Les Sans-Terre veulent leur lopin

Les autorités ont commencé à démolir, ce jeudi à 11 heures, les baraques des squatters sud-africains, mettant ainsi leurs menaces à exécution. Des paysans sans terre occupaient un terrain près de Johannesburg depuis 12 jours. Un petit parti avait lancé une opération illégale de vente de lopins de terre pour la somme symbolique de 25 rands (3 dollars).

Il y a 12 jours, le petit parti africaniste Congrès Panafricain (PAC) lançait une opération destinée à redistribuer plus équitablement les terres en Afrique du Sud. Pour 25 rands, les paysans sans terre et les sans domicile acquéraient un lopin de terre. Le PAC avait pris pour cible un terrain situé à Kempton Park, à 50 km de Johannesburg. L’opération a eu un succès fulgurant. Plusieurs milliers de personnes ont afflué de tout le pays. Le parti a choisi de commencer à redistribuer les 32.000 hectares de Kempton Park, propriété principalement de l’Etat, ainsi que d’entreprises publiques et d’un particulier, pour forcer le gouvernement à aller plus vite dans sa réforme agraire.

Emprisonnez-nous !

Devant l’ampleur du phénomène, les autorités sud-africaines ont peur que le syndrome du Zimbabwe ne déferle chez eux. La Haute Cour de Pretoria avait ordonné le 10 juillet dernier l’évacuation sous 48 heures du terrain. Et aujourd’hui, jeudi, à 11 heures, les démolisseurs sont rentrés en action. Seulement, en deux jours, plusieurs squatters ont déjà fait leurs bagages. Ils ne restaient que quelques centaines à scander « Iswelethu ! » (« Notre terre! » en zoulou).

Les autorités ont déployé un important dispositif de sécurité pour contenir la colère des Sans Terre. Les policiers, en arme et en tenue anti-émeute, n’avait pas eu à intervenir. Les squatters n’ont pas cessé de revendiquer le caractère pacifique de leur action. N’empêche : un cordon de sécurité impressionnant tenait les 300 récalcitrants à bonne distance des membres d’une compagnie de sécurité privée qui procédaient à la destruction des misérables cabanes.

Retard des réformes

Résistance passive.  » Pour l’amour de Dieu, n’utilisez pas la loi contre votre peuple ! » « , s’indigne le secrétaire général du Congrès Panafricain, Thami ka Plaatjie. Les plus déterminés des squatters viennent des townships voisins. Les témoignages recueillis par les correspondants de l’Afp montrent toute la détresse et la détermination des Sans terre. « Nous voulons cette terre, si quelqu’un doit mourir pour elle, nous mourrons… Nous n’avons aucun endroit où aller. Nous devons rester ici », tranchait l’un des squatters qui avait bâti une baraque de tôle, de bois et de matériaux divers sur place. Pour la première fois de sa vie, il a cru avoir un toit au dessus de sa tête bien à lui.

« Je veux être arrêté parce que je pourrai aller en prison. Au moins il y aura à boire et à manger gratuitement », lançait Thomas Mavasa, 46 ans, venu sans ressources d’une township voisine, mais qui n’a même pas bénéficié de la distribution de lopins de terre pour 25 rands (3 dollars) des premiers jours.

En signe de solidarité, le Conseil sud-africain des Eglises (SACC) a annoncé qu’il mettait plusieurs de ses églises à disposition de ces familles dans l’immédiat, le temps de trouver un logement alternatif. Le gouvernement de Thabo Mbeki est accusé de retarder sciemment la réforme foncière qu’il avait lui-même initiée.

Le parti africaniste menace de renouveler son action si les autorités jettent les familles dans la rue sans leur trouver un logement. Et surtout si les réformes foncières ne sont pas concrétisées.