Maroc : Casablanca en guerre contre l’anarchie sur les trottoirs


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Démolition à Casablanca
Démolition à Casablanca

La ville marocaine de Casablanca s’apprête à lancer une vaste offensive réglementaire pour reprendre le contrôle de son espace public. Face à la multiplication des occupations anarchiques des trottoirs, des installations illégales et du manque d’entretien urbain, la commune prépare une série de nouvelles règles destinées à encadrer l’usage du domaine public. L’objectif est double : restaurer la fluidité de la circulation des piétons et améliorer l’image de la capitale économique du Maroc.

Casablanca se prépare à accueillir d’importants événements internationaux dans les prochaines années. C’est dans ce contexte que la commune prépare une série de nouvelles règles destinées à encadrer l’usage du domaine public. Les autorités locales souhaitent ainsi mettre fin aux pratiques informelles qui transforment certains trottoirs et rues en extensions improvisées de commerces ou en parkings sauvages.

Restaurants, cafés, commerçants et opérateurs économiques seront désormais soumis à un cadre plus strict. Toute occupation temporaire du domaine public, qu’il s’agisse d’une terrasse, d’un kiosque ou d’un chantier, devra impérativement faire l’objet d’une autorisation écrite délivrée par les services compétents de la commune. Le projet de modification de la réglementation municipale sera examiné lors d’une session extraordinaire du conseil communal.

Des règles strictes pour l’occupation du domaine public

Le nouveau dispositif couvre un large éventail d’activités occupant l’espace public. Ce sont les étalages commerciaux, installations promotionnelles, pylônes de télécommunications, aires de jeux temporaires ou encore structures liées à des tournages audiovisuels. L’objectif est de mettre fin au flou réglementaire qui permettait jusqu’ici à certains acteurs d’occuper les trottoirs et les places publiques sans véritable encadrement administratif. La municipalité insiste également sur la nécessité de préserver la mobilité des piétons.

Les terrasses de cafés et restaurants devront respecter des limites précises afin de ne pas gêner la circulation ou l’accès aux immeubles voisins. Il sera par ailleurs strictement interdit d’empiéter sur les voies réservées aux véhicules ou sur les places de stationnement. Ces mesures visent à garantir un partage équilibré de l’espace urbain dans une ville où la densité commerciale est particulièrement élevée.

Accessibilité et propreté au cœur du nouveau dispositif

La réforme prévoit aussi un volet social important. Les exploitants devront réserver un passage minimal permettant la circulation des personnes en situation de handicap. Les normes envisagées imposent notamment un espace libre suffisant pour les fauteuils roulants, une avancée importante dans une ville où l’accessibilité reste souvent problématique dans les zones commerçantes très fréquentées.

Les établissements seront également tenus de contribuer à l’entretien de l’espace public autour de leurs installations. Le mobilier de terrasse devra être retiré chaque soir afin de faciliter le travail des équipes de nettoyage municipales. Les exploitants devront aussi veiller à ne pas obstruer les caniveaux ou les dispositifs d’évacuation des eaux pluviales. Cette responsabilité partagée vise à améliorer la propreté et la gestion quotidienne de l’espace urbain.

La chasse aux obstacles et parkings improvisés

Parallèlement à ces nouvelles règles, la municipalité veut également éradiquer un autre phénomène devenu courant dans plusieurs quartiers. Il s’agit de l’installation d’obstacles pour privatiser illégalement des places de stationnement. Dans de nombreuses rues de Casablanca, des habitants ou des commerçants utilisent chaînes, pierres, jardinières ou blocs de béton pour réserver des emplacements de parking.

Le futur règlement interdira formellement toute installation de ce type sur la voie publique. Les ralentisseurs artisanaux, souvent appelés « dos d’âne » improvisés, sont également dans le viseur des autorités. Construits sans normes techniques, ils représentent un danger pour les automobilistes et endommagent régulièrement les véhicules. La commune souhaite ainsi rétablir des règles claires afin de garantir la sécurité et la libre circulation.

Des sanctions prévues pour les contrevenants

La police administrative communale sera chargée de veiller à l’application de ces nouvelles dispositions. En cas d’infraction, les contrevenants recevront d’abord un avertissement officiel. Si la situation persiste, les services municipaux procéderont à l’enlèvement des obstacles aux frais des responsables. Les objets saisis, qu’il s’agisse de barrières, de chaises, de barils ou de structures métalliques, seront transférés à la fourrière communale.

Cette offensive réglementaire intervient au moment où se multiplient les plaintes de citoyens dénonçant la privatisation progressive de l’espace public. L’augmentation du trafic automobile et la pression sur le stationnement ont accentué les tensions dans plusieurs quartiers de la métropole, où certains habitants ont fini par imposer leurs propres règles au détriment de l’intérêt collectif.

Casablanca veut améliorer son image avant 2030

Au-delà des trottoirs et du stationnement, la commune prépare également un autre texte réglementaire. Celui-ci concerne l’entretien des façades d’immeubles situés sur les grandes artères de la ville. Les propriétaires pourraient être obligés de procéder régulièrement au nettoyage. En plus du ravalement de leurs bâtiments afin de redonner une meilleure image au paysage urbain.

Cette stratégie entre dans le cadre de la transformation urbaine engagée par Maroc à l’approche de la Coupe du monde de football 2030, que le royaume coorganisera avec l’Espagne et le Portugal. En tant que principal moteur économique du pays, Casablanca souhaite se présenter comme une métropole moderne, ordonnée et attractive.

Malick Hamid
Je suis passionné de l’actualité autour des pays d’Afrique du Nord ainsi que leurs relations avec des États de l’Union Européenne.
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