Les squatteurs d’Aubervilliers remportent leur bras de fer contre les autorités

Les squatteurs d’Aubervilliers, en région parisienne, ont remporté, lundi, une ardente victoire. Soutenus par l’association Droit au logement, leurs délégués ont obtenu du sous-préfet de Saint-Denis le relogement immédiat de cinq familles. Le cas des 66 autres fera l’objet d’une enquête sociale. Lanciné Koné, porte-parole des ex-squatteurs, raconte les négociations.

Lanciné Koné est tout sourire ce mardi matin. Et il y a de quoi. Lundi soir, l’horizon des squatteurs d’Aubervilliers s’est enfin éclairci. Les quelque 70 familles installées depuis deux mois devant le groupe scolaire Joliot-Curie d’Aubervilliers ont levé le camp après les fructueuses négociations menées par leurs délégués, dont Lanciné Koné, et des représentants de l’Association Droit au logement. Après cinq heures de tractations avec le sous-préfet de Saint-Denis, il est prévu que les cinq familles expulsées fin juin-début juillet soient relogées sur le champ. Quant aux autres, qui ont rejoint la rue pour dénoncer leur prochaine expulsion, une enquête sociale permettra d’étudier les possibilités de leur relogement. Lanciné Koné revient sur les négociations et sur ce qui attend les familles.

Afrik.com : Quel climat y avait-il lors des négociations ?

Lanciné Koné :
C’était un climat emprunt de cordialité. Les autorités ont montré une autre image, surprenante. Même le sous-préfet qui avait donné l’ordre d’expulsion.

Afrik.com : Comment expliquez-vous le dénouement heureux de la situation ?

Lanciné Koné :
Avec les événements de la nuit de vendredi à samedi (une tentative d’expulsion par la police, ndlr), les autorités ont constaté que les familles étaient vraiment déterminées et que ni la violence ni la force n’entamerait leur détermination. Il y a aussi eu la pression médiatique. Et je pense que la visite de la secrétaire d’Etat Rama Yade a considérablement contribué à élever le niveau des discussions.

Afrik.com : Cinq familles seront relogées immédiatement, mais 26 feront l’objet d’une enquête sociale, puis 40 autres. Au final, celles-ci pourraient ne pas être satisfaites…

Lanciné Koné :
Il y a des conditions fixées qui sont assez claires : les familles doivent payer les indemnités d’occupation, ce qui est assez important, et elles doivent être en situation régulière vis-à-vis de l’administration. Toutes les personnes qui sont là n’ont pas de problème vis-à-vis de l’acquisition d’un logement social. Nous sommes confiants que toutes les familles seront relogées. Si nous n’avions pas cette certitude, nous ne serions pas sortis des négociations ou nous serions partis plus tôt. Tout a été passé au peigne fin.

Afrik.com : Où vont vivre les 66 familles dont le cas doit faire l’objet d’une enquête ?

Lanciné Koné :
Elles sont retournées vivre dans le logement qu’elles squattaient et d’où elles devaient être à leur tour expulsées. Nous avons obtenu l’assurance qu’elles ne seront pas expulsées.

Afrik.com : Comment ont réagi les familles lorsque vous leur avez annoncé la nouvelle ?

Lanciné Koné :
Elles étaient partagées entre la douleur et la joie. Depuis deux mois, elles ont vécu les humiliations, les bastonnades… Elles ne ressentaient pas complètement de la joie mais de l’espoir. Elles ont accepté l’accord mais elles se posent des questions sur son effectivité et le temps d’application : un processus peut être engagé mais durer dix ans. Nous avons donné une marge pour voir ce qui se fait.

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Photo : Habibou Bangré