Les présidentielles ivoiriennes enfin en route ?

Le président de la Côte d’Ivoire, Laurent Gbagbo, a signé, jeudi, le décret portant validation de la liste électorale indépendante de 5,7 millions d’électeurs. Cet acte devrait permettre la tenue des prochaines élections présidentielles du 31 octobre.

Les élections ivoiriennes pourraient bien avoir lieu le 31 octobre ! Quoi qu’il en soit, toutes les conditions semblent réunies. Le président ivoirien Laurent Gbagbo a signé jeudi en début d’après-midi une liste électorale définitive, levant ainsi le dernier obstacle pour l’organisation d’une élection maintes fois reportée, qui pourrait mettre fin à huit ans de crise politique dans le pays. « Nous sommes à la fin de nos peines » et désormais « chacun peut aller faire campagne pour les élections », a commenté le président ivoirien, qui a toutefois ajouté qu’« il reste du travail ».

La signature du décret validant la liste électorale indépendante des 5,7 millions d’électeurs ivoiriens consacre la fin d’une longue opération d’identification qui aura duré trois ans. Grâce à cette liste, « des millions de personnes recevront des cartes d’identité pour la première fois de leur vie », a déclaré Young-Jin Choi, chef de la force de maintien de la paix de l’ONU en Côte d’Ivoire.

Dans ce pays de forte et ancienne immigration, la question de la citoyenneté et de la nationalité est au cœur de la crise née en 2002 du putsch manqué de l’ex-rébellion des Forces nouvelles (FN), qui a coupé la Côte d’Ivoire en un sud loyaliste et un nord tenu par les FN.

Une des principales revendications de la rébellion portait justement sur la délivrance de papiers d’identité et de cartes d’électeur, notamment pour les populations majoritairement musulmanes du nord qui s’estimaient stigmatisées. Des accords de paix signés en 2007 avaient abouti à un partage du pouvoir entre les deux camps, et des élections devaient être organisées la même année. Mais des désaccords concernant les personnes susceptibles de voter, liés à des problèmes de citoyenneté, avaient conduit le processus de paix dans une impasse. Plusieurs fois, l’élection présidentielle avait été repoussée. Fait le plus récent, cette liste électorale avait donné lieu à une grave crise et à des violences meurtrières en février dernier, le camp présidentiel dénonçant la présence de « fraudeurs » étrangers sur la liste. Finalement, seules quelque 50.000 inscriptions litigieuses ont été retirées.

Dans un communiqué, les FN ont salué la signature officielle de la liste électorale comme « l’aboutissement de (leur) long combat ».

Place aux problèmes d’ordre pratique

Cette adoption définitive de la liste électorale porte la marque du consensus auquel sont arrivés les principaux leaders politiques, membres du Cadre Permanent de Concertation (CPC) : le président Laurent Gbagbo, le Premier ministre Guillaume Soro ainsi que les opposants Henri Konan Bédié du Parti démocratique de Côte d’Ivoire (PDCI) et Alassane Ouattara, président du Rassemblement des républicains (RDR).

Un travail technique « énorme » reste cependant à faire : il s’agit de la confection des cartes d’électeurs, bulletins de vote, enveloppes et autres imprimés. Le président, conformément à la loi électorale, a souhaité que ce soit l’Imprimerie nationale qui imprime les documents cités. Il a donné instruction à cet effet au Premier ministre afin que cela soit fait dans les délais.

Le second problème réside dans les questions de sécurité et notamment le problème du désarmement des milices. Interrogé à ce sujet par RFI, le ministre de la Défense Michel Amani N’Guessan admettait devoir encore régler cette question.