les principales faiblesse de la presse africaine identifiées par l’AMDI

L’Initiative pour le développement de la presse africaine (AMDI), lancée il y a un an pour mobiliser un soutien international au développement de la presse africaine, a appelé à un accroissement des ressources pour pallier aux faiblesses du quatrième pouvoir sur le continent. Dans un rapport publié lundi, l’organisation estime que les qualités professionnelles, techniques, ethiques et de gestion de la presse africaine restent « faibles ».

Dans un rapport de 142 pages publié lundi à Nairobi, au Kenya, L’Initiative pour le développement de la presse africaine (AMDI) a souligné que malgré une « prolifération massive de la presse au cours des cinq dernières années », dans les 17 pays d’Afrique subsaharienne qui ont fait l’objet d’une enquête, « les normes professionnelles, techniques, ethiques et de gestion » de ce secteur « restaient faibles ».

Une presse pas assez forte pour tenir son rôle de 4ème pouvoir

« L’insuffisance des institutions de formation, des bas salaires, des financements inadéquats et le contrôle généralisé exercé par le gouvernement sur la presse sont cités comme les principaux obstacles au développement de ce secteur », indique un communiqué de BBC World Service Trust, qui a lancé l’AMDI en janvier 2006, en collaboration avec le Département britannique pour le développement international (DFID) et la Commission économique des Nations Unies pour l’Afrique. »La presse n’est ni assez forte ni assez indépedante pour tenir son rôle de quatrième pouvoir », indique le communiqué en se basant sur l’étude. Il ajoute: « les efforts actuels des bailleurs de fonds et des organisations pour le développement de la presse pour renforcer les capacités du secteur de la presse sont fragmentés et nécessitent une bien meilleure coordination ».

Les principales conclusions de l’étude sont: « les normes techniques et les niveaux de professionnalisme du personnel sont systématiquement bas, en raison du nombre insuffisant ou de la mauvaise qualité des institutions de formation, de l’épuisement des ressources par une expansion rapide, de la faiblesse des salaires et du statut des journalistes ainsi que de l’exode des compétences, le personnel étant débauché grâce à des emplois mieux payés par le secteur du développement ». « L’état des équipements et des infrastructures ainsi que le soutien technique au secteur de la presse sont généralement faibles », a souligné le rapport.

En s’exprimant lundi à l’occasion du lancement du rapport, Stephen King, le directeur de BBC World Service Trust a déclaré: « En plus des défis importants à relever par ce secteur, le système communautaire international a largement négligé l’importance de la presse dans le développement ». Selon lui, « le soutien au développement de la presse doit être une priorité constante. Les flux de l’aide doivent être plus importants et s’inscrire davantage dans la durée, et des stratégies innovantes doivent être employées pour s’assurer que le secteur de la presse soit viable ».

Un énorme potentiel à développer

L’étude a révélé un « consensus sur l’énorme potentiel de la presse » à contribuer de manière significative au développement et à la gouvernance en Afrique », tandis que « les acteurs du secteur de la presse ont aussi convenu de la nécessité d’un accroissement des financements, d’une réglementation plus prévisible et indépendante du secteur et de l’amélioration de la coordination des ressources ainsi que de la formation par les organisations pour le développement de la presse ».

Le rapport souligne que ces mesures « sont désespérement nécessaires pour aider à la professionnalisation de ce secteur, accroître sa viabilité financière et renforcer le statut du journalisme en Afrique ». En lançant ce rapport, un membre du Groupe consultatif de l’AMDI, Wilfred Kiboro (l’ancien directeur général du Nation Media Group du Kenya), a déclaré: « Promouvoir une presse plus forte en Afrique est indispensable pour lutter contre la pauvreté et permettre à l’Afrique d’atteindre ses objectifs de développement ».

Il a ajouté: « Cette étude fournit un exemple unique sur la manière dont les bailleurs de fonds, les investisseurs, la presse et les organisations de développement de ce secteur peuvent collaborer au soutien et au renforcement du secteur de la presse en Afrique ». Une partie des recommandations portent sur les nouvelles dispositions relatives au financement pour s’assurer de la viabilité financière des médias communautaires publics et privés. »Il est nécessaire de développer une production locale des compétences de base, axée sur les questions sociales et de développement.

Le rôle des médias communautaires

Les médias communautaires en particulier ont un rôle important à jouer en permettant aux communautés rurales et/ou marginalisées de s’exprimer », ajoute le rapport.L’étude de l’AMDI était dirigée et menée par l’Université Ahmadu Bello (Nigeria), BBC World Service Trust, l’Université Rhodes (Afrique du Sud) et un réseau de chercheurs de 17 pays africains. Elle a été financée par la Société financière internationale (SFI) (une filiale de la Banque mondiale), l’Aide irlandaise, le DFID du Royaume-Uni et la Fondation Bill et Melinda Gates.

Les pays qui ont fait l’objet de l’étude sont : l’Afrique du Sud, l’Angola, le Botswana, le Cameroun, la RD Congo, l’Ethiopie, le Ghana, le Kenya, le Mozambique, le Nigeria, l’Ouganda, le Sénégal, la Somalie, , la Sierra Leone, la Tanzanie, la Zambie et le Zimbabwe. L’AMDI est issue de la Commission pour l’Afrique de 2005 soutenue par la Grande-Bretagne, qui a identifié le rôle essentiel de la presse dans le soutien à la bonne gouvernance et l’aide au développement économique et social du continent.