Les rugbymen étaient des clandestins

Plusieurs dizaines de Marocains ont réussi à émigrer vers la France en se faisant passer pour des rugbymen venant pour un stage de perfectionnement. Petit problème : leur club n’existe pas. Récit rocambolesque mais non fictif.

De faux rugbymen marocains évaporés dans la nature française, la Fédération royale marocaine de rugby (FRMR) accusée de les avoir aidés à émigrer et une somme rondelette à la clé qui aurait été donnée par ces candidats à l’émigration… Une histoire rocambolesque révélée par le quotidien marocain Assabah. Le journal cite Taher Boujouala, président du Club Mouloudia d’Oujda de rugby, qui met implicitement en cause la Fédération marocaine de rugby.

A la FRMR, c’est la surprise qui domine :  » L’équipe qui est passée en France n’existe pas « , assure-t-on à Casablanca. Le président de la FRMR, Abdelaziz Bougja, qui réside à Paris, dément toute implication de sa fédération.  » Le seul point commun de la FRMR avec cette histoire, est le mot ‘rugby’ « , dit-il. Le point de départ de l’affaire : en mai dernier, un  » escroc  » se fait passer pour le président de l’Etoile sportive d’Ouidja (Eso), un club fictif pour lequel il tente d’avoir des visas pour Nîmes (sud-est de la France).  » Mis au courant de l’existence de ce club fantôme par nos contacts à Nîmes, nous avons porté plainte contre X au commissariat central d’Oujda, nous avons averti notre ministère de tutelle et surtout, nous avons mis en garde le consulat de France à Fès, dès le mois de juin, pour qu’il ne délivre pas de visas « , assure Abdelaziz Bougja.

40 000 dirhams pour chaque candidat

Pourtant, le club qui n’existe pas aura ses visas. Taher Boujouala affirme que les joueurs de l’équipe fictive auraient versé 40 000 dirhams (4 000 euros) chacun pour réaliser cette opération d’immigration sportive. Taher Boujouala parle d’une centaine de Marocains qui seraient ainsi passés en douce sur le sol français.  » Cet homme, qui est un politicien, a gonflé les chiffres. Le consulat n’a délivré que 21 visas « , souligne Abdelaziz Bougja qui poursuit :  » Taher Boujouala a associé la fédération à tout cela par vengeance « .

En effet, la FRMR a fait fermer son club de rugby car il refusait de suspendre ses joueurs et ses dirigeants qui avaient triché lors d’une finale.  » Cet incident fâcheux va bientôt trouver sa solution. Nous sommes en train de recueillir tous les éléments et la semaine prochaine, nous donnerons une conférence de presse pour que les journalistes connaissent la vérité sur ces joueurs fictifs. Ensuite nous traînerons Taher Boujouala devant le tribunal pour diffamation. C’est vraiment fâcheux car notre fédération fait du bon travail et de surcroît, entretient de très bonnes relations avec la France « , s’indigne-t-on à Casablanca.

Quant aux joueurs fictifs, ils se trouvent peut-être encore là où ils ont débarqué du Maroc, du côté de Graulhet (près de Castres dans le sud de la France) mais rien n’est moins sûr…