Les sans-papiers soutiennent l’équipe de France de rugby… les CRS aussi

Un collectif de sans-papiers qui souhaitait distribuer un carton indiquant son soutien au XV de France, lors de la demi-finale perdue face à l’Angleterre, a été empêché de tracter là où il le souhaitait en raison de la « mauvaise image » qu’il donnait de la France.

Le 13 octobre dernier, l’équipe de France de rugby joue « le match le plus important de son histoire », selon ce que les médias, spécialisés ou non, annoncent. Comme aux plus belles heures du Onze champion du monde en 1998, les équipes mobiles des télévisions suivent le bus du XV tricolore qui s’apprête à jouer la demi-finale de la Coupe du monde face à l’Angleterre. Le pays tout entier est mobilisé derrière ses Bleus – 21 millions de téléspectateurs devant le match, sur TF1 – … et les sans-papiers du Collectif du 19e arrondissement de Paris veulent en être.

A huit, ils gagnent en milieu d’après-midi la sortie du métro « Porte de Paris », sur la ligne 13, où descendent des milliers de supporters en direction du Stade de France. Accompagnés de quelques amis français – entendre « Blancs » – ils veulent y distribuer un carton soigné où pose Sissoko, maillot de l’équipe de France sur les épaules et drapeau bleu-blanc-rouge à la main, au milieu d’autres membres du collectif. Un seul message, sur le verso du document : « Le collectif des sans-papiers du 19e supporte l’équipe de France de rugby. » L’initiative tranche avec les opérations traditionnellement menées par les collectifs de sans-papiers.

« L’idée nous est venue au début de la Coupe du monde. On s’est dit que la presse internationale serait là et nous avons fait la photo le jour de l’ouverture du tournoi. Comme la France était qualifiée pour les quarts, on a eu l’idée de faire une sorte de tract, juste avec une photo et sans rien écrit dessus, pour montrer que même les sans-papiers peuvent ressentir ce que les supporters de l’équipe de France ont dans le cœur », explique Sissoko.

Une « mauvaise image pour la France »

L’équipe rejoint des personnes en train de tracter pour leur paroisse : opérateurs mobiles, office de tourisme, église chrétienne… et commence à s’activer. Un CRS s’adresse à l’un d’eux, lui demande l’objet de sa présence, inspecte le carton, circonspect, avant de s’en retourner vers son supérieur. Après quelques minutes, les deux hommes reviennent accompagnés d’une douzaine de CRS. Les membres du collectif, dispersés en groupes de deux ou trois, doivent traverser de l’autre côté du carrefour, où le public est bien moins intéressant pour les besoins de l’opération. Raison invoquée, selon les témoins : c’est une « mauvaise image pour la France ».

« C’est nous qu’on ne veut pas voir ici ? »
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Sans violence, mais invités fermement à circuler par un mur de CRS muet qui les pousse pas à pas vers le passage piéton, ils s’exécutent. De l’autre côté, un forum organisé dans le cadre de la Coupe du Monde évoque les discriminations et l’amitié ente les peuples, un angle sous lequel tout le Mondial a été placé. « A priori, il ne devait pas y avoir de souci, surtout qu’il y avait sur place d’autres personnes qui tractaient et auxquelles les CRS ne se sont pas adressés », regrette Diallo, le président du Collectif. « Le but était de discuter gentiment avec les gens, ajoute Sissoko. Nous étions moins de dix, si nous étions venus pour déranger – comme le prétexte également le supérieur sur place – nous serions venus à 200. »

« J’vais en prendre un quand même va ! »
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