Les pays africains condamnent l’assassinat de Benazir Bhutto

L’assassinat de l’ex-Premier ministre pakistanais Benazir Bhutto a créé un vif émoi dans la communauté internationale, notamment parmi les pays africains qui ont unanimement condamné cet acte terroriste « lâche et criminel ». La mort de Benazir Bhutto, qui a été inhumée ce vendredi, trouble profondément le paysage socio-politique pakistanais.

A l’instar de la communauté internationale, les pays africains ont fermement condamné l’assassinat de l’ex-Premier ministre pakistanais Benazir Bhutto. Accompagnée à sa dernière demeure par des milliers de Pakistanais, elle a été enterrée ce vendredi matin dans le mausolée familial, près du village de Ghari Khuda Baksh situé dans la province du Sindh, au Sud du Pakistan.

Benazir Bhutto a été assassinée jeudi après-midi à la fin d’un meeting politique à Rawalpindi, ville située à proximité de la capitale pakistanaise Islamabad. La leader du Parti du peuple pakistanais (PPP) battait campagne pour les législatives du 8 janvier prochain qui seront certainement repoussées. Elle est décédée à 54 ans à l’hôpital des suites de ses blessures, après avoir été touchée au cou par une balle tirée par un kamikaze qui s’est ensuite fait exploser. Selon la chaîne de télévision privée pakistanaise ARY, Al-Qaida a revendiqué l’attentat qui a fait au moins 20 morts et plus d’une cinquantaine de blessés. Le réseau terroriste avait tout de suite été accusé par le président pakistanais Pervez Musharraf que les partisans de Benazir Bhutto, principale opposante à son régime, rendent également responsable de sa mort.

« Un acte criminel odieux » contre « une lueur d’espoir » pour le peuple pakistanais

Dans un message adressé à la famille Bhutto, le roi Mohammed VI du Maroc a réitéré « la ferme condamnation du Royaume du Maroc de cet acte lâche et criminel qui a visé une personnalité nationale ayant consacré sa vie au service de sa patrie avec abnégation, courage et dévouement ». Le président nigérian Umaru Yar’Adua a fait part, à l’annonce de l’assassinat de Benazir Bhutto, de son « indignation et (d’)une immense tristesse ». Le président sénégalais Abdoulaye Wade parle lui d’un acte « odieux, que rien ne saurait justifier ».

Jeudi, Abdelwahab Abdallah, le ministère tunisien des Affaires étrangères a aussi condamné « un acte criminel odieux » et invité la communauté internationale « à contenir ce dangereux phénomène » qu’est le terrorisme. L’Algérie a dénoncé également « avec la dernière énergie » un acte « inqualifiable » et rendu hommage à celle qui « représentait une lueur d’espoir importante pour son peuple dans le processus de consolidation démocratique ». Le ministère libyen des Affaires étrangères réprouve pour sa part cet « attentat terroriste ignoble ».

Pour le chef de la diplomatie égyptienne, Ahmed Aboul Gheit, il est indispensable que les forces politiques pakistanaises dépassent « leurs dissensions dans cette période critique pour garantir la sécurité et la stabilité » et luttent « contre les forces de l’extrémisme et du terrorisme qui veulent troubler la stabilité (…) du Pakistan». L’Afrique du Sud a aussi appelé, par la voix du porte-parole du président Thabo Mbeki, les Pakistanais au calme dans cette période « très agitée de leur histoire ».

Une étoile politique dont l’éclat aura été entaché par la corruption

La fulgurante carrière politique de « l’incomparable » (signification de Benazir) Bhutto avait commencé en 1988. Emprisonnée après la mort de son père, elle avait pris le chemin de l’exil en 1984. A 35 ans, la digne héritière de Zulfikar Ali Bhutto, le premier Premier ministre élu du pays renversé par l’armée en 1977 et pendu en 1979, devenait ainsi la première femme à diriger un pays musulman. Diplômée d’Harvard et d’Oxford, elle choisit résolument de s’engager dans la voie de la modernité.

Mais en 1990, elle est obligée de démissionner pour corruption et abus de pouvoir. Benazir Bhutto revient au pouvoir en 1993 et doit démissionner de nouveau en 1996 pour les mêmes raisons. En 1999, la justice pakistanaise la condamne pour corruption et son époux, Asif Zardari, sera même emprisonné dans ce pays. Elle prend alors, encore une fois, le chemin de l’exil. Un exil auquel le président Musharraf met fin en l’amnistiant (mais elle était toujours poursuivie par la justice suisse). Benazir Bhutto est triomphalement accueillie le 18 octobre dernier, notamment par les partisans du PPP, parti qu’elle dirigeait depuis 1984. Ce jour-là, les islamistes essaient déjà d’attenter à sa vie.

Avec la mort de Benazir Bhutto, le Pakistan doté de l’arme nucléaire, se retrouve au bord du chaos. Un deuil national de trois jours a été décrété dans ce pays dont la situation politique actuelle est source d’inquiétude pour la communauté internationale. Le décès de Benazir Bhutto, considérée comme la seule capable d’ouvrir quelque peu le Pakistan à la démocratie face à la menace islamiste, donne lieu à de nombreuses manifestations et émeutes qui ont déjà fait au moins 24 morts.