Les soldats libériens en vacances forcées

Le processus de désarmement des soldats libériens, enclenché le 7 décembre par les Nations Unies, va être interrompu durant un mois en raison de son succès. Plus de trois mille soldats s’entassent dans un camp de cantonnement prévu pour en accueillir mille, pendant que des milliers d’autres attendent de pouvoir y accéder.

Les Nations Unies ont décidé de suspendre le processus de désarmement des ex-soldats libériens, dans le camp de Schieffelin, à partir du 17 décembre. Il rouvrira le 20 janvier prochain après « la période de vacances » précise la Mission des Nations unies au Liberia (Minul) dans un communiqué. Le seul camp de cantonnement ouvert à ce jour, situé à 25 km de Monrovia et prévu pour mille personnes, est victime de son succès. Plus de trois mille soldats s’y entassent dans des conditions de vie déplorables, depuis son ouverture, le 7 décembre. Et des milliers d’autres attendent dans des files d’attentes interminables de pouvoir profiter du programme de réinsertion.

C’est précisément pour « permettre l’accroissement des capacités d’accueil et l’amélioration des conditions de vie dans le site, où 8 000 anciens combattants ont déjà désarmé » (sans rester tous sur place), que cette décision a été prise, explique la Minul. Avant de préciser que les combattants qui ont déposé leurs armes pourront décider s’ils souhaitent ou non « rester dans le camp durant la période de vacances ».

Mauvaise organisation

Le programme Désarmement, démobilisation, réhabilitation et réintégration (DDRR) doit permettre à 40 000 combattants loyalistes et rebelles de désarmer. Cela, en échange d’une pension de 300 dollars et de leur engagement à rester trois semaines dans un camp, où ils bénéficieront de conseils et d’enseignements pour réintégrer la société civile. Une projet ambitieux et indispensable pour le retour de la paix au Liberia. Mais qui ne semble pas avoir bénéficié de moyens suffisants. « Nous sommes là, nous ne faisons rien, ils ne nous disent pas quoi faire, le désarmement n’est pas bien organisé du tout », se plaint un ancien soldat de 23 ans auprès de l’AFP.

Les anciens combattants passent ainsi leur temps à faire la queue : pour déposer leur arme et être enregistrés, pour récupérer une avance sur leur pension, et, lorsqu’ils sont dans le camp, pour obtenir leurs rations alimentaires quotidiennes. Les manifestations de colère des soldats venus désarmer, le 7 décembre, contrariés de ne pas recevoir leur avance (150$ sur 300$ qui leur étaient promis), n’ont pas aidé la Minul. Le bilan des affrontements avec les forces onusiennes, ce jour-là, fera état de 12 morts. Il sera décidé d’accorder 75$ aux soldats dès la remise de leurs armes. Mais de nombreuses associations humanitaires ont fuient le camp de Schieffelin, après les violences, laissant la Minul livrée à elle-même, se désole un officier auprès de l’AFP. « C’est une situation difficile car les combattants sont si déçus », explique-t-il.

Un site pour chaques forces

Seuls les anciens soldats loyalistes favorables à Charles Taylor et les miliciens qui ont combattu à leurs côtés sont présents à Schieffelin. En plus de ces difficultés dans ce camp, la Minul n’a toujours pas ouvert ceux de Buchanan et de Gbarnga, prévus pour les rebelles du Lurd (Libériens unis pour la réconciliation et la démocratie) et du Model (Mouvement pour la démocratie au Liberia). Leur inauguration doit intervenir en décembre. Mais le communiqué de la Minul, précisant que les « vacances » permettront de prendre « des dispositions pour commencer [le] désarmement » des rebelles, laisse penser qu’ils ne le seront pas avant janvier. Dix sites de cantonnement au maximum doivent être construits par les forces onusiennes, au fur et à mesure de leur déplacement dans le pays. La Minul, injoignable mardi, n’a pu nous renseigner sur l’état d’avancement des travaux des différents sites, ni sur ses difficultés dans le camp de Schieffelin.