Les musiciens de Koffi Olomidé attaqués par des fans

Les musiciens de Koffi Olomidé ont été pris à partie, à Matadi, par une horde de fans qui attendaient depuis plusieurs heures la venue du célèbre chanteur congolais. Certains inconditionnels ont par ailleurs commis diverses agressions et saccagé les bus qui avaient transporté le Quartier Latin International. Mopao Mokonzi, qui s’en est sorti sans une égratignure, estime qu’il n’est responsable de rien. Un responsable anonyme de la province du Bas-Congo pointe du doigt la mauvaise organisation, gérée par les Brasseries du Congo. Accusations que cette dernière réfute.

Les musiciens de Koffi Olomidé se souviendront longtemps de leur concert de Noël à Matadi. Et pas en bien. Des fans les ont en effet pris à partie dans cette localité portuaire de la République Démocratique du Congo pour se venger de l’interruption du concert pour cause de pluie. Et pour décharger l’énorme frustration de ne pas voir celui que l’on surnomme Mopao Mokonzi à l’œuvre sur scène : il ne devait arriver que lorsque son Quartier Latin International aurait suffisamment « chauffé la salle ». Mais c’est une partie de la « salle » de quelque 10 000 personnes qui a chauffé le groupe. Et elle ne s’en est pas tenue là, car plusieurs agressions ont été rapportées. Koffi Olomidé, qui est ressorti indemne de ces débordements, estime n’avoir aucune responsabilité. Un responsable de la province du Bas-Congo pointe du doigt le manque d’effectifs policiers et le manque d’organisation des Brasseries du Congo (Bracongo), sponsor de l’événement, qui dément de son côté toute faute.

La première de Koffi Olomidé dans le Bas-Congo

Le concert du « roi de la Tshatsho » était très attendu à Matadi. C’était en effet la première fois qu’il se rendait dans cette ville du Bas-Congo pour un spectacle. Il devait y donner trois concerts. « Nous devions jouer à l’hôtel Ledya le 24 décembre et, le lendemain, deux concerts étaient prévus. Le premier au stade Lumumba pour le ‘petit peuple’, prévu pour durer une ou deux heures, et le second, dans un endroit VIP », explique Koffi Olomidé, qu’Afrik.com a pu joindre par téléphone.

La prestation de l’hôtel Ledya a bien eu lieu. Elle concernait un public plutôt aisé. « La place coûtait 25 dollars », précise Alphonse Nekwa, journaliste à la Radio-Télévision nationale congolaise du Bas-Congo. Il ajoute : « Koffi Olomidé est arrivé très en retard et les gens étaient déçus parce que le spectacle a duré très peu de temps ». Une information contredite par un responsable de la province du Bas Congo, qui a souhaité rester anonyme. « Il a joué de 1 heure à 6 heures du matin, ce qui est très rare », assure-t-il.

Deux heures d’attente

Le concert du stade Lumumba était, selon Mopao Mokonzi, un clin d’œil au peuple qui ne l’avait jamais vu sur scène chez eux. Un clin d’œil suggéré par la Bracongo, d’après le responsable anonyme de la province du Bas-Congo : « Il n’était pas question qu’il joue au stade, mais dans un bar détenu par la Bracongo. » Le prix de la place était de 100 francs congolais, « un somme qui équivaut à un dollar divisé par quatre », indique Alphonse Nekwa. Le jour J, les Matidiens n’ont pas manqué à l’appel. Ils étaient quelque 10 000 réunis pour voir le show de la vedette.

Ils ont attendu et attendu. « Le concert devait commencer à 16 heures et les artistes sont arrivés à 18 heures », explique un haut-responsable de la Bracongo du Bas-Congo. Alors, lorsque le Quartier Latin est arrivé, à la nuit tombée, la foule était déjà très énervée. Le groupe a joué quelques morceaux, mais la pluie a commencé à tomber. Le lieu n’étant pas couvert, « les musiciens ont commencé à ranger les instruments pour que le matériel, qui lui non plus n’était pas protégé, ne s’abîme pas. Mais il a quand même subit de sérieux dommages », indique Koffi Olomidé, qui « était en voiture dans les parages en attendant qu’on [lui] demande de monter sur scène ». « Lorsque la population a compris que Koffi Olomidé n’allait plus venir, ils ne l’ont pas accepté et les débordements ont commencé », raconte Alphonse Nekwa, qui devait couvrir l’événement.

