Les supporters de Laurent Gbagbo à pied d’œuvre

Devant le siège du LMP

Le ton monte entre Laurent Gbagbo, le président sortant, et Alassane Ouattara, son rival au second tour de la présidentielle ivoirienne. Alors que les meetings se multiplient, les militants s’affèrent pour emmener leur candidat à la victoire. Au siège du parti de La majorité présidentielle (LMP), à Attoban, dans la commune de Cocody, la tension est à son comble. Plus que quelques jours avant le 28 novembre, date du vote décisif.

De notre correspondante

L’ambiance n’est pas à la fête quand nous arrivons, mardi à 9 heures 58 du matin, au siège du parti de Laurent Gbagbo, La majorité présidentielle (LMP), à Attoban, dans la commune de Cocody. Devant le grand portail de la résidence, un groupe d’hommes armés – «pour circonscrire les excès vu que nous avons besoin des voix », explique un responsable –, vérifie les entrées et sorties des visiteurs. A l’extérieur, sous une bâche dressée pour les accueillir, des militants parlent à haute voix. L’ambiance est surchauffée à cause de l’attente « interminable ». Afin de faire avancer la campagne du candidat LMP, chacun attend son tour pour voir M. Soro, directeur financier au quartier général de campagne. M. Soro, qui a travaillé tard la veille, ne devrait pas être là avant un peu plus d’une heure. L’attente se fait longue et les militants, pour la plupart responsables des « QG », annexes délocalisés dans les sous-quartiers, s’impatientent.

« Moi, je vote Gbagbo parce que je crois en son combat »

Mme Ouattara, présidente du mouvement Solidarité action Côte d’Ivoire (Saci), est arrivée depuis un moment, drapée dans un pagne à l’effigie du candidat Laurent Gbagbo. Elle tape à toutes les portes à la recherche d’un interlocuteur. Elle attendra 11 heures comme tous les autres, heure a laquelle M. Soro, accompagné de son inséparable assistante, fait son entrée dans l’enceinte du bâtiment. S’en suivent de chaudes poignées de mains adressées à une dizaine de militants rassemblés dans la pièce qui fait office de salle d’attente, où ils viennent de passer plusieurs heures devant le bruyant écran de télévision accroché au mur. Après avoir sacrifié aux indispensables salutations, M. Soro s’installe dans son bureau au rez-de-chaussée du bâtiment pour entamer une série d’audiences.

En attendant, nous poussons la causette avec Mme Ouattara. Elle est originaire de Korhogo, dans le nord de la Côte d’Ivoire, où le candidat Alassane Ouattara a obtenu plus de 90% des voix au premier tour. « Beaucoup de personnes ont compris le combat de Gbagbo dans le nord. Et je pense que le Directeur national de campagne du président Gbagbo, le Dr Coulibaly Issa Malick, natif de Korhogo, à beaucoup travaillé pour cela », déclare-t-elle. « Avant il n’était question d’aucun autre candidat au nord que M. Ouattara, mais aujourd’hui il y a une division. Nos avis sont partagés quant au choix à faire entre les deux hommes. Et moi, je vote Gbagbo parce que je crois en son combat », poursuit-elle. Les ressortissants du nord, dont la grande majorité est alliée à la cause d’Alassane Ouattara, ont-ils tors de poursuivre leur combat pour le candidat Rassemblement des houphouetistes pour la démocratie et la paix (RHDP) ? Mme Ouattara répond, sibylline : «Ils n’ont pas tors, mais ils ont tors… » Pendant que nous bavardons tranquillement, son tour arrive. Elle doit recevoir des liquidités afin d’assurer la gestion de son « QG » dans la commune d’Abobo.

« Les Ivoiriens choisiront la victoire de la dignité de l’Afrique »

A l’intérieur du siège de la LMP, des éléments des forces de défense et de sécurité (FDS), armes au poing, jouent les sentinelles. L’odeur de la peinture fraîche dans les bureaux que nous visitons sous escorte rappelle le jeune âge de cette grande bâtisse. Au niveau inférieur, au cœur du système, l’équipe de M. Demba, responsable de la communication, travaille. Entre les nouveaux ordinateurs portables, les téléphones Thuraya et la grande unité centrale, Ange Aney, informaticien, travaille à récupérer des informations sur son ordinateur. Il nous explique gentiment que nous n’avons rien à faire là avant de nous renvoyer vers M. Djisso, à l’étage du dessus.

Arthur Djisso, intendant général du QG de campagne depuis novembre 2009, reçoit des responsables des mouvements de soutien au candidat Gbagbo dans son bureau. « Mais aussi des membres d’autres partis ralliés à la cause du candidat LMP », ajoute-t-il. Parce que, explique-t-il, « ces élections sont pour nous comme un referendum dans lequel les Ivoiriens choisiront la victoire de la dignité de l’Afrique contre un système qui continue d’avaler l’Afrique.» Pour l’intendant, la victoire de Gbagbo sonnera le glas de la Françafrique qu’« incarne Alassane Ouattara ». « Il faut que l’Afrique aie sont mot à dire dans le concert des nations !», s’exclame-t-il. Puis il déclare que la coalition du président du parti démocratique de Côte d’Ivoire (PDCI), Aimé Henri Konan Bédié, avec le Rassemblement des Républicains (RDR) d’Alassane Ouattara a été faite sous la menace de l’Elysée. « La France a menacé de lui confisquer tous ses biens, à Bédié, c’est la raison pour laquelle il s’est allié à Ouattara qui est le canal par lequel la France espère atteindre ses desseins… A savoir contrôler notre richesse».

Après avoir entendu notre souhait de rentrer en contact avec M. Soro, le directeur financier, le ton de M. Djisso change. « Vous ne pouvez pas le rencontrer, assène-t-il. Les estimations de cette campagne, vous ne pourrez les avoir qu’a la fin des élections. Les chiffres risquent de ne pas concorder si on vous les donnait maintenant. En plus, il faut savoir qu’un directeur financier parle finance et de rien d’autre. Vous avez d’ailleurs beaucoup trop de chance. Parce que nous avons demandé une autorisation en bonne et due forme au correspondant de RFI avant de lui accorder toute interview… » Devant notre insistance, M. Djisso rentre en contact avec M. Soro qui, apparemment, lui répond qu’il ne peut nous recevoir. Au QG du LMP tout est à la gestion des affaires courantes quand nous quittons les lieux en début d’après midi. Cadres et militants de base s’affèrent, certains que leur candidat remportera le second tour de la présidentielle, dimanche prochain.