Les partis politiques ivoiriens en crise

Au fur et à mesure que nous nous rapprochons des échéances présidentielles, puis législatives de 2015, les principaux partis politiques ivoiriens semblent être en véritable état de crise. Les ambitions des uns et des autres se dévoilent légitimement, créant ainsi de nombreuses zones d’incertitude, dans un espace politique déjà trouble et fluctuant.

Zones d’ombre au PDCI

Au Parti Démocratique de Côte d’Ivoire (PDCI), la situation se tend de plus en plus avec de nombreuses déclarations de candidature pour l’élection présidentielle d’octobre 2015. Sur le plan démocratique, cela peut exprimer une maturité politique au sein de ce parti. Malheureusement, toutes ces ambitions légitimes dans ce parti viennent fortement contrarier l’appel de son président à soutenir la candidature unique du président du RDR, dont il est l’allié, au sein d’une grande alliance d’Houphouëtistes. Comme on peut aisément l’imaginer, cela crée de nombreuses tensions entre les partisans d’une candidature unique des d’Houphouëtistes et ceux qui souhaitent que le PDCI présente son propre candidat. Même si pour l’instant, la majorité de ses militants et sympathisants approuvent largement l’appel du Président Bédié à soutenir la candidature du Président Ouattara en 2015, tout cela crée de nombreuses zones d’ombres que tenteront d’exploiter certains candidats, le moment venu. Bien entendu, comme dans tous les pays du monde, cette situation inédite alimente davantage les médias qui y en font de nombreuses Unes.

Militants ignorés au RDR

Au Rassemblement des Républicains (RDR), la célébration de leur vingtième anniversaire a été l’occasion pour de nombreux militants et sympathisants déçus de le faire savoir en boycottant les festivités organisées à Bouaké. Qu’on le veuille ou non, c’est un signal très fort qui est envoyé à la direction de ce parti, à quelques mois de l’élection présidentielle de 2015. Le mécontentement de ses militants et sympathisants n’est pas nouveau. Il s’est maintes fois exprimé, mais n’a jamais été entendu comme il se doit, au sein de ce parti. La cheville ouvrière de ce parti, ces militants qui se sont donnés corps et âme, jour et nuit, en tout temps, pendant ces douloureuses années de braise pour que leur parti accède au pouvoir, ne reconnaissent plus leurs cadres, aujourd’hui aux affaires. Ils se sentent désormais ignorés, humiliés et voire même inconsidérés, malgré de nombreuses années de combats politiques. Aujourd’hui, beaucoup d’entre eux, ne se sentent plus prêts à se lancer dans des aventures militantes à hauts risques pour leur parti politique. Ils ne comprennent toujours pas, pourquoi les camarades d’hier qu’ils pouvaient avoir au téléphone à tout moment pour parler des affaires du parti, sont désormais injoignables. Ils ne comprennent pas pourquoi malgré leurs détresses et leurs frustrations, la direction du RDR ne bouge pas le petit doigt pour au moins les écouter.

Psychodrame politique au FPI

Au Front Populaire Ivoirien (FPI), la crise politique entre les défenseurs de la candidature du Président Laurent Gbagbo et ceux d’Affi N’Guessan, à la présidence de ce parti, tourne chaque jour au psychodrame politique. Un congrès devrait en effet désigné le président, et de fait, le candidat du parti à cette échéance électorale de 2015. C’était à la justice ivoirienne de se prononcer sur ce contentieux qui divise fortement les militants et sympathisants du FPI. Chaque camp restait figé sur sa position en espérant que la justice tranche en sa faveur. Pour le camp Gbagbo, qui souhaite voir ce dernier diriger le parti depuis sa prison de La Haye, cette stratégie permettait de garder la main sur le parti afin d’être en position de force pour négocier la libération de son leader historique, comme l’avait fait en son temps, un certain Nelson Mandela en Afrique du Sud. Il est évident que le contexte n’est pas le même, les personnalités sont opposées et les enjeux sont différents. Sauf que la justice a tranché cette question en invalidant la candidature de Laurent Gbagbo. L’historien Laurent Gbagbo, véritable animal politique, sait qu’en politique, tant que tu as encore le souffle de vie, tout peut arriver dans le rapport de forces qu’on mène. Les ennemis d’hier peuvent devenir de véritables alliés demain, et inversement. Alors, il ne désespère pas, même si pour cela il doit priver son parti d’une candidature à l’élection présidentielle de 2015, qui pourrait lui redonner une nouvelle crédibilité au niveau national et international, avec de nouveaux acteurs. Affi N’guessan qui joue là, une partie très serrée de son avenir politique, sait aussi qu’il doit manœuvrer habilement pour ne pas se couper définitivement de la branche la plus radicale du FPI.