse sera cette fois-ci tenue ? Là est toute la question.