Les squatteurs immigrés de la Courneuve n’abdiquent pas

Près de 80 personnes originaires de Côte d’Ivoire ont campé durant six mois sur l’esplanade de la cité des 4000, à la Courneuve, pour réclamer un logement décent. Elles ont été expulsées lundi 7 novembre par une intervention des CRS. Une évacuation ordonnée le 2 novembre par le tribunal administratif de Montreuil, saisi par la Mairie de la Courneuve. Soumahoro Sindou, l’un des campeurs, revient pour Afrik.com sur l’ultime épisode d’un bras de fer qui a débuté en juillet 2010.

Soumahoro Sindou se sent tout le temps traqué. De l’hôtel où Afrik.com l’a joint par téléphone, il est anxieux. Cet agent de sécurité ivoirien, père de deux enfants de 13 et 7 ans, fait partie des 80 personnes qui ont campé durant six mois sur l’esplanade de la cité des 4 000 à La Courneuve (Seine-Saint-Denis) pour réclamer un logement, avant que les CRS ne les expulsent lundi 7 novembre. Une intervention ordonnée mercredi dernier par le tribunal administratif de Montreuil, saisi par la Mairie de la Courneuve. Certaines familles toujours en attente de logement vivent actuellement comme Soumahoro Sindou à l’hôtel. Tandis que d’autres en situation irrégulière risquent d’être reconduites dans leur pays d’origine.

La situation de Soumahoro Sindou est préoccupante. Le père de famille de 35 ans a un titre de séjour provisoire alors que sa femme et ses deux enfants sont en situation irrégulière et peuvent être expulsés à tout moment. Originaire du Nord de la Côte d’Ivoire, il a été contraint de quitter son pays en 2006 pour s’installer en France. « Il est hors de question que je retourne en Côte d’Ivoire, clame-t-il. Je suis considéré comme un traitre là-bas car je travaillais pour une ONG qu’on a accusée de participer au financement de la rébellion. Mon appartement a été perquisitionné à plusieurs reprises. » La peur de retourner dans son pays d’origine le hante toujours. « Je me sens en danger dans mon propre pays, dit-il ».

Tout commence le 8 juillet 2010

L’histoire de ces familles venues de Côte d’Ivoire pour s’installer en France se ressemble. Tout commence le soir du 8 juillet 2010 lorsque les CRS envahissent la barre Balzac, à la Courneuve, pour les déloger car elles occupaient illégalement des appartements vides du vieux bâtiment promis à la destruction dans le projet de rénovation du quartier. « Après nous avoir évacués ils ont proposé de nous loger à l’hôtel mais nous avons refusé », affirme Soumahoro Sindou. Beaucoup de ses compatriotes racontent avoir été trompés par des intermédiaires qui leur ont promis des logements disponibles à moindre coût. Après leur expulsion ce soir-là, ils sont près de 200 à dormir dehors sur les trottoirs. Trois jours après, soutenus par l’association Droit au logement, ils décident d’entamer leur combat pour avoir un logement décent en campant sur l’esplanade de la cité des 4000. Mais le 21 juillet, ils sont de nouveau confrontés aux CRS qui emploient la force pour les déloger. Les images filmées par des militants montrent des mères de familles portant leur bébé sur le dos trainées par les pieds… et font le tour des médias. Elles sont même diffusées sur la chaîne américaine CNN.

« nous comptons bien nous faire entendre un jour »

Puis arrive la trêve hivernale, période durant laquelle les expulsions sont interdites. Seize familles sont relogées à l’hôtel tandis que les autres sont autorisées à rester sur le campement. Mais dès l’arrivée du printemps en avril 2011, la préfecture met fin aux hébergements provisoires à l’hôtel. Pour les familles qui en avaient bénéficié c’est un retour à la case départ. Elles reviennent spontanément camper à la barre Balzac pour continuer le combat. Malgré leurs conditions de vie difficiles et le manque d’hygiène, les campeurs sont déterminés à aller jusqu’au bout. Face à la situation, la Mairie de la Courneuve décide alors de saisir à la mi-octobre le tribunal de Montreuil pour ordonner leur expulsion. Une demande qui a abouti à l‘intervention des CRS le lundi 7 novembre. Même s’ils ne sont plus autorisés à camper à la cité des 4000, pour Soumahoro Sindou et ses compatriotes le combat continue. Avec l’appui des associations : « nous comptons bien nous faire entendre un jour, dit-il. En attendant, nous gardons espoir, car l’espoir nous fait vivre ».