Les politiques, les médias et la société civile d’Afrique de l’Ouest réunis à Cotonou

Normand Lauzon, directeur du Club du Sahel et de l'Afrique de l'Ouest

72 partis politiques, 36 organes de presse et 72 représentants de la société civile provenant de 18 pays : c’est le tour de force qu’a organisé le Club du Sahel et de l’Afrique de l’Ouest (OCDE) en partenariat avec le Club de veille pour la paix en Afrique de l’Ouest. Les débats auront lieu du 28 juin au 1er juillet à Cotonou et ambitionne de décloisonner les trois grands acteurs de la société aux niveaux national et régional. Entretien.

Par Florence Le Nulzec

Les partis politiques, les médias et la société civile ouest-africaines ont rendez-vous à Cotonou (Bénin) du 28 juin au 1er juillet pour le 1er Forum du genre. Un événement organisé par le Club du Sahel et de l’Afrique de l’Ouest[[<*>Organe de l’OCDE, Organisation de coopération et de développement économiques]] en partenariat avec le Club de veille pour la paix en Afrique de l’Ouest. Normand Lauzon, directeur du Club du Sahel et de l’Afrique de l’Ouest, Sunhilt Schumacher, directrice adjointe et Massaër Diallo, chef d’unité Gouvernance, Dynamique des conflits, Paix et Sécurité, ont reçu Afrik.com dans leurs locaux pour un entretien vérités.

Afrik.com : Pourquoi organiser un tel Forum ?

Club du Sahel et de l’Afrique de l’Ouest/OCDE :
Pour regrouper des acteurs locaux du processus de maintien de la paix et de la démocratie. Car les partis politiques, les médias et la société civile ont chacun des responsabilités et un rôle à y jouer. Il s’agit de leur donner la parole et d’organiser la rencontre des trois entités. Nous ne venons pas là avec du prêt à penser. Il s’agit d’interpeller par des questions les responsables et les acteurs des pays de la région pour décloisonner les différents groupes afin qu’ils se rencontrent et établissent des réseaux régionaux. Cette rencontre participera également à décloisonner les trois catégories d’acteurs à l’intérieur de chaque pays. Ces synergies pourraient s’avérer très utiles en cas de début de crise.

Afrik.com : La Communauté économique des Etats d’Afrique de l’Ouest (Cedeao) est un de vos partenaires privilégiés. Or elle a été fortement décriée dans la crise togolaise. Ne pensez-vous pas que cela puisse porter préjudice à la légitimité de la rencontre ?

Club du Sahel et de l’Afrique de l’Ouest/OCDE :
Nous travaillons dans un esprit de partenariat. La Cedeao est très vaste. Elle regroupe 260 millions de personnes, elle est, en superficie, deux fois plus grande que l’Europe. A l’horizon 2025, elle aura grandi de 100 millions de personnes, 55% auront moins de 25 ans. Les pays ne peuvent pas faire face seuls à cet afflux de population à l’intérieur de leurs simples frontières. Les flux migratoires se développent en fonction des opportunités. Dans un contexte de mobilité et de libre circulation des personnes, la Cedeao devient un acteur incontournable. Deuxièmement, les produits ouest-africains ont besoin d’un marché sous-régional pour être compétitifs et pour attirer les investisseurs. Là encore la Cedeao est incontournable.

Afrik.com : Et pour ce qui est des griefs par rapport à la gestion de la crise togolaise ?

Club du Sahel et de l’Afrique de l’Ouest/OCDE :
Les transitions sont souvent très difficiles quand une personne est restée au pouvoir pendant une longue période. N’importe quelle organisation qui veut mettre un doigt dans l’engrenage rencontrera d’une manière ou d’une autre des difficultés. Ce qui faut retenir c’est que pour la première fois, les Africains n’attendent pas que la solution vienne d’ailleurs. Ici la Cedeao a pris en charge la tentative de solution à la crise togolaise. On ne peut pas éviter les risques lorsqu’on entreprend. Aujourd’hui elle ne peut plus faire marche arrière car elle est devenu un acteur derrière lequel les Nations Unies se rangent. Après il n’y a pas de solutions miracles en temps de crise. C’est toujours une question de négociations, de consultations et de dialogue.

