Les souks informels chérifiens ne font pas le jeûne

De Casabarata à Fnideq, les souks informels marocains connaissent un regain d’activité pendant le mois sacré du ramadan. Produits vedettes : le jus, l’électroménager et les récepteurs satellite. Une économie parallèle florissante nourrie de la contrebande.

Bien approvisionnés… tels semblent être les marchés de l’informel à Tanger et à Tétouan. Et pendant ce mois de Ramadan, les ventes de produits alimentaires et certaines catégories de l’électroménager battent tous les records. Conserves en tous genres allant de la mortadelle au thon, produits laitiers: fromages, yaourts à conservation longue durée, lait pasteurisé… Tous proviennent de la contrebande.

Mais la star incontestée de l’agroalimentaire restent les jus. Oranges, mangue, abricot, ananas, raisin, tous les fruits y passent et apportent une note de couleur aux étalages des souks informels. A en croire un des vendeurs de Fendak Chejra, l’un des marchés de l’informel du centre de Tanger, certains commerçants se convertissent exclusivement pendant le Ramadan en vendeurs de jus. Ils préparent leurs stocks bien à l’avance. « La marge est importante et les quantités écoulées aussi », assure-t-il. Ainsi, la marge est généralement d’un dirham sur un produit commercialisé entre 10 et 11 dirhams l’unité, selon le type de jus.

Explications fumeuses

Même ici, au centre du monde de l’informel, les lois de l’offre et de la demande s’appliquent, s’étonne un professeur de lycée devant un étalage de fromages. Il est venu faire son marché à Casabarata, un des autres souks informels de Tanger. La boule de fromage Edam, connu sous le nom de « Bola » coûte en période normale environ 90 DH contre 110 DH pendant le Ramdan. Les marchands se convertissent en « analystes-économistes » pour vous expliquer que cette hausse est due aux effets de la variation du change de l’euro. Ils finissent par prendre des airs de « politologues » en arguant les effets de la crise de l’île Laïla « qui a chauffé les esprits des forces de l’ordre des deux pays et ce qui a réduit les opportunités de faire passer les marchandises entre les frontières ».

Quelques mètres plus loin, changement de décor mais on reste toujours dans l’informel. On est dans le « rayon » électroménager et électronique de Casabarata, le plus grand de la ville de Tanger. Là, c’est un vrai étalage de télés, de mini-chaînes et même des lave-linge, qui attendent les acheteurs. Le produit-phare n’est autre que le récepteur satellite numérique. L’offre est tellement large que même des connaisseurs s’y perdent (…) Le visiteur trouve des récepteurs de différentes marques, avec une, deux ou même trois cartes, et des prix allant de 1.350 à 4.500 DH. Ces prix ne s’écartent pas trop de ceux proposés dans le commerce légal (…) Pour la garantie, le marché de contrebande a trouvé aussi des formules. L’appareil peut être échangé avant dix jours. Une condition qui reste verbale, « parole de jeûneur », vous dira-t-on…

Maîtres du piratage

En prime, les vendeurs, comme leurs homologues de Derb Ghallef à Casablanca qui se sont spécialisés dans la « high-tech » informelle, sont devenus maîtres du piratage. Des cartes d’accès aux chaînes cryptées sont vendues à 200 DH. La recharge est facturée à 20 ou 30 DH, selon le type de programme. Du coup, des dizaines de chaînes sont concernées allant des bouquets français à ceux espagnols, très prisés pour la Liga. Et il n’est pas rare de voir même des Espagnols venir acheter des appareils ou recharger des cartes à Casabarata. Sans oublier aussi les fans des feuilletons égyptiens, qui optent pour les chaînes satellites arabes. Pour d’autres, le choix est motivé par les retransmissions en direct des prières de la Mecque.

Ali Abijou