Les SDF marocains ont froid

Le mois dernier, les inondations dans la région de Casablanca ont fait 36 morts et ont délogé de nombreuses familles installées dans des logements précaires. Venues grossir les rangs des sans domiciles fixes, elles doivent à présent affronter un froid exceptionnel. Alerte rouge dans un pays où aucune instance étatique ne prend en charge l’aide aux plus démunis.

Après le drame national des inondations dans la région de Casablanca le mois dernier, c’est une vague de froid qui s’abat à présent sur le Maroc. La température est descendue ces jours derniers jusqu’à 7 degrés en dessous de zéro. La situation des sans domiciles fixes, auxquels viennent s’ajouter de nombreuses familles délogées en raison des inondations, est plus que jamais préoccupante. Or, au Maroc, aucune instance nationale ne centralise l’action sociale. Au cas pas car, les organisations humanitaires doivent faire face. Ce contexte exceptionnel rend particulièrement visible l’absence de prise en charge des plus démunis au royaume chérifien.

Au cas par cas

 » Nous avons fait appel à la solidarité internationale. La Croix-Rouge française et la Croix-Rouge belge nous ont beaucoup aidé. Et pour la première fois, nous avons organisé un séminaire avec les services publics sur la gestion des catastrophes « , explique Badrennin Bensaud, du Croissant-Rouge. Son organisme a dû subvenir aux besoins d’un nombre particulièrement important de personnes sans-abris cette année.  » Nous avons aidé 1 900 familles dans la région de Casablanca, dont 733 à Mohammédia et 876 à Settat. Une famille, c’est entre 5 et 10 personnes…Mais il ne faut pas tout mélanger : il est très difficile de savoir combien de personnes sont encore dans le besoin à l’heure actuelle. Ceux qui ont été délogés par les inondations sont dans une précarité souvent temporaire et peuvent parvenir à se reloger.  »

Températures hors normes

Plusieurs organismes déploient leurs efforts pour pallier à l’absence de prise en charge par les pouvoirs publics. La Fondation Mohammed V, Médecins sans frontières, L’Heure joyeuse… Mais personne n’est à même de donner des chiffres précis sur le nombre de marginaux dans la région. Et l’énergie déployée dans l’urgence par les ONg ne suffit pas toujours à secourir les plus démunis. Le service social de l’Hôpital Averroès, dont ce n’est absolument pas la vocation initiale, accueille régulièrement quelques SDF venus se protéger du froid aux abords du bâtiment.

Les températures hivernales hors norme surprennent tout le monde et pourraient bien faire des victimes. Aucune mesure gouvernementale n’est envisagée.  » Les inondations ont fait prendre conscience du fait que de nombreuses personnes habitaient dans des logements insalubres, construits sur des marécages, et de la nécessité d’un plan national de sensibilisation « , réconforte le Croissant-Rouge. Mais concernant le problème plus général des SDF, on ajoute, comme une fatalité :  » C’est avant tout un problème de développement… «