Les poupées de Cornélia

Miss carnaval

Cornélia Biffot est sans doute la seule personne en France à réaliser des poupées d’art africaines. A 48 ans, la très inspirée franco-gabonaise a déjà plus de 9 000 créations à son actif. Guidée par une passion intacte, elle crée de A à Z, en tissu, porcelaine ou papier mâché, ses différents modèles, chacun représentatif d’une région du continent ou s’inscrivant comme le reflet de la mode africaine.

Des poupées d’art africaines. Une singulière curiosité que développe depuis près de 40 ans Cornélia Biffot. Franco-gabonaise de 48 ans, elle a réalisé sa première création à l’âge de 8 ans. 9 764 suivront à ce jour. Oubliez la poupée ethnique des catalogues par correspondance et autre Barbie Africa, il ne s’agit là ni de jouet et encore moins d’image stéréotypée d’une Afrique convenue mais d’objet de collection. Travail de la matière, travail de recherche vestimentaire, les poupées de Cornélia, en tissu, porcelaine ou papier mâché, représentent différents pays ou régions du continent. Infirmière de profession (à Paris), elle met également ses talents de styliste africaine au service de modèles, tous uniques.

Afrik : Comment avez-vous débuté ?

Cornélia Biffot : Pour ma première poupée, je n’avais que des pommes de terre sous la main. J’en ai pris une petite pour la tête et une grosse pour le corps. J’avais ajouté des bâtons d’allumettes pour les bras et les jambes. Au fil des ans, j’ai essayé d’affiner la technique pour concrétiser quelque chose qui se rapproche le plus d’une personne. J’ai réalisé ma première véritable création à 13 ans. Il s’agissait d’une sculpture en terre cuite. C’était une poupée qui ressemblait à la reine Néfertiti, parce que j’étais fascinée par l’Egypte antique. Puis j’ai commencé à faire des expositions thématiques. Il y a neuf régions au Gabon, j’ai commencé à créer une figurine représentative de chaque région. Et puis j’ai élargi le concept à toute l’Afrique. J’exposais dans les hôtels, les mairies.

Afrik : Avez-vous connu un écho international ?

Cornélia Biffot : J’ai représenté le Gabon à l’occasion des journées culturelles de Bonn en Allemagne. Et puis j’ai reçu un jour un appel de l’ambassadeur du Gabon en France. Elle voulait absolument que je vienne à Paris – je vivais au Gabon où je travaillais en tant qu’infirmière – pour exposer dans le cadre de la fête des 150 ans de relations entre Libreville et la France « . C’était une commande d’une cinquantaine de poupées. J’étais venue pour trois semaines et ça fait huit ans que je suis là. Un concours de circonstance puisque je ne voulais pas rester en France au départ.

Afrik : Que symbolise votre travail ?

Cornélia Biffot : Le souvenir et l’histoire. A bien des égards, mon travail revêt également un aspect ethnologique. J’ai réalisé des poupées de nombreux pays africains : Togo, Bénin, Mali, Gabon, Afrique du Sud, Rwanda ou encore Burundi.

Afrik : Vous travaillez à partir de supports documentaires ?

Cornélia Biffot : Il y a des choses qui sont déjà ancrées en moi. Je n’ai pas besoin de modèles pour savoir comment habiller une poupée de tel ou tel pays. Mais pour d’autres, j’ai effectivement une base documentaire. Dans mes créations, il y a également un important travail sur les coiffures. J’ai des documents qui datent de 1850.

Afrik : Avec quels matériaux travaillez-vous ?

Cornélia Biffot : J’utilise plusieurs matériaux, la porcelaine, l’argile, le papier mâché et surtout le tissu. Je reste très attachée au tissu parce que peu de personnes fabriquent des poupées en tissu. C’est un art à la fois nouveau et ancien. Pour les tenues, je travaille avec les tissus, le raphia, les cauris et autres coquillages, mais aussi les graines, les pierres, les perles, le bois et le sable.

Afrik : Vos modèles sont-ils uniques ?

Cornélia Biffot : Je travaille sur pièce unique, pas en série. Avec le tissu il n’y a de toute façon que des pièces uniques. Pour les autres matières, je fabrique mes propres moules. Je sculpte le moule de la tête à l’envers dans le plâtre. Et je fais la même chose pour les membres inférieurs et supérieurs. Il n’y a plus qu’à couler ensuite la porcelaine ou le papier mâché dans le moule pour obtenir les pièces. Il me faut dix jours pour faire une poupée en porcelaine ou en papier mâché, et 24 heures pour une en tissu.

Afrik : Combien coûtent vos créations ?

Cornélia Biffot : Cela varie de la taille et de la matière. Les poupées en porcelaine valent plus cher. D’une manière générale, les prix oscillent entre 50 et 400 euros.

Afrik : Vous réalisez des poupées africaines mais également des poupées occidentales ou asiatiques. Pourquoi vous êtes-vous diversifiée ?

Cornélia Biffot : On me l’a souvent demandé. Quand j’exposais en France, on me faisait remarquer qu’il n’y avait pas de poupées blanches dans ma collection. Mais le travail de création qui m’intéresse le plus reste la poupée africaine. Je suis très attachée à mes racines.

Afrik : Avez-vous pensé à en faire votre métier ?

Cornélia Biffot : J’aimerai bien, mais je rencontre de grosses difficultés, notamment en matière de possibilités d’exposition. Cela fait trois ou quatre ans que je demande des salles à la mairie de Paris pour exposer, sans succès. J’ai écris à toutes les mairies d’arrondissement, Les vingt arrondissements ont refusé.

Contact : Cornélia Biffot : 06 89 04 40 56