Les opposants zimbabwéens interdits de quitter le territoire

Le porte-parole du Mouvement pour un changement démocratique a été violemment battu par des agents de sécurité présumés, dimanche, à l’aéroport d’Harare. Trois autres membres de ce parti zimbabwéen ont également été empêchés de quitter le territoire. Les événements violents sont toujours décriés sur la scène internationale, mais parfois trop mollement selon certains activistes du pays.

La répression sur les opposants zimbabwéens s’accentue. Tout juste une semaine après l’arrestation, le 11 mars, d’une cinquantaine de membres de la coalition Save Zimbabwe Campaign et les violences commises à leur encontre, les autorités zimbabwéennes empêchent leurs détracteurs de quitter le territoire. Le porte-parole du Mouvement pour un changement démocratique (MDC), le principal parti d’opposition, a été brutalement frappé par des agents de sécurité présumés, dimanche, à l’aéroport d’Harare. Nelson Chamisa a été attaqué alors qu’il devait se rendre en Belgique pour une réunion des pays d’Afrique, des Caraïbes, du Pacifique (ACP) et de l’Europe.

« Le gouvernement agit comme un groupe rebelle »

Samedi, Arthur Mutambara, à la tête d’une branche du MDC, a été interpellé à ce même aéroport alors qu’il devait se rendre en Afrique du Sud. Grace Kwinje et Sekai Holland ont également été privées de sortie du territoire au moment où elles s’apprêtaient à s’envoler pour l’Afrique du Sud pour y recevoir des soins : les deux militantes du parti faisaient en effet partie des personnes violentées après les arrestations du 11 mars, qui ont précédé un rassemblement interdit.

« C’est une tentative pour empêcher le monde de voir exactement à quelle brutalité sont soumis les membres du MDC et d’autres militants des droits civiques. (…) Le gouvernement se comporte maintenant comme un quelconque groupe rebelle », a expliqué à l’AFP Rashweat Mukundu, membre de la coalition Save Zimbabwe Campaign, qui compte des organisation politiques et de la société civile.

Des policiers dans la ligne de mire

Pendant ce temps, le pouvoir entend purger la police de ceux qui soutiennent le MDC. Selon Zimonline, une enquête est ainsi en cours, depuis mercredi dernier, pour déterminer quels responsables ont fourni aux manifestants des gaz lacrymogènes. Ce site d’information en ligne ajoute que des dispositions ont été prises pour que les forces de l’ordre puissent parer à une vengeance éventuelle des militants du MDC. Pour venger Morgan Tsvangirai, le leader du MDC tabassé lors de sa détention, certains avaient en effet attaqué, la semaine dernière, un poste de police de Marimba, une banlieue d’Harare, faisant deux brûlés graves chez deux policières.

Les condamnations de ces violents événements ne tarissent pas. La ministre britannique des Affaires Etrangères a tenu personnellement pour responsable le président Robert Mugabe des violences. « Il a été très clair pour dire qu’il s’agissait d’un acte politique délibéré de la part du gouvernement du Zimbabwe et qu’il était indifférent au sentiment d’horreur qui est ressenti par l’ensemble de la communauté internationale », a indiqué Margaret Beckett dans un entretien diffusé sur BBC1 dimanche. Elle a ajouté que la Grande-Bretagne, qui glane des informations pour connaître les auteurs des brutalités et des tortures, fait « très fortement pression pour que le Conseil des droits de l’homme des Nations unies entre en action ».

Desmond Tutu sermonne les Africains

L’ancien Archevêque du Cap, Monseigneur Desmond Tutu, regrette profondément l’inertie des pays africains. « Nous, Africains, devrions être penauds de honte, dénonce le prix Nobel de la paix 1984 dans un communiqué. (…) Que faut-il qu’il se passe encore pour que nous, dirigeants religieux et politiques de notre mère Afrique, en venions enfin à crier ça suffit ? »

L’Union africaine a appelé, samedi, dans un communiqué, au « respect scrupuleux » des droits de l’Homme et des « principes démocratiques ». Elle a par ailleurs invité les différentes parties « à s’engager dans un dialogue sincère et constructif ». Trop timide, d’après Rashweat Mukundu : « La situation au Zimbabwe a atteint un tel niveau que l’Union africaine, l’Afrique du Sud, la Communauté de développement d’Afrique australe et le monde entier doivent peser de tout leur poids sur le gouvernement zimbabwéen afin qu’il fasse des réformes concrètes ».

Robert Mugabe, qui a envoyé « se faire pendre » les dirigeants occidentaux qui le critiquent, menace de bouter hors de son pays les diplomates des pays du Nord. Malgré ce climat, Morgan Tsvangirai, qui a quitté l’hôpital vendredi en fauteuil roulant, semble confiant : « La situation n’est pas bonne, mais je pense que la crise a atteint son apogée et que nous pourrions assister au début de la fin de la dictature ».