Les taxis-charrettes au Mali : fouette, cocher !


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Les charrettes bâchées qui servent au transport en commun, sont prisées par les élèves pour aller à l’école et par les femmes qui vont au marché ou qui rallient les baptêmes et mariages. La ville de San, dans la région de Ségou au Mali, a adopté ce nouveau mode de déplacement alternatif très peu onéreux et extrêmement pratique.

De notre partenaire L’Essor

« A défaut de sa mère, on tète sa grand-mère », énonce avec un redoutable bon sens un adage populaire que les Sanois ne renieraient pas. En effet, à l’instar de certains de nos voisins ouest-africains, les habitants de San ont fait preuve d’un grand sens pratique pour résoudre le casse-tête que peut constituer le transport urbain. En l’absence pénalisante de véhicules de transport en commun – comme les Sotrama – et face aux tarifs dispendieux des taxis (entre 200 et 400 Fcfa), les Sanois se sont rabattus sur les « taxis-charrettes » en réalisant que l’essentiel était d’arriver à destination sans s’épuiser dans une longue marche à pied. L’initiative des « taxis-charettes » relève de la même philosophie qui a donné naissance à Cotonou (Bénin) et Lomé (Togo) aux populaires motos taxis.

tarif unique de 25 Fcfa

Très pratiques et extrêmement bon marché (25 Fcfa quel que soit la course), les « taxis-charrettes », comme leur nom l’indique, sont des attelages tirés par des chevaux ou des ânes. Dotés d’arceaux recouverts de toile cirée ou de bâches pour protéger les clients du soleil ou de la pluie, ces carrioles sont équipées de banquettes plus ou moins sommaires. Pour attirer les clients, les propriétaires s’efforcent d’embellir le véhicule par des ornementations diverses. Les charrettes, qui servent ainsi au transport en commun, sont conduites par des adolescents de 13 à 18 ans. Ce moyen de transport rustique mais sûr est prisé par les femmes pour aller au marché ou rallier les cérémonies sociales, baptêmes et mariages. Les enfants qui vont à l’école les empruntent aussi volontiers.

Amadou Théra, 14 ans, est le cocher d’un taxi-charrette. Dans sa carriole pleine de femmes en ce jour de foire, il explique : « Il n’y a pas que les femmes qui nous sollicitent. Il y a également des hommes, mais surtout les jeunes scolaires qui constituent une bonne partie de notre clientèle ». Les jours de foire, comme aujourd’hui, c’est la fête pour Amadou Théra dont la recette peut atteindre 1 500 Fcfa malgré la malhonnêteté de certains passagers qui, une fois à destination, refusent de payer.

Une aubaine pour les femmes et les enfants

Mme Traoré Batoma Dembélé est, elle, une cliente « réglo » qui considère que les taxis-charrettes constituent une véritable aubaine pour les femmes et les enfants : « Ils nous permettent de nous déplacer à moindre coût, même dans les quartiers les plus reculés de San comme Médine. Les enfants sont victimes de beaucoup moins de retard aujourd’hui que dans un passé récent pour se rendre à l’école ».

« Les taxis ordinaires ne marcheraient pas à San car les gens n’ont pas les moyens de payer 200 Fcfa pour une toute petite course », relève-t-elle.
Providence des clients à la bourse modeste, les charrettes-taxis bénéficient aussi de la bienveillance des autorités de San qui ne manquent pas d’occasion d’encourager leurs initiateurs.

Mamadou Togo, le premier adjoint du maire, assure que les autorités communales apprécient et encouragent ce système de transport. La commune de San étant l’une des plus grandes du pays et un grand carrefour commercial, les taxis charrettes permettent de régler les problèmes d’un segment du transport urbain pénalisé par le manque de moyens. Mieux, confirmera Mamadou Togo, le nouveau conseil municipal de San entend développer ce système de transport en taxis-charrettes.

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