Les squatteurs de Cachan en transit au Gymnase municipal

Après que les forces de l’ordre les eurent délogés, vendredi soir, de leur campement de fortune établi depuis l’évacuation du bâtiment F de l’ancienne cité universitaire de Cachan, quelques deux cents ex-squatteurs de Cachan sont provisoirement installés dans le gymnase de la ville. En attente d’une solution qui aurait pu être prévue d’emblée…

Par notre envoyé spécial Joan Tilouine

Afrik : Cette solution du gymnase a été présentée dés le début comme « provisoire », les trois nuits arrivent à terme, comment envisagez vous la suite des évènements ?

Fidele Nitiéma :
L’après ? Nul ne le sait pour le moment, le futur de cet évènement reste encore incertain. Actuellement, nous sommes dans un gymnase avec des conditions encore plus précaires que les conditions précédentes, mais tout de même mieux lotis que la nuit passée dehors. S’il est vrai que cette alternative s’avère provisoire, elle nous dépanne pour le moment même si il n’y a pas de place pour tout le monde à l’intérieur. La ville de Cachan nous a affirmé qu’on allait avoir un immeuble. Désormais, nous sommes entre les mains des autorités locales avec qui le dialogue passe mieux. Car le CROUS étant une propriété du Gouvernement qui a pris la décision que vous connaissez, nous n’avions pas notre mot à dire. Aucun dialogue n’a été amorcé en amont. Nous mettons un point d’honneur à ne pas être dispatchés, on veut rester unis.

Afrik : Comment s’organise la vie dans le gymnase qui abrite quelques 200 personnes ?

Fidele Nitiéma :
Vous savez, cela fait désormais trois années que nous sommes installés au bâtiment F et nous avions l’habitude de nous organiser. Au sein du gymnase, notre ‘’chez nous » du moment, il faut préserver des mesures d’hygiène afin d’éviter l’apparition de maladies, gérer les douches, nettoyer les toilettes… Nous nous organisons en équipe afin de maintenir des conditions de vie salubres. On balaie par terre, on évite le bruit le soir, et je veille à préserver l’espace public qui est en face de nous pour éviter que les voisins se plaignent. J’organise également le ravitaillement en nourriture et boisson en partenariat avec les associations qui nous soutiennent. Des médecins viennent nous voir, on a également eu la visite de psychologues venus d’eux-mêmes. Ces éthno-psychologues ont reçu toute la journée femmes et enfants pour les écouter parler. On attend les rapports.

Afrik : Les associations semblent se mobiliser en force…

Fidele Nitiéma :
Les associations, en grande majorité, nous suivaient déjà avant quand le gouvernement jouait le jeu du polissement. Puisque le gouvernement laissait prêcher dans le désert, ça a été un vrai dialogue de sourd. Mais les associations nous ont aidés. Sauf la Croix Rouge qu’on a finalement préféré chasser. Quand le préfet ne nous a pas donné de garantie, les familles ont préféré rester. La situation a alors empiré le même jour. Eux (la Croix-Rouge) ont plié bagages alors qu’ils se devaient de rester car ils sont en théorie neutres, et non pas à la botte du gouvernement. On a alors passé la nuit dehors dans le froid et sous la pluie. Le lendemain, le maire de Cachan nous a octroyé le gymnase. Et on a vu la Croix-rouge revenir. On a préféré ne pas les accueillir.

Afrik : Le ministre de l’Intérieur semble ouvrir la chasse aux sans-papiers… Craignez-vous des descentes de police ?

Fidele Nitiéma :
On a tellement enduré de souffrances que la peur n’a plus de sens pour nous. Nos revendications sont claires. D’une part, nous demandons à l’Etat français un droit au logement. D’autre part, nous voulons la régularisation des sans-papiers qui sont parmi nous. Attention à l’amalgame, il ne faut pas confondre squatteurs et sans-papiers. La majorité d’entre nous vit en France en toute légalité. Le Gouvernement actuel inaugure ou prolonge une politique de répression à notre égard, sans apporter aucune solution concrète.

Afrik : L’alternative des hôtels proposée par le Gouvernement n’a pas été considérée. Pourquoi ?

Fidele Nitiéma :
Les hôtels ? Ils sont loin de Cachan, dispersés dans toute l’île de France. Et l’Etat ne distribuait pas de cartes de transport. Des ex-squatteurs qui étaient partis dans ces hôtels sont revenus ici après trois jours, affamés car ils n’avaient pas d’argent pour nourrir leurs familles. La priorité est de rester ensemble, c’est notre seule force, le nombre. Le Gouvernement applique une politique sévère à notre égard, il bafoue les droits de l’Homme qu’il applique au cas par cas. Notre cas y échappe. Mais il faut comprendre que la France n’est rien sans l’Afrique, et que l’Afrique n’est rien sans la France.

Afrik : Pensez-vous que les enfants pourront entamer l’année scolaire à venir ?

Fidele Nitiéma :
C’est mon plus grand souci. J’y tiens absolument. L’école participe en théorie à l’intégration, et offre un accès à la culture dont nos enfants doivent bénéficier. Je suis en train de faire un recensement, et un grand nombre d’enfants vont pouvoir aller à l’école. L’association RESF (Réseau Education Sans Frontières) nous aide beaucoup. La mairie nous a dit qu’elle s’en occupait. A voir… On ne sait plus qui est avec nous.