Les pays africains enclavés doivent inventer leur avenir

 

C’est en Afrique que l’on rencontre la plus forte proportion d’Etats ne disposant pas d’un accès à la mer ou à l’océan. Handicap pour le présent et facteur de tension, cette situation pourrait, à terme, bénéficier aux pays enclavés eux-mêmes.

Les pays enclavés sont ceux qui ne disposent pas, sur le territoire de leur souveraineté, d’un accès à la mer ou à l’océan. Le droit international leur permet en théorie de bénéficier de couloirs et de zones portuaires dans les pays limitrophes. En réalité, ces Etats doivent consentir des efforts importants pour tenter de participer, quand c’est possible, aux échanges commerciaux.

Or, l’Afrique a le taux le plus élevé d’Etats enclavés (32%), devant l’Europe (25%), l’Asie (12,8%) et l’Amérique (5,71%). 15 états africains sont en effet concernés : Botswana, Burkina, Burundi, Ethiopie, Lesotho, Malawi, Mali, Niger, Ouganda, Centrafrique, Rwanda, Swaziland, Tchad, Zambie et Zimbabwe. Les puissances coloniales qui avaient pris pied en Afrique avaient eu le souci de relier toutes les parties de leur empire à un débouché maritime, ce qui était assez aisé à organiser et à coordonner compte tenu du fait que de très vastes zones étaient sous la coupe d’un seul administrateur.

La décolonisation et l’indépendance ont eu pour résultat la mise en dépendance géopolitique de certains Etats, qui se sont retrouvés enclavés dans un contexte de compétition accrue pour l’import-export maritime. Etant donné la mauvaise grâce dont ont parfois fait preuve certains pays dans la conclusion d’accords auxquels ils sont pourtant tenus, le désenclavement est un problème qui mobilise les efforts de régulation juridique, économique, culturel et technologique des grandes organisations internationales africaines : Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest, Communauté économique des Etats d’Afrique centrale, Communauté économique des pays des Grands Lacs, Southern African Development Community.

Le premier des inconvénients majeurs qui pèsent sur les Etats enclavés, c’est leur mise à l’écart quasi-systématique des grands réseaux mondiaux. Certains complexes portuaires, et les plates-formes de transports qui y sont liés – comme Dakar ou Abidjan – peuvent se suffire à eux-mêmes sans avoir besoin du fret des pays enclavés. Ceux-ci ont donc du mal à améliorer leur situation économique ( c’est le cas du Mali ou du Burkina Faso).

Des noeuds de communication terrestre

Par ailleurs, la lutte des pays enclavés pour un droit d’importance vitale, dont les répercussions socio-économiques sont multiples, est génératrice de tensions régionales. Enfin, le déséquilibre économique croissant entre les pays enclavés et les pays désenclavés, ainsi que la tension évoquée plus haut, peuvent mettre les Etats enclavés à la merci des menaces d’expansion les plus diverses.

En Europe, l’évolution historique des deux derniers siècles a vu certains pays enclavés, comme la Suisse et le Luxembourg, passer de la situation de pays agricoles pauvres à celle de plaque tournante financière, bancaire, de centre de services ou d’institutions internationales. Si leur enclavement est désormais oublié, c’est parce qu’ils constituent un noeud de relations terrestres, au centre d’une ensemble de pays désenclavés et désireux d’échanger très au-delà de leurs frontières ce qui arrive dans leurs zones portuaires. La richesse des pays désenclavés peut ainsi, à terme, être encore plus bénéficiaire aux pays enclavés.

Le Burkina Faso, qui concentre à Ouagadougou l’essentiel des institutions politico-économiques internationales de l’Afrique sahélienne de l’Ouest, semble adopter une voie d’émancipation qui ne passe pas exclusivement par les fourches caudines des tiers.

Par Yahya Dimashqi