Les nouveaux horizons des télévisions africaines

La télévision africaine était à l’honneur le 15 septembre dernier, à Paris, dans les locaux du Sénat à l’initiative de Canal France International. L’organisation se veut, depuis sa restructuration en 2004, un partenaire de choix dans le développement nécessaire des télévisions africaines. Ces dernières évoluent dans un environnement de plus en plus concurrentiel et doivent faire face aux attentes d’un public qui souhaite se retrouver sur leurs antennes.

La démarche est inédite. Celle de commander une étude [Disponible sur le site de CFI]] sur les télévisions africaines, un luxe pour la plupart d’entre elles et une information précieuse pour leurs partenaires, notamment de l’Hexagone. [Canal France International, opérateur français de la coopération internationale en matière de télévision l’a fait en prélude au colloque qu’il a organisé, le 15 septembre dernier, dans les locaux du Sénat français. La rencontre intitulée ‘Enjeux de la télévision en Afrique : écrans d’Etats, écrans d’ailleurs, écrans miroirs…'[[Les débats seront diffusés sur la chaîne française Public Senat]] a réuni plus d’une dizaine d’intervenants et plus d’une centaine d’acteurs français et africains de la télévision qui se sont appuyés sur les conclusions de l’étude réalisée par le cabinet d’études Area dans 20 pays d’Afrique sub-saharienne – de la Mauritanie à l’Afrique du Sud en passant par le Congo et le Kenya.

Une télé qui se réinvente

« Pour la première fois à Paris, se tient un colloque qui parle de la télévision en Afrique. Le public, si l’on s’en tient à l’audience, a paru très intéressé par ce qui s’est dit, il a bénéficié de nombreuses informations et il en a certainement retenu beaucoup », a constaté, à la fin de la manifestation, Jean Mino, directeur général de CFI. Car le panorama télévisuel africain a beaucoup évolué ces dernières années. Les chaînes d’Etat doivent faire face à la rude concurrence que leur imposent les chaînes privées et satellitaires. Cependant toutes doivent satisfaire aux exigences de plus en plus pointues de téléspectateurs africains qui souhaitent qu’elles soient leur « miroir ». Ce qui reste trop souvent un vœu pieux.

Alors comment y parvenir ? En dépit des contraintes politico-sociales, du manque de ressources matérielles et humaines. Les télévisions africaines sont, en effet, souvent des outils de propagande pour les régimes en place et disposent de très peu de programmes locaux, notamment en termes de fiction. Ce colloque a donc été l’occasion pour les responsables de télévisions africaines présents et leurs partenaires – producteurs, organismes de régulation et prestataires de services – d’en débattre et de faire état des réponses qu’ils ont trouvé ou qu’ils envisagent. Africable, la télévision panafricaine qui émet grâce au satellite, depuis 18 mois, dans 11 pays africains depuis Bamako, en est une illustration. Une chaîne généraliste 100 % africaine dans son contenu et dans sa gestion, dédiée à la diaspora sur le continent.

Profiter de la coopération au mieux de ses intérêts

« On a copié le meilleur des chaînes africaines parce nous avons senti qu’il y avait un besoin à satisfaire. La particularité d’Africable est que le Malien ou le Burkinabé, où qu’il soit en Afrique, a la possibilité d’avoir des informations fraîches de chez lui », dixit Ismaïlia Sidibé, le président fondateur de la chaîne. Ajoutez à cela une dose d’émissions et de fictions aux couleurs locales. Et vous aurez les raisons du succès de la toute jeune télévision. « Ce colloque est aussi l’occasion de lever des a priori : nous sommes des opérateurs-diffuseurs au même titre que ceux du Nord, poursuit l’entrepreneur, même si nos moyens sont plus limités. » C’est pourquoi, depuis 2004, CFI, subventionnée par le ministère français des Affaires étrangères et premier diffuseur d’images françaises dans le monde, s’implique plus fortement dans « le développement des paysages audiovisuels africains », ainsi que l’a rappelé Jean-Jacques Aillagon, Président de CFI, dans son discours d’ouverture. CFI s’est érigé en banque de programmes pour toutes les chaînes qui le souhaitent et apporte également son assistance technique.

