Les Nations Unies impuissantes en RDC


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Drapeau de la République Démocratique du Congo
Drapeau de la République Démocratique du Congo

Le Conseil de sécurité des Nations Unies examine depuis lundi la possibilité d’envoyer en RDC des forces efficacement armées et mandatées pour ramener le calme dans la région de Bunia, en Ituri. Depuis le départ des troupes ougandaises du nord du pays, les combats ont repris pour le contrôle de la ville et la Monuc est de plus en plus critiquée pour son inaction.

Le départ des 6 000 militaires ougandais du nord de la République démocratique du Congo (RDC) devait à l’origine contribuer au retour de la paix dans le pays, et précisément dans la région de l’Ituri, où la guerre a fait autour de 50 000 morts depuis le début des années 1990. Mais depuis que les troupes du Président Yoweri Museveni ont quitté Bunia, la ville est l’objet de convoitise des nombreuses milices, constituées sur une base ethnique, qui sévissent dans la région.

Lundi, le chef-lieu, jusqu’ici sous le contrôle des Lendus, est tombé aux mains de l’Union des Patriotes congolais (UPC) de Thomas Lubanga, à majorité Hema, au cours d’affrontements dont les principales victimes restent les civils. De nombreux observateurs avaient pourtant mis en garde la communauté internationale contre l’éventualité de ces violences ethniques, et appelé les Nations Unies à augmenter leur contingent sur place.

Lundi, les membres du Conseil de Sécurité des Nations Unies ont discuté de différentes options possibles, allant du renforcement de leurs troupes regroupées au sein de la Monuc (Mission des Nations Unies pour le Congo), au déploiement d’une force étrangère qui agirait avec son aval. La France s’est déjà proposée pour participer à la future mission mais selon le président du Conseil, Munir Akram, aucune décision n’est attendue avant la fin de la semaine.

« Dangereux touristes »

La Monuc compte actuellement à Bunia 625 hommes faiblement armés et non mandatés pour s’interposer entre les groupes rebelles. Depuis quelques jours, entre 8 000 à 10 000 personnes déplacées ont cherché refuge auprès de la Mission, la plupart dans des installations près de l’aéroport. Les soldats de la Monuc « ont fait usage de leurs armes pour empêcher la prise de l’aéroport par des rebelles, explique RFI, mais pour le reste, les casques bleus déployés sur place ont assisté aux massacres de civils lendu à Bunia et recensé les dizaines de corps hema, hachés à la machette, dans la localité voisine de Drodo ».

« Nous n’avons pas assez d’hommes, nous n’avons pas de mandat, nous n’avons eu de cesse de lancer des signaux d’alarme et de demander des renforts. En vain », se lamente le président sud-africain Thabo Mbeki, médiateur dans la guerre du Congo. Le chef de l’Etat ougandais, qui avait prédit les massacres en mai dernier alors qu’il cédait Bunia aux miliciens lendus, définit les soldats de la Monuc comme de « dangereux touristes » et en appelle au déploiement d’une force de l’Union africaine. Yoweri Museveni n’est pourtant pas innocent dans les violences actuelles et son retour au nord de la RDC, où il est accusé d’attiser les haines ethniques, n’est pas à l’ordre du jour.

L’ombre de l’Ouganda

Une trentaine d’ethnies peuplent la riche (bois, or et pétrole) région de l’Ituri. L’Ouganda en a obtenu le contrôle en 1998, après la deuxième guerre du Congo, lors du partage des zones d’influence avec le Rwanda. Les généraux ougandais, qui ont fait leur fortune durant des années en Ituri, gardent une certaine prépondérance sur les événements actuels. A la recherche de supplétifs, ils n’avaient pas hésité à l’époque à armer les nombreuses milices tribales de la région, pourtant très volatiles dans leurs alliances.

Samedi, le secrétaire-général des Nations Unies, Kofi Annan, a officiellement demandé au gouvernement ougandais d’exercer son influence sur les milices pour maintenir le calme.

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