« Les soldats noirs dans les guerres françaises »

Le Festival cinématographique Images d’Ailleurs ouvre ses portes ce mercredi à Paris sous le thème : « Les soldats noirs dans les guerres françaises ». La quinzième édition du genre présentera jusqu’au 19 avril prochain une sélection de films et de documentaires « pour rendre hommage aux soldats africains tombés au champ d’honneur pour la France », explique Sanvi Panou, délégué général du festival. Interview.

Par Mballo Seck

Le 15ème festival « Images d’Ailleurs », premier espace de diffusion de films de culture noire à Paris, se tiendra du 13 au 19 avril sous le thème cette année « Les Noirs dans les guerres françaises ». C’est dans un souci de reconnaissance que cette édition 2005 rend un hommage aux soldats des quatre coins de l’Afrique et de ses diasporas qui ont combattus et qui sont tombés sur les champs de bataille pour la France. A cet effet des films et des débats sont programmés pour éclairer le public sur la réelle contribution des Africains dans toutes les guerres françaises. Sanvi Panou, délégué général du festival revient sur la philosophie de l’événement. Lui même acteur, réalisateur, producteur et distributeur de films, s’exprime par ailleurs sur le cinéma africain.

Afrik.com : Pourquoi avez-vous choisi, cette année, le thème des Noirs dans les guerres françaises ?

Sanvi Panou :
Pour un rappel de mémoire, mais aussi pour rendre hommage à des soldats enrôlés de force et qui se sont retrouvés sur des terrains inconnus et sans préparation, mais qui ont su dignement se faire valoir (même s’ils ont servis de chaire à canon) en participant, notamment, à la libération des camps de concentration. Il s’agit également de rappeler juste ce qui leur est dû, c’est-à-dire leurs pensions de retraite[[<1>Sanvi Panou est représentant en France du Mouvement international pour les réparations (MIPR).]].

Afrik.com : Est-ce le thème a été choisi par mimétisme par rapport à la commémoration de la libération des camps nazis en cette année 2005 ?

Sanvi Panou :
Pas du tout. Chaque année, depuis 1990, nous organisons des festivals thématisés, sur l’exclusion, les droits de l’Homme, la femme, afin de soutenir, de dénoncer ou de rendre hommage. Cette année, vu les nombreuses cérémonies du 60ème anniversaire du débarquement et les différents films et documentaires traitant de la participation des Africains dans les guerres françaises, nous avons jugés bon de thématiser comme dit ci-dessus. Ceci pour rendre encore une fois hommage à nos anciens et continuer notre élan de soutien.

Afrik.com : Vous voulez également mettre en relief l’apport des cinéastes pendant la période des guerres. Qu’est-ce que ces diverses contributions ont réellement apportées ?

Sanvi Panou :
Le reflet de cela c’est dans les réalisations elles-mêmes, c’est du matériel visible, des traces, que les générations suivantes pourront regarder et se faire leur analyse, opinion et aussi avoir leur devoir morale vis-à-vis des anciens et sans doute faire perdurer cet hommage que nous leur rendons si fièrement.

Afrik.com : Dans le descriptif du Festival vous dites que les relations entre la France et l’Afrique traversent une période difficile. Pourquoi ?

Sanvi Panou :
Tout simplement qu’il y eu un temps où c’était le pouvoir qui décidait à la place du peuple et qu’aujourd’hui celui-ci a compris et réagit sur toutes les injustices. On en veut pour preuve les problèmes en Côte d’Ivoire, au Togo[[<2>Sanvi Panou est également le Président du comité de vigilance pour la démocratie au Togo.]], en République démocratique du Congo et autres, où face à la passivité des gouvernements les populations elles-mêmes prennent le dessus et manifestent au point de faire fléchir le pouvoir qui se laisse dicter des instructions par le maître. Effectivement la relation entre l’Afrique et les puissances néocolonialistes est à revoir. Depuis près de 10 ans nous nous battons pour assurer une meilleure coopération et que nos pouvoirs, quelques fois corrompus pour ne pas dire à la solde de l’Hexagone (la France, ndlr), relèvent la tête. Prenez un exemple avec celui des « sans papiers ». La France ayant utilisé nos parents et grands parents se refuse à régulariser la situation de ces derniers, alors qu’elle à un lien historique et un devoir moral très fort envers eux. En revanche l’Italie est en train de régulariser près de 600 « sans papiers » et l’Espagne près d’un million alors qu’ils n’ont pas de liens historiques aussi étroits avec l’Afrique. La relation privilégiée entre l France et l’Afrique ne se constate pas du tout. Et l’on pourrait citer biens d’autres choses…

