Les raisons de la réussite des dernières élections présidentielles au Bénin

Les dernières élections présidentielles au Bénin ont connu quelques couacs qui ont failli empêcher l’évolution, ou du moins, la bonne avancée de la démocratie dans le pays. Mais, grâce à l’acharnement, au courage et à l’amour pour leur patrie de certains, le véhicule démocratique béninois, est reparti, sans que, de l’étranger, le moindre dysfonctionnement n’ait été remarqué.

De notre correspondant Arnold Senou

Pour un observateur basé à l’étranger, le Bénin a, une fois de plus épaté le monde, avec son élection présidentielle réussie des 5 et 19 mars derniers. Des élections libres et transparentes qui ont permis une alternance saine. De plus près, on découvre que le pire a (peut-être) été évité de peu. Ainsi, l’échec de la démocratie béninoise s’est souvent profilé à l’horizon, mais des garde-fous, lui ont souvent permis de se retrouver de nouveau, sur les rails.

Le rôle de la presse

Trois éléments, éveilleurs de conscience, ont permis cette alternance réussie, qui a vu, le 6 avril dernier, le docteur Boni Yayi, nouveau Président de la République, prêter serment, à Porto-Novo, la capitale politique du pays. Trois éléments à qui il convient, avec le recul nécessaire, de tirer notre chapeau, pour leur rôle courageux et important dans l’enracinement de la démocratie dans ce pays du golfe de guinée, de 7 millions d’âmes.

Le premier a pour nom, la presse. Cette presse a acquis sa plus grande liberté lors du retour à la magistrature suprême, en pleine ère démocratique, de Mathieu Kérékou. A cette époque, le général-Président révélait, qu’il ne traduirait jamais, le moindre journaliste en justice. Ainsi, pour les quelques quotidiens et radios de l’époque, la période du parti unique, matérialisé sous les traits du PRPB (Parti de la révolution populaire du Bénin), était vraiment révolue. Et on a assisté à une véritable prolifération de la presse quotidienne et hebdomadaire dans le pays. Jusqu’à atteindre une bonne trentaine de titres. D’ailleurs, le pays, selon le dernier classement mondial de la liberté de la presse en 2005 par Reporters Sans Frontières, est leader d’Afrique. Il occupe le 25e rang au niveau mondial, loin, des pays comme la France (30ème), l’Espagne (42ème) ou encore les Etats-Unis relégués, pour leur part, à la 44ème place.

Toujours en matière de média, les professionnels du métier ont compris que pour bien atteindre toutes les cibles, des revues de presse étaient nécessaires, mais dans les langues locales, avec une véritable liberté de ton. Et des animateurs radio au ton critique, moqueur et parfois acerbe, tels que Dah Houawé, Cancrelat de tempo ou encore Jo Hlonon, ont vu le jour, apportant ainsi les nouvelles au petit paysan analphabète, vivant dans un endroit reculé du pays.

L’importance de la société civile

Le deuxième élément, est la société civile active. Elle s’est vraiment matérialisée, il y a moins de deux ans, sous les traits d’une ravissante jeune femme, mais dont le ton est sans détour. En effet, à cette période, l’entourage de Mathieu Kérékou, (alors en fin de mandat), avait laissé courir le bruit d’une révision de la Constitution. Les personnes rompues à l’exercice politique avaient vite compris que le général-Président voulait se représenter une troisième fois. C’est ainsi que l’organisme Elan, par la voix de sa présidente, est partie au front. Reckya Madougou est allé avec son bâton de pèlerin apporter la parole à toute la population béninoise, celle d’un rejet de tout tripatouillage constitutionnel. A coup d’argent, des affichettes ont été placardées sur les murs, les feux de stationnement, avec comme inscription : « Touche pas à ma constitution ». En 2005, les démons se sont emparés une fois de plus de certains hommes de l’entourage de Mathieu Kérékou et, invoquant un manque de fonds dans les caisses de l’Etat, pour l’organisation des présidentielles. Ils avaient alors trouvé comme solution le couplage en 2008 des élections présidentielles, législatives (prévues en 2007) et communales (prévues en 2008). A l’Assemblée, une autre femme, députée, ex-première dame du pays, est aussi montée au créneau, en assenant à chaque fois, son « Kérékou doit partir », qui est resté sur les lèvres de la population. Rosine Soglo, femme de l’ancien président Nicéphore Soglo, rappelait, par cette sentence, l’homme politique romain Caton, qui finissait chacun de ses discours au Sénat, par, « Delenda est Carthago » (Carthage doit être détruit), et c’est ce qui advint

Parmi les défenseurs politiques d’un bon enracinement de la démocratie béninoise, il faut souligner des organismes tels que Transparency International Bénin, dirigé par Adrien Ahanhanzo-Glèlè, ou encore le Cadd (Cercle d’actions pour un développement durable), de Bruno Kangni. Plus récemment, est-il également important de célébrer le travail réussi de la Cena (Commission électorale nationale autonome), la commission en charge de l’organisation des élections, qui, en moins de 48 heures, pour un deuxième tour réussi, a réussi à faire en sorte qu’aucun bureau de vote, dans quelque localité que ce soit, n’ait manqué de matériel. Le chef de l’Etat ayant avancé la date du scrutin du 22 au 19 mars.

Quand les artistes chantent la paix

Enfin, les derniers, et pas les moindres, les troisièmes éveilleurs de conscience ont été les chanteurs. De par leur amour pour leur patrie, ils sont devenus des défenseurs de la liberté et, chantant la paix, ils n’ont cessé d’invoquer les désastres de la guerre avec les images du Rwanda, du Liberia ou encore des deux Congo dans leurs clips vidéo. Ainsi, certains ont laissé leur registre habituel, pour un autre plus sensibilisateur. Ils ont pour nom Vivi l’internationale, qui a d’ailleurs ouvert la voie, en 1990, en pleine période d’installation de la démocratie. Dans son « N’do kpo li dji », on la voit s’agenouiller, implorant l’amour des hommes, de l’armée, pour que le moindre sang ne s’échoue sur la terre béninoise. Plus près de nous, suivront les chansons « Maintenons la paix », ou encore les « 10 commandements de la paix », respectivement, du groupe « Racine noire », et de la chanteuse Benita.

Voilà en tout cas, de quoi permettre aux autres pays, qui aspirent à une véritable démocratie, telle que définie par ses pères fondateurs, à se battre encore plus pour y arriver. Mais encore faudrait-il que leurs dirigeants soient prêts à lâcher du lest… pour le bonheur de leur population.