Afrik.com : Pensez-vous que la société civile et les médias peuvent réellement jouer un rôle dans les questions de maintien de la paix ?

Club du Sahel et de l’Afrique de l’Ouest/OCDE :
Il existe un équilibre des acteurs entre eux. La paix est la capacité de la société à réguler ses contradictions. Ce sont deux contrepoids, encore timides, mais qui oeuvrent à développer une citoyenneté. La société civile a un rôle fondamental de médiation pour maintenir la démocratie dans un cadre acceptable. La société civile n’existait pas dans l’ère post-coloniale, à cause du monopartisme. Elle n’a commencé à avoir un rôle de contre pouvoir u’après. On le voit avec les avancés des droits humains dans certains pays. Les médias peuvent quant à eux être des acteurs importants dans des crises, comme nous l’a tristement montré La Radio Mille Collines au Rwanda. Au-delà de ces graves dérives, les médias ont une fonction d’alerte. Ils préviennent et informent la population. Ils élèvent la connaissance des risques et du droit. Il ne peut pas avoir de démocratie quand les gens ne sont pas informés. Ce n’est pas pour rien que l’Union européenne conditionnait la levée des sanctions économiques à l’égard du Togo à la libéralisation de la presse et à la dépénalisation des délits de presse.

Afrik.com : Que faut-il entendre par société civile ?

Club du Sahel et de l’Afrique de l’Ouest/OCDE :
Disons que la société civile est tout ce qui échappe à l’Etat et à l’armée. C’est une définition large, mais si nous définissons un cadre plus strict, nous excluons forcément du monde. Nous sommes conscients que notre panel ne pourra jamais être parfais, mais nous avons essayé de prendre un représentant de la jeunesse, un représentant des femmes, un représentant des Organisations non gouvernementales, des associations professionnelles ou des chefs d’entreprise et un représentant des leaders d’opinion (que se soit les chefferies traditionnelles, ou les chefs religieux).

Afrik.com : Comment avez-vous construit le reste du panel des quelque 250 personnes invitées ?

Club du Sahel et de l’Afrique de l’Ouest/OCDE :
Le plus difficile a été pour les partis politiques, parce que cela reste un univers relativement mouvant en Afrique. Nous avons pris deux partis de la mouvance présidentielle et deux partis dans l’opposition (parlementaire). Mais il existe des pays où l’opposition n’est pas ou peu représentée au parlement. Nous n’avons donc pas pris de critères fixes. Nous avons regardé toutes les élections (présidentielles) où, quoi qu’il arrive, l’opposition reste présente. Nous avons opéré un classement indicatif témoin de l’échiquier politique de chaque pays. Un classement renforcé par nos propres connaissances et analyses des contextes nationaux. Il va sûrement y avoir des frustrations, mais nous ne pouvons logistiquement et financièrement pas inclure tout le monde. Ceux qui n’y seront pas auront le droit de dire : « Pourquoi pas moi ? ». Pour autant, ils ne doivent pas se sentir exclus. Leur absence ne veut absolument pas dire qu’ils n’auraient pas pu avoir une contribution utile au débat. Et nous les encourageons à nous faire signe.

Afrik.com : Qu’avez-vous prévu pour l’après-forum ?

Club du Sahel et de l’Afrique de l’Ouest/OCDE :
Nous allons ouvrir, jusqu’en octobre, un espace de discussion sur le Web pour prolonger les débats. Et en fonction de l’intérêt suscité par la première édition, nous travaillerons sur un second rendez-vous en vue de créer un cadre récurrent de dialogue et d’échanges entre ces différentes catégories d’acteurs de la région qui peuvent beaucoup apporter à l’édification de la paix et de la démocratie.

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