Les pirates privés de TPS

TPS a lancé une vaste opération anti-piratage, qui plonge plusieurs familles accrocs aux programmes de la chaîne dans le désarroi. Les craquers sont à pied d’œuvre pour trouver le code qui permettra aux pirates de visionner à nouveau les programmes tant prisés du bouquet. Ils peinent, mais à terme certains pensent qu’ils finiront par déjouer le système de sécurité de l’opérateur. Exemples en Algérie et au Maroc.

Depuis plus d’une semaine, la chaîne satellitaire TPS a lancé une vaste opération anti-piratage sur tous ses terminaux. Objectif : mettre hors d’état de nuire les nombreux utilisateurs de cartes pirates, qui dépossèdent la société de sommes « inchiffrables, mais assez conséquentes ». Les petites parties de l’Europe de l’Ouest et de l’Afrique du Nord qui reçoivent le signal satllitaire sont touchées. L’émoi est déjà palpable chez des millions de Marocains et d’Algériens, où les médias relatent les conséquences pour la population de cette mesure, qui n’est par ailleurs pas la première. Les craqueurs s’activent pour trouver le code qui permettra de décrypter de nouveau le bouquet et ses programmes tant prisés. Mais la recherche semble durer plus que prévu, systèmes de sécurité renforcés obligent. Pas de quoi décourager les utilisateurs des cartes honnies, qui sont très confiants en leurs pirates.

Voir absolument des émissions étrangères

Ils seraient des millions en Algérie et au Maroc à souffrir de la riposte de TPS qui les empêche de voir les émissions étrangères. Les jeunes en particulier. « Nous ne recevons aucune chaîne numérique. Et je deviens fou depuis que nous ne recevons plus TPS. Je suis accro aux émissions de moto et maintenant, je ne peux plus les voir », se plaint Rasik, un Algérien de 22 ans. Son ami Djader, 25 ans, est lui aussi tout aussi dépité d’être privé de ses émissions de sport favorites. Au Maroc, selon le quotidien Aujourd’hui, on joue la carte de la semi-résignation en se tournant vers les chaînes arabophones, comme Al-Jazeera et Al-Arabia. Autre façon de palier le vide laissé par le bouquet satellitaire : ressortir les décodeurs analogiques. Ils sont en effet l’un des seuls moyens, avec l’achat d’une numéricam, de recevoir les chaînes françaises TF1, France 2, France 3, M6 ou encore TV5.

Des solutions qui restent provisoires dans les esprits, puisque les craqueurs s’activent pour trouver l’astuce qui pourra permettre la réception des émissions de TPS. « Nous savons très bien qu’il est impossible d’obtenir 100% de réussite dans la lutte contre le piratage, mais au fur et à mesure nous renforçons les mesures de sécurité pour qu’il soit de plus en plus difficile de nous pirater. Mais il y a toujours des malins qui trouveront une faille. Ils peuvent reproduire les codes à partir d’un logiciel ou fabriquer une carte avec un encodeur numérique, qui produira des sortes de clones de l’originale. On peut aussi faire beaucoup de choses sur Internet », explique Tony, un employé de TPS.

Confiance en les pirates

Internet est en effet une mine d’or pour les hackers, qui font exploser les visites des sites qui proposent ouvertement des services de décryptage. Des sites que TPS tente par ailleurs de faire fermer. Les « bidouilleurs » marocains réputés de Derb Ghallef (souk casablancais) et « d’ailleurs », comme les surnomme Aujourd’hui, s’activent pour satisfaire les clients qui affluent pour se voir délivrer la clé du cryptage. Mais les efforts des pirates sont ralentis par la sur-connexion sur les sites de décodage et passent plus de temps qu’avant sur leurs opérations de décryptage.

Certains s’inquiètent et se disent que, cette fois, le secret du code ne sera pas percé. Le journal marocain L’Opinion explique que « personne n’arrive pour le moment à ‘ressusciter’ TPS et on craint que le nouveau cryptage ne soit aussi inviolable que celui du bouquet Canalsatellite qui a disparu depuis des mois du paysage audio-visuel piraté ». Al Bayane rapporte pour sa part qu’à Derb Ghallef « on se dit optimiste et on ne perd pas espoir de trouver la formule magique ». En Algérie, d’aucuns gardent une foi inébranlable en leurs pirates. « Ce n’est pas la première fois que la chaîne est cryptée. Les pirates ont toujours réussi à trouver le code. Cette fois-ci, ce sera la même chose. Je suis très confiant. Dans ce domaine, les Algériens sont forts », commente avec une pointe d’humour Rasik, l’Algérien de 22 ans.

Ruée sur les cartes « officielles »

Les impatients se ruent chez les vendeurs de cartes « officielles » de TPS, dont les affaires ne s’étaient pas aussi bien portées depuis un moment. « Officielles », car l’abonnement ne peut pas normalement être obtenu hors de France. « Il faut que le client réside et ait un compte en France. Car c’est sur ce territoire que le signal émis par le satellite permet une réception des programmes irréprochable. C’est pourquoi si un Marocain, par exemple, passe par une personne résidant en France pour être abonné et qu’il ne reçoit pas la chaîne, il ne pourra pas se retourner contre nous », souligne Tony, l’employé de TPS.

Ces cartes « officielles », qui ont, selon TPS, soit été récupérées lors d’un vol ou reproduites à partir d’encodeurs numériques, fonctionnent pour la plupart très bien. A tel point que les revendeurs sont assaillis au Maroc. Selon un fournisseur algérien interrogé par El Watan, des clients sont en effet prêt à payer près de 3 000 dinars (soit 32 euros) pour les cartes pirates Silver, avec lesquelles ils auront accès à leurs émissions favorites. Mais pour une courte période, puisque l’opération TPS devrait bientôt les neutraliser. Quant aux cartes « officielles », leur coût varierait entre 29 000 et 65 000 dinars pour l’année.

Des sommes considérables comparé aux recharges piratées classiques qui durent un mois et dont la valeur tourne autour de 100 dinars en Algérie et 20 dirhams au Maroc. « Auparavant, TPS changeait ses codes tous les six mois. Mais à cause du piratage, ils le font tous les mois. Alors les gens achètent une carte de 100 dirhams, qu’ils rechargent tous les mois. Il y a des gens qui ne travaillent d’ailleurs que pour trouver les codes. Je me souviens que le vendeur chez qui je me rendais à Casablanca avait deux Chinois postés sur des ordinateurs rien que pour ça », commente Ali, un Marocain de 27 ans. Il précise que sans ces sytèmes, les Marocains n’auraient pas les moyens de regarder les programmes de TPS. Il en va de même pour les Algériens. Il faut croire que le malheur des uns fait vraiment le bonheur des autres.