Les Springboks disent non au racisme

Un rugbyman sud-africain a été renvoyé du camp d’entraînement des Springboks après avoir été accusé de racisme envers un collègue noir. La culpabilité de Geo Cronjé est sujette à caution. Si les conclusions de l’enquête en cours lui sont défavorables, il risque de voir sa carrière s’achever sur le territoire.

Raciste ou pas raciste ? Geo Cronjé a dû quitter le camp d’entraînement des Springboks ce jeudi après avoir été accusé de racisme envers un coéquipier noir. Cette histoire a suffisamment secoué le pays pour compromettre la sélection, samedi, du rugbyman dans l’équipe nationale sud-africaine, attendue le mois prochain en Australie pour la Coupe du monde.

L’incident se serait produit il y a une semaine. Les sportifs arrivent à Pretoria où ils se préparent aux nationales. Geo Cronjé est habitué à partager la chambre de son frère Jacques, qui joue lui aussi aux Bulls. Mais le joueur de 23 ans devra cohabiter avec Quinton Davis, un rugbyman de couleur qui évolue aux Stormers. Il ne semble pas s’en accommoder et s’arrange le jour-même pour rejoindre un camarade jouant dans son propre club.

A la recherche de la vérité perdue

Le Daily News du pays écrivait jeudi que « le joueur des Blue Bulls a refusé, et même insisté, pour ne pas utiliser la même salle de bains (…) que la star de couleur des Stormers ». D’autres quotidiens sud-africains estiment que l’attitude de Cronjé relève du racisme. La sphère politique condamne fermement une attitude qu’elle juge impardonnable compte tenu de l’histoire du pays. Toutefois, certains politiciens tempèrent leurs propos en attendant les résultats de l’enquête qui inculpera ou innocentera le rugbyman des Bulls.

Il n’est pas évident que le joueur ait agi par haine raciale. Cape Town relève que le joueur incriminé a déjà partagé la chambre d’autres joueurs noirs sans le moindre problème. D’ailleurs, aucun incident n’a été rapporté après que l’entraîneur des « Boks », Rudolf Straeuli, eut demandé à Cronjé de retourner dans la chambre qu’il partageait avec Davids. Le départ du joueur des Bulls serait-il dû à un caprice ? Pas impossible. Plutôt timide de nature, il a peut-être préféré cohabiter avec un joueur qu’il connaissait déjà. Ce sentiment n’est pas exceptionnel. Le centre d’entraînement cherche d’ailleurs à mélanger les rugbymen pour éviter les clans.

Fin de carrière ?

Deux facteurs pourraient jouer contre Cronjé. Il aurait refusé de serrer la main d’un journaliste noir le lendemain de l’incident, alors qu’il n’avait pas hésité avec ses confrères blancs. Autre élément qui ne joue pas en sa faveur : son physique. Selon le Cape Argus, certains estiment que sa barbe lui donne l’air d’un « vétéran de la guerre des Boers ». De quoi raviver la blessure sud-africaine qui peine tant à se cicatriser.

Si les conclusions de l’enquête de la ligue sud-africaine de rugby démontraient la culpabilité de Cronjé, sa carrière pourrait prendre fin sur le territoire. Mis à part le Mondial, le rugbyman des Bulls risque de se voir interdire toute sélection pour la fin du championnat Currie Cup et même d’être exclu de son club. Ce n’est pas la première fois que l’image des Springboks est éclaboussée par des histoires de racisme. Il y a six ans, l’ancien entraîneur des « Boks », Andre Markgraaff, a démissionné après que ses propos racistes aient été rendus publiques. L’an dernier, des joueurs noirs s’étaient plaint des discriminations qu’ils subissaient. Quelle que soit l’issue de cette affaire, les politiciens insistent sur le fait que les Sud-Africains doivent supporter l’équipe nationale. Il ne faut pas briser les avancées du processus de réconciliation nationale.