Afrik.com : Est-ce que la présence des ministères des Affaires étrangères, de l’Outre-mer et de la Défense marque la reconnaissance officielle de la participation massive des soldats africains dans les guerres françaises ?

Sanvi Panou :
Nous sommes organisateurs de festivals et donc nous allons chercher les moyens et partenaires où il faut pour mener à bien notre manifestation. A ce titre, ces ministères sont les bienvenus et nous les mettons aussi face à leur responsabilité.

Afrik.com : Vous parlez de l’aspect organisationnel, technique, mais reconnaissent-ils concrètement la participation des soldats africains dans les guerres françaises ?

Sanvi Panou :
Oui, il faut voir dans le fait qu’ils participent à l’événement une sorte de reconnaissance. Mais pour moi la vraie reconnaissance serait de régler cette injustice liée aux pensions à deux vitesses selon où on se situe : c’est-à-dire que les soldats africains n’ont pas le même traitement que leurs camarades français. En sollicitant les instances étatiques comme partenaires, nous les poussons à assumer leur responsabilité. D’ailleurs nous essayons de faire participer le secrétariat d’état des anciens combattants mais aussi la Mairie de Paris.

Afrik.com : Le thème proposé, « Les soldats noirs dans les guerres françaises », est-il cohérent avec les programmations où on se rend compte qu’il n’ y a pas que les Noirs mais aussi les Africains du nord qui sont concernés ? Est-ce un coup marketing ?

Sanvi Panou :
Je n’aime pas ce mot « marketing », je dirai qu’il fallait un titre indicatif et accrocheur et c’est celui là que nous avons choisi. On devait justement souligner que toutes les autres nations africaines et les diasporas ont participées aux guerres. Le devoir de mémoire ne concerne évidemment pas que les soldats noirs qui ont donné leur sang pour la France.

Afrik.com : En tant que réalisateur et que producteur africain, trouvez-vous que le cinéma du continent a évolué et a réussi à gagner sa place par rapport aux autres cinémas (occidentaux) ?

Sanvi Panou :
En tant que réalisateur et dernier président du FESPACO (Festival panafricain de cinéma et de la télévision de Ouagadougou, ndlr), oui le cinéma africain évolue. Aussi bien dans le fond que dans la forme. Les cinéastes dénoncent librement aujourd’hui sans crainte de poursuites, ce qui est déjà un pas. Cela dit il reste encore quelques difficultés. Vous savez que certains mettent 3 à 4 ans pour réaliser un film ! Après se pose le problème de la production et de la distribution. C’est pour cela que j’ai créé une maison de distribution (Orisha, ndlr) pour aider dans le développement de nos activités et permettre à des jeunes de pouvoir réaliser enfin leur travail. Le film de Serge Bilé « Noirs dans les camps nazis » a été fait en 1995, mais je ne le sors que maintenant. Un exemple de l’épreuve à traverser et aussi d’un souffle nouveau. Il nous faut également travailler avec des médias, et notamment sur le Net, pour mieux relayer les sorties et réalisations de nos camarades.

Afrik.com : Quel public voulez vous atteindre et mobiliser avec le présent festival ?

Sanvi Panou :
Le grand public. Il s’agit de découvrir et surtout de rendre hommage aux soldats. Il ne s’agit pas de seulement réserver cela aux Africains, mais de le présenter à tous les cinéphiles de différentes cultures. Nous souhaitons que le plus grand nombre vienne regarder les films programmés, dont près de 85% sont des inédits.

 15ème Festival Images d’ailleurs : Les soldats noirs dans les guerres françaises

Cinéma Images d’ailleurs

21, rue de la Clef

75005 Paris

Métro : Censier-Daubenton

Renseignement : 01 47 63 74 00

Cinéma : 01 45 87 18 09