Sidiki Konaté, directeur général de l’Office de Radiodiffusion Télévision du Mali (ORTM) qui a signé en 2004 un accord de partenariat avec CFI, en précise les enjeux : « C’est une coopération qu’il faut penser et qu’il faut dynamiser. C’est pour cela que mon exposé a porté sur la refondation du système de coopération. Je crois que si l’on entre dans une logique de partenariat, il faut avoir une capacité interne pour savoir sur quoi va porter la coopération. Ce n’est pas à nos partenaires de définir les objectifs de la coopération, c’est à nous de définir nos priorités. Et si on définit les objectifs auxquels nous voulons parvenir ensemble, alors nous nous inscrivons dans une logique de coopération. Par exemple, à l’ORTM, nous avons signé une convention avec CFI qui traite de la formation, un élément extrêmement important dans nos organismes. Nous avons un problème de recyclage et de gestion des ressources humaines, de passage de l’analogique au numérique …ce sont là les axes essentiels sur lesquels porte cette convention. Pour ce qui nous concerne aujourd’hui, c’est un nouvel élan dans le système de collaboration entre CFI et l’ORTM. C’est une coopération qui se fonde sur nos besoins réels. »

Se prendre aussi en charge

Ce qui ne doit pas, selon Hamad Kalkaba Malboum, président de la Confédération africaine d’athlétisme (CAA), occulter un engagement véritable de la part des télévisions du continent. « Nous avons un accord de partenariat avec CFI qui, depuis deux ans, diffuse tous les événements d’athlétisme sur le continent notamment les championnats du monde, en insistant sur les athlètes africains. Il était important pour moi d’être là, de m’informer sur la façon dont les télévisions africaines pouvaient apporter leur contribution. Notamment à la médiatisation de nos athlètes, car les meilleurs n’en font l’objet que lorsqu’ils viennent en Europe. Tout simplement parce que les médias locaux ne s’intéressent pas à eux. Au Cameroun, on ne sait pas ce que représente un champion camerounais du 100 m. Il faut qu’il gagne une compétition en Allemagne pour qu’il soit reconnu. Au total, nous dévalorisons nous-mêmes nos propres ressources. Par conséquent, il faut que nous nous prenions en charge avant de demander aux autres de nous aider. »

Dans cette optique, ce colloque aura déjà permis aux gens de télévision du continent de se rencontrer. C’est du moins l’avis de Kofi Bucknor, directeur de la Ghana Broadcasting Corporation (GBC), la télévision nationale ghanéenne. « C’est l’essence même de cette manifestation, l’opportunité de rencontrer des producteurs et des décideurs, de nouer des contacts afin de faire évoluer les choses. Ce type de rencontre redonne plus que jamais l’espoir – l’unique sentiment qui doit nous animer – quant à l’avenir des télévisions africaines. Les difficultés sont certes nombreuses mais pas insurmontables ».

Même son de cloche chez Hervé Bourges, président de l’Union de la Presse Francophone (UPF) et ancien président de Conseil Supérieur de l’Audiovisuel (CSA), « grand témoin » de cette rencontre et modérateur de tous les débats de la journée. « Les colloques ne servent souvent à rien mais celui-ci a permis de faire se rencontrer des acteurs de l’audiovisuel de France et d’Afrique. Il a également permis de mettre le doigt sur les difficultés qui existent quand on veut faire de la télévision en Afrique, en termes de production, d’information, de concurrence… en somme à tous les niveaux. Et il est bon que les gens puissent étudier le marché en essayant de définir les rôles respectifs des télévisions privées et publiques et en s’attachant à permettre aux uns et aux autres d’être opérationnels. » Vaste chantier en perspective. Mais chantier passionnant auquel Afrik.com espère bien contribuer bientôt, comme producteur d’abord, mais aussi, grâce à Internet, comme diffuseur!