« A peine 10 policiers » pour 10 000 fans

« Les gens ont brisé les vitres des bus qui ont amené le groupe. Les musiciens ont été malmenés. On leur a jeté des pierres. Le batteur, Tytyna Alcapone, a notamment été légèrement blessé. Ils ont réussi à s’échapper grâce à la bonne volonté de certaines personnes. La police, qui devait assurer l’ordre, a aussi essuyé des jets de pierres. Certaines filles de la cité ont par ailleurs été violées, d’autres ont eu leur vêtements arrachés. Toute cette agitation a duré cinq heures », poursuit Alphonse Nekwa. Et parce que la pluie n’a pas cessé, « l’autre concert prévu n’a pas eu lieu car il devait également se dérouler à ciel ouvert », précise Koffi Olomidé. Un bilan donné par la police et la Croix-Rouge, rapporté par le haut-responsable de la Bracongo, fait état de « 17 policiers blessés, sept filles violées et 20 blessés ».

Qui est responsable des débordements au stade Lumumba ? Le journaliste congolais estime que les forces de l’ordre ont plutôt bien assumé leur tâche, bien qu’en net sous-effectif compte tenu de la foule. Le responsable anonyme de la province explique : « Il n’y avait même pas une dizaine de policiers sur les lieux. Vus la renommée de Koffi Olomidé et le fait que c’était la première fois qu’il venait, la Bracongo aurait dû prendre les dispositions sécuritaires nécessaires. C’est moi qui ai appelé des renforts de policiers et de gendarmes lorsque les débordements se sont produits. Ce n’est pas normal. » Le haut-responsable de la Bracongo estime de son côté que le nombre de policier présent n’est pas de sa responsabilité : « Lorsque l’on veut tenir une manifestation, il faut écrire à la mairie quelques jours avant. A partir du moment où l’accord est donné, c’est à la police d’évaluer l’effectif à envoyer sur place. »

Le chanteur s’insurge du fait « qu’il y aurait pu y avoir des morts ce jour-là. Mon avocat a écrit à mon sponsor Bracongo pour que je n’aie plus l’obligation de jouer lors de concert populaire dans de telles conditions. Je ne veux plus être impliqué dans une affaire d’homicide involontaire comme au Bénin. Je ne veux pas que les gens souffrent quand ils viennent me voir », commente l’artiste. Ce dernier aurait d’ailleurs signalé qu’il ne voulait pas jouer au stade, craignant des violences. « Koffi pensait qu’il se poserait des problèmes de sécurité. Il avait raison », se souvient le responsable anonyme de la province.

Koffi Olomidé assure « exécuter » ce qu’on lui demande faire

Koffi Olomidé arrive très souvent tard à ses concerts, ce qui lui a valu d’avoir quelques « soucis » avec ses fans, notamment à Kinshasa (capitale de la République démocratique du Congo) et à Bruxelles (Belgique). Alors nous lui avons demandé pourquoi, en vertu de ces expériences, il n’est pas arrivé plus tôt à ce concert, et aux autres en général, pour éviter les débordements dus à l’exaspération et à la colère.

« Ne retournez pas le problème. Le problème, ce n’est pas Koffi, c’est la sécurité. Pour ce qui est du retard que l’on m’impute pour le concert de Matadi, c’est un retard par rapport à quoi ? Les organisateurs m’ont dit que je jouerais le soir. Je me suis donc tenu prêt vers les 18-19 heures. Comme on ne m’appelait toujours pas, je les ai appelés pour savoir à quel moment nous partions. Ils m’ont dit qu’ils nous conduiraient au stade quand tout serait prêt. Ils voulaient que je fasse une entrée de star. Si nous sommes arrivés tard, c’est peut-être parce que les organisateurs étaient en retard sur leur planning », explique-t-il, soulignant « qu’il n’est qu’un chanteur, qu’il n’a pas de pouvoir de décision et exécute ce qu’on lui demande faire ». Et le responsable anonyme d’ajouter : « Il n’y a avait même pas de voiture pour l’emmener au concert.

La Bracongo rejette la faute sur Koffi et ses musiciens

Les dispositions pour organiser sa tournée n’ont pas du tout été mises au point. » A ces accusations, le haut-responsable de la Bracongo réfute : « L’organisation était parfaite. Ce sont les musiciens et l’artiste qui sont arrivés en retard aux concerts. Ils devaient commencer le spectacle à 22 heures à l’hôtel Leyla, où ils étaient logés, et se sont présentés à trois heures du matin. Pour le concert populaire, il y avait deux heures de retard. »

Les inconditionnels de Koffi Olomidé étaient prêts à l’entendre chanter sous la pluie, mais pour lui, il n’en était nullement question : « Personne ne le fait. Je me souviens que Johnny Hallyday (célèbre chanteur français, ndlr) avait annulé l’un de ses concerts non couvert parce qu’il pleuvait », argumente-t-il. Mopao Mokonzi est actuellement à la frontière avec le Congo Brazzaville, où il se rend ce vendredi pour un concert à Brazzaville. Samedi, il sera à Pointe-Noire. Espérons, pour les musiciens et les fans, que le ciel sera plus clément.