Les pays riches doivent assumer les coûts sanitaires du changement climatique

Les pays, essentiellement ceux en voie de développement, pourraient dépenser entre six et 18 milliards de dollars par an d’ici à l’an 2030 pour couvrir les coûts supplémentaires des services de santé, occasionnés par le changement climatique, selon des recherches indépendantes citées par un responsable de l’Organisation mondiale de la santé (OMS). C’est pourquoi les pays riches, responsables du réchauffement climatique, devraient contribuer à couvrir ces frais de santé supplémentaires.

« Ce chiffre repose sur une évaluation réalisée par l’OMS, selon laquelle le réchauffement climatique modeste qui se produit depuis les années 1970 provoquait déjà plus de 150 000 décès superflus par an dans les années 2000. Les coûts et les estimations sont sans doute plus élevés, aujourd’hui », selon Diarmid Campbell-Lendrum, l’un des auteurs du nouveau rapport de l’OMS, publié à l’occasion de la Journée mondiale de la santé.

Cette évaluation reposait sur plusieurs études de l’impact des maladies liées au climat, comme la diarrhée, deuxième cause de mortalité infantile parmi les maladies infectieuses, à l’origine d’environ 1,8 million de décès chaque année, au total.

« Par exemple, le taux de diarrhée à Lima, au Pérou, est trois à quatre fois plus élevé pendant l’été que pendant l’hiver, puisqu’il augmente de huit pour cent chaque fois que la température monte d’un degré Celsius », a-t-il expliqué. « Mais l’évaluation réalisée en 2000 ne tient pas compte des conséquences du changement climatique sur le stress hydrique ni sur le déplacement des populations, occasionné par les famines ». Aussi l’OMS a-t-elle annoncé le lancement d’une nouvelle évaluation.

Chaque année, environ 800 000 personnes meurent de causes attribuables à la pollution de l’air en milieu urbain. Les dernières décennies du 20e siècle ont également été marquées par la réémergence et la propagation régionale de nombreuses infections liées au climat, telles que le choléra ou la fièvre de la vallée du Rift, en Afrique, et la fièvre dengue en Amérique latine et en Asie du Sud, selon le rapport de l’OMS. « Ces épidémies peuvent causer d’importantes pertes économiques. Par exemple, l’épidémie de choléra qui s’est déclarée au Pérou, en 1991, a coûté environ 770 millions de dollars, et l’épidémie de peste de 1994 en Inde, 1,7 milliard de dollars ».

« Lorsque des maladies infectieuses apparaissent dans de nouvelles régions, où les populations ne sont pas immunisées et où les services de santé n’ont peut-être pas d’expérience dans le contrôle et le traitement des infections, les conséquences peuvent être désastreuses. Lorsqu’une épidémie de Chikungunya, une maladie transmise à l’homme par le moustique, s’est déclarée à La Réunion en 2005–2006, elle a touché un habitant sur 10 et a provoqué une diminution du tourisme, le principal secteur économique de l’île », pouvait-on lire dans le rapport.

« L’impact des maladies liées au climat est particulièrement lourd au sein des populations les plus pauvres », a expliqué M. Campbell-Lendrum.

Par exemple, le taux de mortalité par habitant imputable aux maladies à vecteur est près de 300 fois plus élevé dans les pays en voie de développement que dans les régions développées. Cela s’explique par le fait que les maladies à vecteur sont plus courantes dans les climats tropicaux de nombreux pays en voie de développement, mais aussi par le faible niveau de développement socioéconomique et la couverture réduite des services de santé dans ces régions.

Bon nombre des mesures qui réduiraient les émissions de gaz à effet de serre, notamment le passage à des sources d’énergie plus propres, pourraient avoir des « co-avantages » sanitaires importants pour les communautés et les individus, notamment grâce à une réduction de la pollution de l’air, a fait remarquer M. Campbell-Lendrum.

Plus que l’argent

La semaine dernière, à Bangkok, les négociateurs du changement climatique ont mis la dernière main à un plan de travail comprenant tous les grands thèmes (notamment le financement de l’adaptation des pays pauvres) essentiels pour parvenir à un accord précurseur sur la réduction des émissions, l’année prochaine, à Copenhague.

« Les négociations qui ont lieu lors de conférences telles que celle de Bangkok sont déconnectées de la réalité du climat qui se répercute déjà sur la santé et les moyens de subsistance des populations dans les pays touchés », a déclaré Bill Hare, conseiller en politiques climatiques à Greenpeace International. M. Hare a dit espérer que la « réalité de la souffrance des populations » se ferait voir au grand jour pendant le processus de la conférence de Copenhague de 2009.

Cette conférence de cinq jours fait suite au protocole de Kyoto, en vertu duquel 37 pays industrialisés ainsi que la Communauté européenne se sont engagés à réduire leurs émissions de cinq pour cent en moyenne, entre 2008 et 2012, par rapport aux niveaux de 1990.

Selon les conclusions de nouvelles études scientifiques, même si les objectifs de Kyoto étaient atteints, cela ne suffirait pas à éviter les conséquences les plus graves du changement climatique, notamment le stress hydrique, les changements agricoles, les rigueurs du climat, les déplacements urbains et la possibilité que les pays insulaires situés à basse altitude puissent être complètement submergés.

« Ce sommet a permis d’accomplir le maximum possible », selon un porte-parole des Nations Unies, qui n’a pas souhaité être nommé. « En gros, il s’agit d’une feuille de route de la feuille de route ».

Les délégués ont également décidé de maintenir en fonctionnement les mécanismes de réduction des émissions axés sur les marchés. Parmi eux : le système d’échange des quotas d’émission de carbone et le Mécanisme pour un développement propre, qui encourage les entreprises à éliminer leurs émissions de gaz à effet de serre et prévoit également différents moyens de financer les mesures d’adaptation des pays les plus vulnérables à la montée du niveau de l’eau, aux pénuries d’eau et aux évolutions des précipitations.

L’accord définit essentiellement l’ordre du jour des conférences à venir, celle de juin en Allemagne, celle d’août au Ghana, et celle de décembre à Poznan, en Pologne. Mais il fournit également un aperçu de la lutte à venir, à mesure que les négociateurs cherchent à débattre de ce qu’ils considèrent comme l’un des accords internationaux les plus complexes jamais conclus.

À Bangkok, la plupart des délégations étaient composées d’équipes de négociateurs traditionnelles, sans représentant de haut niveau. Les représentants des Nations Unies ont déclaré qu’ils s’attendaient à ce que des décisions politiques plus fermes soient prises à la fin de l’année, au cours de la conférence qui aura lieu en Pologne et à laquelle assisteront des délégués de niveau ministériel.

Certaines questions, sur les finances et le transfert des technologies, ne trouveront sans doute pas de réponses avant le dernier sommet, qui se tiendra à Copenhague.